80 ans de la rafle du Vél d’Hiv : Emmanuel Macron appelle à «ne rien céder» à l’antisémitisme «rampant»

Publié le par Le Parisien par J.Cl.

Le chef de l’Etat a commémoré le 80e anniversaire de la Rafle du Vel d’Hiv en inaugurant un nouveau lieu de mémoire dans l’ancienne gare de Pithiviers (Loiret). A cette occasion, il a prononcé un discours.

80 ans de la rafle du Vél d’Hiv : Emmanuel Macron appelle à «ne rien céder» à l’antisémitisme «rampant»

La station à la porte des enfers aura duré deux jours, c’est donc en deux jours que la France commémore le 80e anniversaire de la Rafle du Vél d’Hiv, une plaie toujours vive dans l’histoire de France. Ce dimanche après-midi, le président de la République a inauguré, en compagnie de rescapés, un nouveau lieu de mémoire dans l’ancienne gare de Pithiviers (Loiret), à une centaine de kilomètres au sud de Paris. Plus de 8 000 des quelque 13 000 Juifs arrêtés à Paris et en banlieue le 16 juillet 1942 et les jours suivants par des fonctionnaires français, à la demande des Allemands, ont transité par cette gare avant d’être emmenés à Auschwitz-Birkenau, le camp d’extermination à très grande échelle de Pologne.

Accompagné de plusieurs personnalités, dont Serge Klarsfeld, la rescapée des camps Ginette Kolinka, ou encore le PDG de la SNCF Jean-Pierre Farandou, le chef de l’État a rejoint dans l’après-midi la petite gare qui n’accueille plus de voyageurs depuis la fin des années 1960, et qui vient d’être transformée en musée par le Mémorial de la Shoah. Il a ensuite pris la parole.

L’Élysée avait promis un « discours offensif » contre l’antisémitisme, qui « rôde encore et parfois de manière insidieuse », ce qui est « très préoccupant ». « Pendant cinq jours, le vélodrome d’hiver s’est transformé en cercle de l’enfer », a rappelé le président ce dimanche après-midi. Le 16 juillet 1942, « les policiers n’eurent besoin que d’une arme : des listes. Des listes d’hommes, de femmes, d’enfants, dont le seul tort était d’être juif », a poursuivi Emmanuel Macron, évoquant ces familles, « qui se disaient que la France ne pourrait pas faire cela ». « L’État français le fit », a assené le chef de l’État. « L’État français parqua ces familles, les retrancha dans des camps d’enfermement, (…) avant de les déporter dans des camps d’extermination. »

Emmanuel Macron a repris les mots de Jacques Chirac, qui, après cinquante ans de silence des autorités françaises, avait reconnu en 1995 la responsabilité de la France dans la Rafle du Vél d’Hiv, dans un discours resté gravé dans les mémoires. « Ces heures noires souillent à jamais notre Histoire. La France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable », a déclaré le chef de l’État depuis l’ancienne gare de Pithiviers.

«L’antisémitisme est encore là»

« Nous n’avons pas fini avec l’antisémitisme. (…) Il peut se draper dans d’autres mots, d‘autres caricatures, mais l’odieux antisémitisme est là, comme disait Zola. Il rôde », a encore prévenu le président, faisant notamment référence à l’attentat de l’Hyper Cacher en janvier 2015, et appelant « les forces républicaines » à « redoubler de vigilance ».

Emmanuel Macron a également dénoncé le « révisionnisme historique », comme il l’avait déjà fait à Vichy en décembre dernier, notamment sur le rôle du maréchal Pétain pendant la Seconde Guerre mondiale, lui qui en 2018, avait fâché en rappelant d’un mot le mérite, pendant la Première Guerre mondiale, du militaire frappé d’indignité nationale. « Ni Pétain, ni Laval, ni Bousquet… Aucun de ceux-là n’a voulu sauver les juifs. C’est une falsification de l’Histoire que de le dire », a insisté le chef de l’État, sous de vifs applaudissements.

« Cette Histoire-là (de la Shoah), nous continuerons de la rappeler contre l’oubli, nous continuerons de l’enseigner contre l’ignorance, nous continuerons de la pleurer contre l’indifférence, nous continuerons d’en sonder les racines profondes et les ramifications nouvelles contre les résurgences du mal. Et nous nous battrons », a terminé Emmanuel Macron.

L’hommage de Borne aux victimes

Plus tôt dans la journée, ce dimanche matin, la Première ministre s’est elle rendue à l’emplacement de l’ancien vélodrome, rue Nélaton, dans le XVe arrondissement de Paris. C’est là, au n° 17, que se trouvait l’entrée du stade où furent rassemblés, dans des conditions innommables, une grande partie des près de 13 000 juifs arrêtés les 16 et 17 juillet 1942 avant d’être déportés. C’est là aussi qu’un jardin a été aménagé au pied d’un grand immeuble récent (qui accueille une partie de la rédaction du Parisien-Aujourd’hui en France). Tout en symboles, le lieu initié par l’historien Serge Klarsfeld rend hommage aux 4 115 enfants juifs raflés, séparés de leurs parents, puis tués dans les camps de la mort nazis.

VIDÉO. «Ces jours de juillet, la France a perdu un peu de son âme» : l’hommage de Borne aux victimes

Après les témoignages et les mots, mots d’effroi et de tendresse, mots inquiets, aussi, de Yonathan Arfi, le président du Crif, « ici on entend toujours les cris de détresse et les ordres hurlés », a dit Élisabeth Borne. « Ces phrases que nous prononçons paraissent presque sans force face à la violence et à l’horreur dans sa cruelle réalité ». « Ce sont bien nos lois, c’est bien notre police qui a arrêté des milliers de failles, c’est bien notre pays qui les a laissées suffoquer ici », a-t-elle poursuivi, accusant le régime d’alors d’être « allé plus loin » que les demandes de l’occupant nazi.

« Oui, ces jours de juillet, la France a perdu un peu de son âme. (…) Notre pays a attendu 1995, il y a moins de 30 ans, pour reconnaître sa responsabilité. Ce fut un soulagement immense, un de ces moments-là où les mots mettent enfin une réalité sur l’indicible. Pour garder son honneur notre pays doit regarder son histoire en face ».

Publié dans Articles de Presse

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