Guerre en Ukraine : ce que l'on sait des explosions qui ont frappé des installations militaires russes en Crimée

Publié le par franceinfo avec AFP France Télévisions

Depuis une semaine, plusieurs explosions ont retenti dans la péninsule annexée par la Russie en 2014.

Des soldats russes patrouillent devant un quartier général de la flotte russe à Sébastopol, en Crimée, le 31 juillet 2022. (STRINGER / AFP)

Des soldats russes patrouillent devant un quartier général de la flotte russe à Sébastopol, en Crimée, le 31 juillet 2022. (STRINGER / AFP)

Une nouvelle explosion a retenti dans une base militaire russe de Crimée, mardi 16 août, a annoncé le ministère russe de la Défense. Une semaine plus tôt, des dépôts de munitions destinées à l'aviation militaire avaient déjà explosé, dans l'ouest de la péninsule ukrainienne annexée par la Russie depuis 2014. Franceinfo vous résume les derniers événements intervenus dans cette région stratégique.

Des infrastructures de l'aviation russe détruites

Un incendie s'est d'abord déclaré vers 5h15, mardi 16 août, dans un dépôt de munitions temporaire d'une base russe du district de Djankoï, dans le nord de la Crimée. Ce feu a déclenché l'explosion de munitions, selon le ministère russe de la Défense.

Le bilan est de deux civils blessés et de près de 3 000 évacués dans les alentours de la base, selon Sergueï Aksionov, le gouverneur de la Crimée, qui s'est rendu sur place. "Un nombre d'infrastructures civiles, parmi lesquelles une ligne de haute tension, une centrale électrique, une voie ferroviaire, ainsi que plusieurs maisons ont également été endommagés", ajoute l'armée russe. Dans la matinée, l'opérateur de transport avec la Crimée, Grand Service Express, a signalé que la circulation des trains avait été suspendue temporairement dans la zone, relate le média russe Kommersant (en russe).

Une semaine plus tôt, mardi 9 août, des explosions dans un dépôt de munitions destinées à l'aviation à Saki, en Crimée, avaient déjà fait un mort et des blessés, selon l'armée russe. Si la région est rarement visée, une précédente attaque au drone a tout de même frappé le QG de la flotte russe de la mer Noire à Sébastopol, le 31 juillet dernier.

Ces explosions interviennent à plus de 200 kilomètres du front, donc théoriquement hors de portée des armes ukrainiennes. Le Pentagone assure en outre ne pas avoir livré à Kiev d'armes permettant de mener de telles frappes et ajoute ne pas disposer d'informations sur la cause des explosions.

Un acte de "sabotage", selon Moscou

L'explosion de mardi est due à un "acte de sabotage", a affirmé l'armée russe dans un communiqué cité par les agences de presse nationales. Moscou s'abstient cependant de désigner des responsables.

Lors des précédentes explosions en Crimée, le 9 août, l'armée de Vladimir Poutine avait déclaré qu'aucun tir ni bombardement n'avait été à l'origine de ces déflagrations. Mais des images satellites diffusées le 11 août par Maxar Technologies semblaient contredire cette version. Au moins neuf avions russes ont ainsi été détruits lors de ces explosions, décrypte l'analyste danois Oliver Alexander pour l'AFP.

Une opération de "démilitarisation", selon Kiev

Les autorités de Kiev ne revendiquent pas la responsabilité de ces récentes explosions. Andriï Lermak, le chef de l'administration présidentielle ukrainienne, a cependant salué mardi sur Telegram une "opération de démilitarisation façon travail d'orfèvre par les forces armées ukrainiennes", qui continuera selon lui "jusqu'à la libération complète des territoires ukrainiens".

"Le matin près de Djankoï a commencé avec des explosions", a constaté pour sa part sur Twitter le conseiller de la présidence ukrainienne, Mikhaïlo Podoliak. "La Crimée dans un pays normal, c'est la mer Noire, les montagnes, la récréation et le tourisme. Mais la Crimée occupée par les Russes, ce sont des explosions des dépôts de munitions et un risque élevé de la mort pour les envahisseurs et les voleurs", a-t-il lancé.

Un territoire stratégique

L'ancien président russe Dmitri Medvedev, a, en juillet, menacé l'Ukraine d'une "apocalypse" en cas d'attaque contre la Crimée, dans un entretien à l'agence de presse nationale Tass.

La Crimée, occupée par la Russie depuis 2014, est en première ligne dans l'offensive russe contre Kiev. Par sa position stratégique, l'enclave a permis à Moscou de prendre le contrôle de plusieurs territoires de l'Ukraine. Des avions partent régulièrement de Crimée pour frapper des cibles dans des régions toujours contrôlées par Kiev. Le territoire offre aussi un soutien logistique clé à la Russie, avec les deux liaisons ferroviaires principales sur lesquelles la Moscou s'appuie pour déplacer du matériel militaire, souligne le New York Times (lien en anglais). Une partie de la flotte russe est également positionnée en Crimée, ce qui a permis la mise en place du blocus naval qui a paralysé l'économie ukrainienne.

Au-delà de l'aspect miliaire, la Crimée est aussi un important lieu de villégiature pour les touristes russes malgré la guerre.

Ces explosions présagent d'une nouvelle dynamique de la guerre, analyse Michael C. Kimmage, professeur et directeur du département d'histoire de l'Université catholique d'Amérique à Washington. D'après le chercheur, interrogé par Newsweek (lien en anglais), la guerre pourrait "définitivement" s'intensifier si Kiev était impliquée dans les explosions, alors que l'Ukraine ne cache pas son ambition de récupérer la Crimée.

Publié dans Articles de Presse

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