Rafle du Vél’ d’Hiv : de 1942 à 2022, une série de tournants mémoriels

Publié le par La Croix par Mélodie Taberlet

Repères Jacques Chirac a été le premier à reconnaître le rôle de la France dans la rafle du Vél’ d’Hiv, symbole de la collaboration de la France avec l’Allemagne nazie dans la persécution des juifs. Des commémorations marqueront cette année les 80 ans de la rafle des 16 et 17 juillet 1942.

Le Premier ministre Jacques Chirac dévoile, le 18 juillet 1986 à Paris, la plaque de la Place des Martyrs Juifs du Vélodrome d'Hiver, en compagnie de Simone Veil, de l'ambassadeur d'Israël en France Ovadia Soffer et du Grand rabbin René Samuel Sirat, lors de la cérémonie commémorant la rafle du Vél d'Hiv des 16 et 17 juillet 1942. PASCAL GEORGE/AFP

Le Premier ministre Jacques Chirac dévoile, le 18 juillet 1986 à Paris, la plaque de la Place des Martyrs Juifs du Vélodrome d'Hiver, en compagnie de Simone Veil, de l'ambassadeur d'Israël en France Ovadia Soffer et du Grand rabbin René Samuel Sirat, lors de la cérémonie commémorant la rafle du Vél d'Hiv des 16 et 17 juillet 1942. PASCAL GEORGE/AFP

Durant plusieurs années après la rafle du Vélodrome d’Hiver en 1942, les commémorations étaient principalement portées par les associations juives. Une première grande cérémonie est organisée par le Parti Communiste au Parc des Princes en 1945, mais rassemble essentiellement des membres de la communauté juive.

L’année suivante, une plaque commémorative est apposée au Vélodrome. Après la destruction du lieu en 1959, une nouvelle plaque est accrochée sur le boulevard Grenelle. Ni l’une ni l’autre ne mentionne l’implication du gouvernement français.

Jacques Chirac, premier président à reconnaître la responsabilité française

Il faudra attendre les années 1970 pour que la responsabilité de la France soit enfin abordée dans le débat public, grâce aux travaux de plusieurs historiens. François Mitterrand est le premier président à prendre part aux cérémonies en 1992, lors du 50e anniversaire de la rafle. Il répond ainsi à l’appel du « Comité Vél’ d’Hiv 42 ». Le collectif appelle le chef de l’État à reconnaître la responsabilité de la France, mais il répondra dans un entretien télévisé : « ne demandez pas des comptes à la République, elle a fait ce qu’elle devait. L’État français, ce n’était pas la République ».

Il instaure l’année suivante une « journée nationale à la mémoire des victimes des persécutions racistes et antisémites commises sous l’autorité de fait dite gouvernement de l’État français ». Une loi la transformera en « journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommages aux Justes de France » en 2000.

Il faut attendre 1995 pour que le président Jacques Chirac admette officiellement la responsabilité de la France. Le discours qu’il tient le 16 juillet marque un tournant mémoriel : « la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’État français. Ce jour-là, la France, patrie des Lumières et des droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, accomplissait l’irréparable. »

Son gouvernement crée une mission d’étude sur la spoliation des Juifs de France en 1997. Ses recommandations sont à l’origine de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, d’une commission d’indemnisation des victimes de la spoliation et de la création d’une pension aux orphelins de déportés juifs.

Multiplication des lieux de recueillement

François Hollande réaffirme cette reconnaissance lors du 70e anniversaire, en déclarant que ce crime a été « commis en France, par la France ». Son successeur, Emmanuel Macron, continuera sur cette lancée et prononcera notamment un plaidoyer contre l’antisémitisme et le racisme lors d’une commémoration aux côtés du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou en 2017. Il y fustige les « accommodements et les subtilités de ceux qui disent que Vichy n’était pas la France ». Il rappelle que cet événement fut « l’œuvre de la police française » et que « pas un seul Allemand n’y prêta la main ».

À l’occasion des 75 ans de la rafle, Emmanuel Macron a également inauguré la création du Jardin mémorial des enfants du Vél’ d’Hiv, à l’emplacement autrefois occupé par le Vélodrome. Ce lieu de recueillement est dédié aux 4 115 enfants arrêtés.

Cette année, le 80e anniversaire sera notamment l’occasion d’inaugurer - dimanche 17 juillet - un nouveau musée mémorial dans l’ancienne gare de Pithiviers, d’où partaient des convois de Juifs français à destination des camps. L’exposition « Cabu, dessins de la rafle du Vél’ d’Hiv » ouvrira également ses portes au Mémorial de la Shoah, ainsi qu’une exposition de photos de rescapés, accrochées aux grilles du Jardin du Luxembourg à Paris.

Publié dans Articles de Presse

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