Violents combats à Lyssytchansk, que les séparatistes affirment encercler

Publié le par La Presse par Benoit Finck Agence France-Presse

(Sloviansk) De violents combats faisaient rage samedi à Lyssytchansk, grande ville de l’est de l’Ukraine, au cœur de la bataille pour le contrôle du Donbass, tandis que la Biélorussie a affirmé avoir abattu des missiles tirés depuis l’Ukraine et menace de riposter à l’avenir.

PHOTO MAXIM PENKO, ASSOCIATED PRESS  Lyssytchansk est la dernière grande ville à ne pas être aux mains des Russes dans la région de Louhansk, l’une des deux provinces du Donbass et « épicentre des combats », selon le président ukrainien.

PHOTO MAXIM PENKO, ASSOCIATED PRESS Lyssytchansk est la dernière grande ville à ne pas être aux mains des Russes dans la région de Louhansk, l’une des deux provinces du Donbass et « épicentre des combats », selon le président ukrainien.

Dans le Donbass, région industrielle de l’est de l’Ukraine, largement russophone, en partie contrôlée par les séparatistes prorusses depuis 2014 et dont Moscou vise la conquête, les informations en provenance de Lyssytchansk étaient contradictoires.  

« Les combats font rage […] Heureusement, la ville n’est pas encerclée et est sous contrôle de l’armée ukrainienne », a assuré dans la journée à la télévision Rouslan Mouzytchouk, porte-parole de la Garde nationale de l’Ukraine.

Les séparatistes soutenus par Moscou, citée par l’agence de presse TASS, ont auparavant affirmé que la ville était « totalement encerclée ».  

Lyssytchansk est la dernière grande ville à ne pas être aux mains des Russes dans la région de Louhansk, l’une des deux provinces du Donbass et « épicentre des combats », selon les mots du président ukrainien Volodymyr Zelensky samedi soir.

La ville, qui comptait avant la guerre près de 100 000 habitants, est jumelle de celle de Sievierodonetsk, conquise la semaine dernière par Moscou après le retrait des forces ukrainiennes à l’issue de plusieurs semaines de bataille. Les deux villes sont séparées par la Donets, principal affluent du Don.

La prise de Lyssytchansk permettrait à l’armée russe d’avancer vers Sloviansk, à une soixantaine de kilomètres à l’ouest, déjà sous le feu de l’artillerie russe, et Kramatorsk, autre grande ville du Donbass dont les habitants supportent le bruit quotidien des bombardements et des sirènes d’alerte.

Samedi matin, l’état-major général ukrainien avait affirmé avoir repoussé une offensive des Russes à quelques kilomètres à l’ouest de Lyssytchansk, alors que la veille, Volodymyr Zelensky reconnaissait que la situation demeurait « extrêmement difficile » sur place pour les forces ukrainiennes.

« Lourdes pertes »

PHOTO ALEXANDER ERMOCHENKO, REUTERS  Cet édifice de Sievierodonetsk, ville voisine de Lyssytchansk, a été lourdement endommagé par des frappes russes.

PHOTO ALEXANDER ERMOCHENKO, REUTERS Cet édifice de Sievierodonetsk, ville voisine de Lyssytchansk, a été lourdement endommagé par des frappes russes.

À Sloviansk, qui subit depuis au moins une semaine des tirs de roquettes jour et nuit touchant des quartiers résidentiels, au moins quatre civils ont été tués et 12 blessés depuis vendredi matin, selon le gouverneur de la région de Donetsk, Pavlo Kyrylenko.  

Un tir de roquettes a notamment touché des maisons habitées vendredi soir, provoquant la mort d’une femme qui était dans son jardin et blessant son mari, a raconté samedi un voisin à un journaliste de l’AFP en montrant les dégâts provoqués sur des bâtiments du quartier.

PHOTO EVGENIY MALOLETKA, ASSOCIATED PRESS  Viktor Shevchenko se tient dans un cratère pour montrer sa profondeur, à Kharkiv.

PHOTO EVGENIY MALOLETKA, ASSOCIATED PRESS Viktor Shevchenko se tient dans un cratère pour montrer sa profondeur, à Kharkiv.

Le maire de la ville, Vadym Liakh, a accusé les forces russes d’avoir utilisé des armes à sous-munitions, interdites par des traités internationaux auxquels Moscou n’est pas partie.

Plus au nord, à Kharkiv, la deuxième ville d’Ukraine, « la matinée […] a été particulièrement agitée », a indiqué le gouverneur régional Oleg Sinegoubov, selon qui des missiles ont frappé un quartier de la ville sans faire de victimes.

« L’activité ennemie dans la région de Kharkiv s’intensifie », a estimé samedi soir le président ukrainien.

PHOTO BAGUS SARAGIH, AGENCE FRANCE-PRESSE  Des soldats ukrainiens sur une route de Lyssytchansk, le 26 juin

PHOTO BAGUS SARAGIH, AGENCE FRANCE-PRESSE Des soldats ukrainiens sur une route de Lyssytchansk, le 26 juin

Igor Konachenkov, le porte-parole du ministère de la Défense russe, a déclaré que l’armée de l’air russe avait frappé à Kharkiv l’usine de tracteurs locale abritant des troupes et du matériel militaire ukrainien.

D’une manière générale, a affirmé M. Konachenkov, « l’ennemi subit de lourdes pertes sur tous les fronts ».

Sur le front sud, selon M. Konachenkov, l’armée russe a atteint avec des tirs d’artillerie ou des frappes aériennes 39 centres de commandement et deux dépôts de munitions près de Mykolaïv.  

« Vers 4 h 30, les Russes ont tiré à la roquette sur la ville. Suite à cette attaque, des sites industriels ont été endommagés », a indiqué le maire de la ville, Oleksandr Senkevitch, dans un message sur Telegram, précisant que « la majorité des missiles sont tombés en banlieue » avec une photo de dégâts semblant assez légers.

Vendredi soir, M. Zelensky a accusé Moscou d’utiliser la « terreur […] délibérée », après des frappes sur Serguiïvka, au bord de la mer Noire sur « un grand immeuble » et « un complexe touristique ». La localité est environ 80 km au sud-ouest d’Odessa dans le sud de l’Ukraine.

Selon les autorités militaires et civiles ukrainiennes, au moins 21 personnes ont été tuées, dont un adolescent de 12 ans et 38 ont été blessées dont cinq enfants.

Minsk menace

En Biélorussie voisine, le président Alexandre Loukachenko a affirmé qu’« il y a environ trois jours, peut-être plus, on a essayé depuis l’Ukraine de frapper des cibles militaires en Biélorussie ».

« Dieu soit loué, nos systèmes antiaériens Pantsir ont intercepté tous les missiles tirés par les forces ukrainiennes », a-t-il ajouté, alimentant les spéculations d’une implication croissante de cet allié de Moscou dans le conflit avec l’Ukraine.

Depuis l’attaque du Kremlin contre l’Ukraine, le 24 février, la Biélorussie a servi de base arrière aux forces russes.

« On nous provoque », a-t-il lancé, menaçant de riposter « instantanément » à toute frappe ennemie contre le territoire de la Biélorussie, un message visiblement destiné à Kyiv et aux Occidentaux.

 » Il y a moins d’un mois, j’ai donné l’ordre à nos forces armées d’avoir dans le viseur, comme on dit maintenant, les centres de décisions dans vos capitales «, a-t-il affirmé, évoquant les missiles promis par M. Poutine, ainsi que le système de lance-roquettes biélorusse Polonez.

2610 localités sous occupation russe

Dans son allocution du soir, Volodymyr Zelensky a fait état de 2610 villes et villages sous occupation russe. Mais depuis le début de la guerre, le 24 février, l’armée ukrainienne est parvenue à en libérer 1027, a-t-il assuré.

« Des centaines ont été complètement détruits par l’armée russe, et doivent être totalement reconstruits  », a-t-il ajouté, alors que la question de la reconstruction du pays sera au cœur de la Conférence de Lugano (Suisse) sur l’Ukraine, lundi et mardi.

« Il est non seulement nécessaire de reconstruire tout ce que les occupants ont détruit, mais aussi de poser de nouvelles fondations pour notre vie, pour une Ukraine, sûre, moderne […] », a-t-il avancé, conscient des « investissements colossaux » et des « réformes » nécessaires.

Publié dans Articles de Presse

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