Après la "dédiabolisation", le RN tente l'institutionnalisation avec la "stratégie du coucou"

Publié le par franceinfo par Jean-Jérôme Bertolus - franceinfo Radio France

Le Rassemblement National n’a pas voté lundi la motion de censure déposé par les groupes de gauche à l’Assemblée nationale. Avec une idée derrière la tête...

Marine Le Pen, présidente du groupe RN à l'Assemblée nationale, le 21 juin 2022. (ARTHUR NICHOLAS ORCHARD / AFP)

Marine Le Pen, présidente du groupe RN à l'Assemblée nationale, le 21 juin 2022. (ARTHUR NICHOLAS ORCHARD / AFP)

Après la dédiabolisation et la normalisation. L’enjeu pour Marine Le Pen et son parti, c'est maintenant la mise en orbite du troisième étage de la fusée RN : l’institutionnalisation. 

Marine Le Pen est aujourd'hui à la conquête des classes moyennes. Elle entend se fondre dans les institutions et le jeu parlementaire. C'est la "stratégie du coucou" : à l’Assemblée, avec ses 89 députés, le RN entend montrer une image ripolinée, à l’opposé de celle de 1986. C'était alors la première fois que des frontistes étaient entrés à l’Assemblée : des députés bruyants et incontrôlables.

Mercredi dernier, pendant le discours de politique général d'Elisabeth Borne, les députés RN ont écouté sagement la Première ministre sans invective, ni chahut. Le RN entend devenir un parti comme un autre. D'ailleurs, à la rentrée, à l’issue du prochain congrès, le parti aura durablement un dirigeant qui ne sera pas un membre de la famille Le Pen, pour la première fois depuis 1972, date de la création du Front National.

2016, si loin

Et cette stratégie du RN est aujourd'hui possible en raison des ambiguïtés de la majorité. Rappelez-vous : en 2016, Emmanuel Macron expliquait que son engagement politique reposait sur le "choc" que lui avait causé la présence de Jean-Marie Le Pen en 2002. Ce temps parait loin, très loin. La semaine dernière, des députés de la majorité ont voté massivement pour faire élire deux députés RN à la vice-présidence de l’Assemblée Nationale.

Gérald Darmanin veut sonner l’alarme. Il rappelle qu’il n’est pas possible de discuter et de voter avec les élus du RN, car ça serait précisément accepter la normalisation du parti... et donc la possibilité qu’il représente une alternance. Mais, dans le même temps, il explique qu’il souhaite renforcer drastiquement la possibilité d’expulser des étrangers. Sans doute en vue de trouver des suffrages à l’Assemblée sur son projet de loi d’orientation du ministère de l’Intérieur dont l’objectif est de moderniser la police. Marine Le Pen ne s'y est pas trompée : elle a applaudit des deux mains.

Une bataille interne

Reste que normalisation n’est pas acquise : chassez le naturel, il revient au galop. Lundi 11 juillet, à l'issue d'une conférence de presse à l'Assemblée nationale sur les suites de l'affaire Uber Files, le député RN Jean-Philippe Tanguy a affirmé qu'Emmanuel Macron s'était servi de ses talents de "séducteur", notamment envers les hommes, pour se rendre coupable de "corruption". "Il savait solliciter les aspirations homo-érotiques d’un certain nombre de cadres" a-t-il glissé.

Au-delà de ces mots, les prochains mois vont constituer une épreuve de vérité pour le RN, avec le chantier de la réforme de la Constitution. On verra alors si le Rassemblement national veut toujours batailler pour y inscrire la notion de "préférence nationale" ou la nécessité d'éviter le "grand remplacement", ou si ce parti choisit finalement de mettre en parenthèses ses convictions pour clouter, justement, qu'il est devenu comme les autres.

Publié dans Articles de Presse

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