Assemblée nationale : Invectives, suspensions, salut nazi… Une (sale) ambiance jamais vue dans l’Hémicycle ?

Publié le par 20 Minutes par Thibaut Le Gal

BATAILLE PARLEMENTAIRE Depuis le début de la session parlementaire, les débats à l’Assemblée nationale sont ponctués de polémiques

François Ruffin, député LFI. — Jacques Witt/SIPA

François Ruffin, député LFI. — Jacques Witt/SIPA

  • Les législatives passées, les premiers débats à l’Assemblée nationale ont régulièrement viré au pugilat.
  • Agacé par la teneur des échanges, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a dénoncé dans la nuit de lundi à mardi « un vrai dévoiement du débat démocratique ».
  • Mais le brouhaha et les invectives sont-ils vraiment nouveaux au sein de l’Hémicycle ?

Un bouillonnant chaudron. Pour leurs premiers jours dans l’Hémicycle, les députés ont fait grimper le thermomètre. Brouhaha permanent, attaques personnelles, interruptions de séance, querelles vestimentaires et même un salut nazi… La nouvelle  Assemblée nationale, sans majorité absolue, est passé près de la surchauffe à plusieurs reprises.

Agacé par la teneur des échanges, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a dénoncé en début de semaine « un vrai dévoiement du débat démocratique », s’agaçant de « débats interminables » et de la « pure politique politicienne » de l’opposition. Ambiance traditionnelle de rentrée ou changement radical des comportements au Palais-Bourbon ?

« Tout est fait pour transformer les travées en tranchées »

Après le discours de politique générale mouvementé d’Elisabeth Borne le 6 juillet, les parlementaires ont lancé l’examen de deux textes : le projet de loi sanitaire et celui sur le pouvoir d’achat. Un marathon parlementaire, s’étendant parfois jusqu’au bout de la nuit, avec son lot de polémiques et de noms d’oiseaux. « Vous êtes les bouffons rouges du roi Macron », a lancé la semaine passée le RN Jean-Philippe Tanguy aux insoumis. « Parti de fachos ! », répliquait l’élu LFI Aurélien Saintoul un peu plus tard. Un petit aperçu des échanges explosifs qui ont obligé la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, à interrompre régulièrement les séances.

« C’est bruyant en permanence, ça ne s’arrête jamais. Il faut réussir à se mettre dans sa bulle si l’on veut suivre correctement les débats… », souffle Philippe Gosselin, député Les Républicains. « En début de mandat, il y a souvent de nouveaux députés qui veulent se faire un nom, c’est de bonne guerre. Mais là, on a deux groupes d’opposition, LFI et parfois le RN, qui ont fait de la contestation un système politique. Tout est fait pour transformer les travées en tranchées », soupire l'élu de la Manche depuis 2007.

« En 2017, la droite tentait de nous bizuter un peu. Mais là, on atteint des niveaux de haine, d’attaques personnelles et de mauvaise foi jamais vus lors du précédent quinquennat », abonde Erwann Balanant. « Il y a des tensions entre LFI et le RN, avec nous aussi. Moi-même, j’ai râlé un peu. Cette ambiance de cour de récré ne nous rend pas toujours très bons, on ne se concentre pas sur l’essentiel, c’est une cata… », se désole le député Modem du Finistère. La coalition présidentielle n’est pas en reste dans la provocation à l’égard de ses opposants. Sans majorité absolue, elle n’a pu que s’agacer à plusieurs reprises des amendements adoptés par l’opposition contre la volonté du gouvernement.

« Aujourd’hui, la conflictualité est une stratégie d’opposition »

Bien sûr, l’agitation parlementaire n’est pas nouvelle, et l’enceinte du Palais-Bourbon a régulièrement été le théâtre d’esclandres. En 1999, en plein débat sur le Pacs, la députée UDF Christine Boutin quitte en larmes l'Assemblée, après une attaque du chef de gouvernement Lionel Jospin. En juin 2006, les députés socialistes descendent les travées pour faire le coup de poing contre Dominique de Villepin. Le Premier ministre sous pression venait de dénoncer à plusieurs reprises la « lâcheté » de François Hollande. Sept ans plus tard, les longs débats sur le mariage pour tous enflamment aussi l’Hémicycle, et un début de bagarre est empêché in extremis.

« Une dizaine d’opposants au texte, les plus excités, nous avaient tenus en haleine pendant des mois, avec excès, c’est vrai. Mais c’était un sujet hors norme, passionnel, qui en appelait aux valeurs intimes de chacun, on ne peut pas le comparer à la situation actuelle », nuance Erwann Binet, alors rapporteur du texte. L’ex-député PS poursuit :

« Aujourd’hui, la conflictualité est organisée par principe et comme tactique d’opposition. La politique est réduite au spectacle qu’elle donne sur les réseaux sociaux. Cette opposition dans l’excès est peut-être efficace à court terme, mais je ne pense pas qu’elle rende service à la cause qu’on défend ».

Des échanges houleux sur le long terme ?

Les insoumis, eux, assument cette stratégie d’opposition radicale. Stratégie qui d’ailleurs ne date pas de ces dernières semaines. « Il faut tout conflictualiser », répète Jean-Luc Mélenchon depuis dix ans. Arrivés en nombre à l’Assemblée, les élus LFI mettent la théorie en pratique. « Notre mandat est un mandat fort, radicalement opposé au projet d’Emmanuel Macron. Il faut trouver sur la forme une façon de coller à ça. Alors oui, ça va remuer, pour éviter le chloroforme des institutions. Ce n’est peut-être pas dans les habitudes des députés, mais c’est une façon de renouveler la manière de faire de la politique. Ils vont devoir s’y habituer », prévient William Martinet, député LFI des Yvelines. Les controverses, jusqu’ici limitées à certains textes ou certains moments de tensions, pourraient donc devenir la norme ces prochains mois.

En attendant les vacances, les murs du Palais-Bourbon devraient trembler encore un peu, puisque la session parlementaire se poursuivra jusqu’au 7 août. Quelques jours pour espérer trouver quelque part, au milieu des travées, « l’esprit de dialogue et de compromis » prôné par Elisabeth Borne début juillet.

Publié dans Articles de Presse

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