Commémoration du 78ème anniversaire de la libération de Bormes-les-Mimosas

Publié le par Elysée

Le Président de la République Emmanuel Macron a présidé la Cérémonie du 78ème anniversaire de la libération de la ville de Bormes-les-Mimosas.

Commémoration du 78ème anniversaire de la libération de Bormes-les-Mimosas

Revoir la cérémonie :

19 août 2022 - Seul le prononcé fait foi

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

Monsieur le Maire, merci pour votre accueil et pour vos mots,
Monsieur le Maire, représentant le Conseil régional, 
Madame la Maire, représentant le Président du Conseil départemental,
Monsieur le Maire de Toulon, président de l’association des maires, 
Mesdames et Messieurs les maires,
Mesdames et Messieurs les élus,
Monsieur le préfet, 
Monsieur l’ambassadeur d’Argentine en France,
Mon colonel, 
Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités, 
Mesdames et Messieurs les présidentes et présidents d’associations, 
Mesdames et Messieurs,
Chers amis, 

Il est des rendez-vous, presque des rituels, qu’on ne manquerait pour rien au monde. Pour vous, pour moi, les commémorations du 17 août à Bormes-les-Mimosas sont de ceux-là. Monsieur le Maire, vous l’avez parfaitement dit, même quand les intempéries s’en mêlent, et même quand le 17 devient le 19.

Vous savez combien nous tenons à cette présence à vos côtés et combien, en effet, depuis cinq ans, chaque année, à célébrer ce fameux débarquement de Provence dont vous avez parfaitement rappelé l’unicité, l’importance et la fierté qui en découle.

Je suis heureux de vous retrouver aujourd'hui, en voisin fidèle, cinq années après notre première cérémonie ensemble, pour fêter avec vous la libération de la commune. Merci donc pour cet accueil chaleureux, pour vos mots à l’instant et pour votre engagement.

Un grand merci aussi aux associations d’anciens combattants et de mémoire pour votre travail, qui prend sa pleine lumière en ce jour, mais que vous accomplissez tout au long de l’année dans cet effort constant qui permet le passage du témoin de l’histoire à nos enfants, à toute notre jeunesse. J’ai essayé ces dernières années d’être à vos côtés quand il fallait démêler quelques affaires, je continuerai de l’être dans les années qui viennent. Vous savez pouvoir compter sur moi. 

Et merci à vous, Monsieur l’ambassadeur d’Argentine, d’être parmi nous aujourd’hui. Vous incarnez par votre présence cette fraternité des peuples dans la conquête de leur liberté. Il y a un peu plus de deux siècles déjà, un borméen que Monsieur le Maire vient d’évoquer, Hippolyte Bouchard, n’est-il pas devenu l’un des héros de la guerre d’indépendance de l’Argentine ? Et il y a 78 ans, quatre mille Argentins ne choisirent-ils pas de s’engager pour les forces alliées, contribuant ainsi à reconquérir la liberté de la France et de l’Europe ?

Quant aux troupes qui débarquèrent ici en Provence, il y a 78 ans, il y avait parmi elles, en effet, Pierre VELSCH, qui s’est vu remettre il y a quelques semaines, vous le rappeliez aussi, les insignes de Commandeur de la Légion d’Honneur. 

Cher Pierre, vous êtes cet enfant de Kouba, en Algérie, « venu porter haut et fier le beau drapeau de la France entière », comme le chantait l’hymne de l’armée d’Afrique. En signant votre engagement alors que vous n’aviez pas 18 ans, vous braviez l’interdit. Et sitôt débarqué au Canadel dans cette nuit du 14 au 15 août 1944, escaladant le cap Nègre, vous n’avez jamais cessé d’avancer et de faire reculer l’ennemi, combattant des plages de Provence jusqu’aux confins de l’Allemagne. 

Votre parcours exemplaire, votre courage, votre humilité, vous honorent. Et aujourd’hui comme hier, vous porte comme un exemple pour nous toutes et tous, vous portez la mémoire de tous vos frères d’armes. Et j’ai en cet instant, aussi, un souvenir tout particulier pour l’un d’entre eux, Hubert Germain, qui fit partie de ce débarquement de Provence et nous a quitté il y a quelques mois, rejoignant la crypte du Mont-Valérien.

Mais à l’heure où nous nous rassemblons pour convoquer le souvenir d’une guerre du passé, que nous rendons hommage à des héros de notre histoire, je voudrais d’abord avoir quelques mots pour saluer le cœur et le courage de plusieurs braves de notre temps.  

Pour tous nos sapeurs-pompiers mobilisés en Corse, dans le Var et sur tous les territoires alentour comme l’ensemble du territoire national qui a pu être sinistré. Face aux incendies d’abord, puis face aux orages, aux crues et aux inondations, nos soldats du feu, qui sont aussi nos soldats de l’eau, ainsi que tous les services de l’État et des collectivités, tant et tant de volontaires et de bénévoles, se sont mobilisés pour protéger.

J’ai bien sûr aujourd’hui une pensée toute particulière pour ces drames qui ont frappé l’île de beauté, la Corse, ses habitants et ses vacanciers. L’entière mobilisation de nos moyens de secours, l’activation immédiate de la cellule interministérielle de crise, la présence immédiate de notre Ministre de l’Intérieur et des Outre-mer, ont permis de faire face à l’épreuve au plus vite et de venir en aide aux populations sinistrées et aux victimes. 

Je veux ici avoir avec vous une pensée pour l’ensemble de celles et ceux qui ont perdu un proche, pour toute l’île, pour nos compatriotes, celles et ceux qui ont été frappés. Je veux aussi avoir une pensée pour nos compatriotes, et toutes celles et ceux, nos compatriotes, qui dans la région, ont été frappés aussi ces derniers jours par ces terribles orages et qui ont parfois beaucoup perdu. Je sais que plusieurs d’entre vous ont été directement touchés. Là aussi, l’État sera là dans la fonction qui est la sienne, protéger, dans la durée. 

Ces terribles intempéries surviennent après une série d’incendies inédites dans notre pays. En Gironde comme à quelques kilomètres d’ici, plus de 10 000 pompiers et personnels de la sécurité civile ont été mobilisés contre les flammes cet été. Ils ont tenu avec une détermination, durant des jours qui semblaient parfois sans fin, éclairés dès l’aube venue par un soleil de plomb et, à la nuit tombée, par ces imprévisibles brasiers si difficiles à éteindre.

Ce combat, nos soldats du feu l’ont mené avec force, mais ils ont aussi été appuyés par une solidarité européenne magnifique, et je souhaite  ici remercier de tout cœur nos alliés allemands, grecs, polonais, roumains, autrichiens, italiens et suédois. L’Europe c’est aussi ça de manière très concrète. Ces pays voisins qui, par notre union, nous ont livré un matériel qui a permis d’arrêter, du Jura à la Gironde jusqu’au Var, les feux qui touchaient le sol national. 

Face aux flots comme face aux flammes, ces femmes et ces hommes prennent tous les risques. Le commandant Pascal Allaire et le lieutenant Martial Morin y ont perdu la vie. La Nation s’incline face à leur sacrifice. Elle se tient à côté de leur famille, comme de tous nos pompiers blessés et des populations sinistrées. 

Ces cataclysmes climatiques dévastateurs menacent hélas de se répéter et de s’intensifier. C’est pourquoi, non seulement ensemble, nous reconstruirons, nous replanterons. Mais il nous appartient aussi de mieux entretenir, protéger, repenser nos systèmes d’alerte et nos règles de sécurité, l’organisation de nos forêts. C’est ce que nous ferons dès cette rentrée. 

Parmi les héros d’aujourd’hui auxquels je voulais également rendre hommage, il y a nos forces de sécurité intérieure, nos policiers, nos gendarmes, qui n’ont pas ménagé leur peine durant cet été, là aussi pour protéger, sur tous les théâtres d’opération, votre quotidien et permettre la vie tranquille. Et enfin, je veux penser ici à nos soldats, nos armées – terriens, marins, sous-mariniers, et aviateurs – ils ont continué de se mobiliser sur tous les théâtres, pour notre protection. 

Ils se sont en particulier mobilisés à l’est de notre Europe. Oui, depuis l’attaque brutale lancée par Vladimir POUTINE en Ukraine le 24 février dernier, la guerre est revenue à quelques heures de nos frontières sur le sol européen. Je m’entretenais encore il y a deux jours avec le Président ZELENSKY et il y a quelques heures, ce matin même, avec le Président POUTINE, pour chercher à obtenir les indispensables engagements permettant d’assurer la sécurité en matière nucléaire sur le sol de l’Ukraine.

Je veux ici que nous ayons une pensée pour le peuple ukrainien, qui résiste héroïquement aux assauts terribles de l’armée russe et de ses supplétifs. Je veux redire ici ma profonde reconnaissance et la gratitude de toute la Nation pour nos militaires qui assurent en ce moment même notre protection grâce aux différentes missions de réassurance, et en particulier, nos militaires qui se sont déployés en quelques jours sur le sol roumain pour protéger notre flan oriental, nos alliés, nos frères européens.

Oui, les fantômes de l’esprit de revanche, les violations flagrantes de la souveraineté des États, l’intolérable mépris des peuples, la volonté impérialiste, resurgissent du passé pour s’imposer dans le quotidien de notre Europe, de nos voisins, de nos amis.

C’est là aussi le sens de notre présence ici : raviver, comme chaque année, la flamme de la mémoire, pour éclairer notre présent, révéler à sa lueur les ombres qui nous guettent aujourd’hui. Cette flamme qu’il nous faut attiser, c’est celle que portait à travers la nuit les braves qui débarquèrent il y a 78 ans sur les plages du Var. C’est celle qui doit nous inspirer. 

Ces 350 000 soldats de la France libre, alliés, résistants de l’ombre et des maquis, qui, avec les forces débarquées en Normandie prirent en étau l’occupant pour délivrer la France de son joug assassin. Ces milliers d’hommes parmi eux qui foulaient le sol de l’Hexagone pour la première fois, risquant leur vie pour une terre qu’ils ne connaissaient pas. Qu’ils soient spahis ou zouaves, tirailleurs sénégalais et algériens, goumiers et tabors marocains, marsouins du Pacifique et des Antilles. Nous leur devons tant. Certains n’avaient pas 20 ans, mais leur vaillance égalait déjà celle des soldats les plus aguerris. Beaucoup tombèrent pour que la France puisse rester debout.

Emmenée par le général de Lattre de Tassigny, la célèbre « Armée B » fut la première armée française à reprendre possession de nos terres après quatre années d’occupation, frayant le chemin de la libération de la France par les Français eux-mêmes. Car oui, si le débarquement de Normandie fut si déterminant, décisif, ils n’étaient qu’une poignée de Français, ce commando prêt à débarquer. Et les Kieffer étaient en effet l’honneur de la France à venir sur notre sol, mais ce débarquement de Provence, c’était l’opération menée par les Français de toutes les terres de France pour elle-même. 

Attelage fier et bigarré, composé des soldats des Forces françaises libres, de ces unités d’Afrique solidement équipées par les accords d’Anfa, et qui avaient déjà prouvé leur valeur durant les âpres combats des fronts italiens et nord-africains. Cette équipée fantastique tenait tête avec panache, non seulement par les armes, mais par l’esprit, au rétrécissement nationaliste, ethnique et impérialiste de l’Allemagne  nazie.

Ils avaient déjà vaincu, car ils savaient, comme un familier de ce département dont il fut l’élu, je pense bien sûr à Georges Clemenceau,  qui avait coutume de dire qu’il ne suffisait pas d’être des héros, mais qu’il s’agissait d’être des vainqueurs. 

C’est ainsi qu’il y a 78 ans, le 15 août 1944, soixante-dix jours après le débarquement de Normandie, le Débarquement de Provence commençait. A 3h30, dans la tiédeur de cette nuit d’été, les premières salves d’obus déchiraient le ciel, neutralisant un à un navires et avant-postes ennemis. A 4h30, tandis que les fantassins sont encore en mer, fondus dans les eaux noires de la Méditerranée, les parachutistes américains et anglais, sous les ordres du général Frédérick, déferlent sur les massifs des Maures et de l’Esterel pour s’assurer du contrôle des routes. A l’aube enfin, les premiers vaisseaux accostent par vagues. Une formidable armada, caparaçonnée par une infranchissable muraille aérienne qui fit qu’aucun navire ne fut coulé. A leur tête, des généraux  d’exception : de Lattre de Tassigny, Monsabert, Patch pour les Américains, premiers de cordées de cette chaîne de solidarité qui soudait entre elles les nations du monde libre. 

Oui, il y a 78 ans, ces chefs d’exception transformèrent ces milliers de soldats sortis de la nuit en une nuée d’étincelles, jaillissant de la mer pour inventer un nouvel été. En quelques minutes, l’incessant grésillement des cigales est englouti sous le crépitement de la mitraille. En quelques jours, Bormes-les-Mimosas est libérée, grâce au concours des sapeurs forestiers qui pavèrent la voie aux commandos d’Afrique, foulant ce gravier où nous nous trouvons pour en faire une terre de liberté. En quelques semaines, les villes du Sud-Est sont délivrées avec une avance considérable sur le calendrier prévu. Le 27 et le 28 août, Toulon et Marseille battent de nouveau pavillon tricolore. Et le 12 septembre 1944 en Bourgogne, la remontée du Rhône s’achève par la jonction décisive des forces débarquées de Provence avec celles venues de Normandie, prélude aux ultimes combats du front Ouest.

Car sans le débarquement du 15 août, le souffle de celui du 6 juin serait peut-être retombé aux frontières du Rhin. Sans l’armée de l’ombre, sans les réfractaires du STO venus prêter main-forte aux maquisards du Var, fournissant un appui décisif aux forces alliées depuis les hauteurs de Bormes et le massif des Maures, peut-être les armées de Provence n’auraient-elles pas dépassé le Rhône. Sans toutes ces femmes intrépides qui, dans tout le Var, à Istres et à Marseille, organisèrent des manifestations pour scander leur détestation de la politique de Vichy, vouant aux gémonies Pétain, ses séides et ses sbires, pour préparer l’insurrection nationale, peut-être moins d’hommes auraient-ils pris les armes pour contribuer à la Libération de leur pays. 

Ce qui est certain, en tout cas, c’est que sans celles et ceux qui combattirent pour la liberté au péril de leur vie, venus de l’hexagone et des Outre-mer, de l’Algérie, du Sénégal et d’ailleurs en Afrique, des autres rives de l’Atlantique, de la Manche et de la Méditerranée, nous ne serions-nous pas là pour nous souvenir ensemble. Nous souvenir ensemble de ces fiers cuirassés, croiseurs, contre-torpilleurs et avisos d’où, comme De Lattre en fit le récit, résonna la Marseillaise la plus poignante qu’on ait jamais entendue, entonnée par le chœur immense que composaient toutes nos forces combattantes. Nous souvenir ensemble de l’assaut décisif de la falaise du cap Nègre, comme des combats des îles d’Hyères, qui frayèrent la voie aux débarquements à Pampelonne et Cavalaire, à Nartelle et Val d’Esquières, à Anthéor et au Dramont. Nous souvenir ensemble, aussi, du destin funeste du Groupe Naval d’Assaut, décimé par un champ de mines entre Trayas et Théoule. 

Alors oui, aujourd’hui, au milieu des périls de notre temps, cette guerre qui tonne à nos portes, malgré les flammes et les périls : souvenons-nous. 

Souvenons-nous des combattants de l’été 1944. 

Des leçons de courage qu’ils nous ont léguées.

De la soif de liberté et de l’esprit de fraternité qui les animaient. 

De la concorde qu’ils ont fait prévaloir sur toutes les différences d’origines, de religions, de couleurs de peau ou de classes sociales. 

Pas seulement pour le souvenir, mais pour l’exemple. Pour raviver cette flamme et retrouver le sens profond de ces combats.

Il n’y aurait pas eu de victoire alliée sans l’alliance sacrée des volontés au sein des peuples de la liberté, soldats et civils, femmes et hommes, Français et étrangers, résistants de la première heure comme simples habitants qui cachèrent un soldat le temps que l’ennemi passe son chemin. Tous ceux qui se sont battus pour l’indépendance de notre pays et notre liberté. Alliance sacrée, c’est bien cela.

En prononçant ces mots, je pense évidemment à cet archipel de fraternité qui aujourd’hui aide l’Ukraine à résister à son assaillant. Je pense à tous ceux qui servent nos couleurs, et dont certains se tiennent devant moi en ce jour, nos élus, au front de la République, nos forces de sécurité, militaires et policiers, au front des guerres ou du quotidien, nos soignants sur le front des hôpitaux, et bien sûr, donc, nos pompiers sur celui des flammes. Je pense aussi à notre Europe et à notre France. Je pense à notre peuple auquel il faudra de la force d’âme pour regarder en face le temps qui vient, résister aux incertitudes parfois aux facilités et à l’adversité, et unis, accepter de payer le prix de nos libertés et de nos valeurs et accepter que la France, comme Nation et comme République, n’est jamais un acquis, jamais un droit, mais un lègue à transmettre et un combat à savoir mener. 

C’est pourquoi, 78 ans après, nous restons fidèles à la mémoire de ces combattants, car nous sommes venus, grâce à eux, grâce à l’Europe, une Nation de paix et de Liberté. Soyons dignes de cette histoire et aussi exigeants avec nous mêmes que nous sommes fiers d’eux.

Vive la République ! 

Vive la France !

Publié dans Articles de Presse

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