L’effroyable bilan de la rafle du Vél’ d’Hiv

Publié le par La Croix par Matthieu Lasserre

Les faits Les 16 et 17 juillet 1942, 13 152 Juifs, hommes, femmes et enfants sont arrêtés à Paris lors de la rafle du Vélodrome d’Hiver. Très peu d’entre eux parviendront à échapper à la déportation au camp d’extermination d’Auschwitz et à la mort. Retour sur l’un des épisodes les plus marquants de la Shoah en France.

Photo prise en 1942 de l'embarquement de personnes d'origine juive, dans des wagons de marchandises, au camp de Drancy, pour être déportées vers les camps de concentration allemands. AFP

Photo prise en 1942 de l'embarquement de personnes d'origine juive, dans des wagons de marchandises, au camp de Drancy, pour être déportées vers les camps de concentration allemands. AFP

À 4 heures du matin, le 16 juillet 1942, une opération de grande ampleur est lancée dans les rues de Paris et de sa proche banlieue. Plusieurs milliers de policiers, agissant par binômes, font irruption dans les domiciles de familles juives. La rafle du Vél’ d’Hiv commence.

Un objectif de 25 000 Juifs déportés

Neuf jours plus tôt, dans la capitale française occupée par l’Allemagne nazie, se préparent les contours de l’opération. Sous la conduite des autorités françaises et parisiennes, notamment du préfet de police et concepteur du « fichier juif » André Tulard, une liste de 24 000 à 25 000 juifs étrangers est établie. Elle comprend les hommes juifs âgés de 16 à 60 ans et les femmes juives de 16 à 55 ans.

Consigne est donnée d’épargner certaines personnes, notamment les mères proches de l’accouchement ou allaitant, les enfants, les vieillards, les femmes de prisonniers de guerre ou encore les parents dont l’un des enfants au moins n’est pas juif. Mais lors de la rafle, ces dérogations ne seront pas prises en compte : le « tri » s’effectuera dans les centres de rassemblement.

Un peu plus de la moitié des Juifs ciblés seront finalement emmenés par la police française. Au total, entre le 16 et le 17 juillet 1942, 13 152 Juifs sont arrêtés. Parmi eux figurent 4 115 enfants, 5 919 femmes et 3 118 hommes, dont des Juifs français. Grâce à l’aide de résistants et parfois de policiers, un certain nombre de personnes listées échappent à une arrestation qui les aurait conduites à une mort certaine.

Peu de survivants

Les détenus sont d’abord dirigés vers des « centres primaires de rassemblement », c’est-à-dire des gymnases ou des écoles, avant d’être envoyés pour une partie au camp de Drancy (5 000 personnes environ) ou, à partir du 19 juillet, au Vélodrome d’hiver, dans le 15e arrondissement de Paris, à l’angle de la rue Nélaton et du boulevard Grenelle.

Plus de 8 000 personnes sont alors parquées pendant plus de deux semaines dans le stade, vivant dans des conditions d’hygiène déplorables. Ceux qui tentent de fuir sont fusillés, une centaine de prisonniers se suicident.

Les captifs sont déportés à partir du 5 août vers les camps de Drancy (actuelle Seine-Saint-Denis), Beaune-la-Rolande et Pithiviers (Loiret). Contrairement aux ordres initiaux, les enfants de plus de 12 ans accompagnent les adultes. À la mi-août, les plus jeunes, séparés de leurs parents, y seront eux aussi déportés. Un très faible nombre de Juifs parviendront à s’échapper de ces camps.

De cette rafle, tous les détenus seront déportés vers Auschwitz. À peine une centaine d’adultes survivront au tristement célèbre camp de la mort. Aucun enfant ne reviendra de cette déportation vers la Pologne. Près d’un tiers des quelque 42 000 Juifs de France envoyés à Auschwitz en 1942 l’a été lors de cette opération de police, qui demeure aujourd’hui l’un des symboles de la Shoah, la politique d’extermination conduite par les nazis.

Publié dans Articles de Presse

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