Issey Miyake, l'immense styliste japonais, est mort

Publié le par RTL par Aymeric Parthonnaud & AFP

Le créateur, né à Hiroshima mais tout à fait francophile, avait marqué la mode par son audace et son imagination.

 issey Miyake, après un défilé en 1991 à Paris Crédit : Pierre GUILLAUD / AFP

issey Miyake, après un défilé en 1991 à Paris Crédit : Pierre GUILLAUD / AFP

Le grand public français connaît son nom grâce à ses créations en parfumerie dont L'eau d'Issey. Le créateur de mode japonais Issey Miyake, dont la carrière s'est étendue sur plus d'un demi-siècle, est décédé à l'âge de 84 ans, a annoncé ce 9 août à l'AFP une employée de son bureau à Tokyo. "Il est mort dans la soirée du 5 août", a-t-elle dit au téléphone, refusant d'être nommée et sans donner plus de détails sur son décès. La chaîne de télévision publique japonaise a également annoncé sa mort. 

"Issey Miyake, c'est un homme de recherche, un découvreur, un grand inventeur qui a conçu et utilisé des matériaux et des textures uniques au monde", résumait en 2021 auprès de l'AFP l'ancien ministre français de la Culture Jack Lang, soulignant aussi son "élégance morale, intellectuelle" et sa "profonde humanité". 

Né le 22 avril 1938 à Hiroshima, Issey Miyake avait sept ans le 6 août 1945 quand les États-Unis avaient largué la première bombe atomique de l'Histoire sur sa ville natale, faisant 140.000 morts et traumatisant à vie les rescapés. Il avait survécu mais sa mère était morte trois ans plus tard des suites des radiations.

À peine diplômé de l'université des beaux-arts de Tama à Tokyo, il s'était installé à Paris en 1965 et avait étudié à l'école de la Chambre syndicale de la Couture parisienne. À partir des années 1980, Issey Miyake avait fait rayonner son style à travers le monde en utilisant des matériaux jamais vus dans la mode jusqu'alors.

Matériaux jamais vus

Issey Miyake travaille d'abord comme apprenti chez Guy Laroche puis chez Givenchy. Mais sa vision de la mode a surtout été influencée par la révolte étudiante de mai 1968 à Paris : plutôt que de concevoir des vêtements pour quelques privilégiés, il décide d'inventer des habits universels et pratiques, "comme des jeans et des t-shirts", dira-t-il plus tard. 
Il fonde en 1970 son studio de création à Tokyo, et ses premières boutiques ouvriront quelques années plus tard à Tokyo et Paris. 

Tout au long des années 1980, alors que les magasins portant sa marque se multiplient, Issey Miyake fait rayonner son style en utilisant des matériaux jamais vus dans la mode jusqu'alors (plastique, fil de fer, papier artisanal japonais, crin, raphia...). L'art japonais du pliage (origami) l'inspire aussi. 

Avec des chercheurs textiles et des ingénieurs modélistes au sein de son laboratoire de recherche-développement, il a également créé une fibre synthétique à partir d'une matière chimique recyclée, en partenariat avec une firme nippone. "Mon travail a toujours été un processus d'équipe (...). On voit toujours les choses différemment quand on permet aux autres de faire partie d'un processus créatif", expliquait-il au New York Times en 2014. 

Un "fabricant de vêtements"

"Pleats Please" en 1994 Crédit : Patrick KOVARIK / AFP

"Pleats Please" en 1994 Crédit : Patrick KOVARIK / AFP

Préférant se définir comme "fabricant de vêtements" plutôt que styliste, il a fait partie de la vague de jeunes créateurs japonais ayant apporté un vent de fraîcheur dans la haute couture parisienne à partir des années 1970. Il est notamment connu pour avoir confectionné des habits composés d'une seule pièce de tissu ("A-POC, A Piece Of Cloth"), sans couture, optimisant ainsi mouvement, fluidité et confort.

Sa ligne "Pleats Please", perfectionnant la technique du plissé pour rendre les vêtements infroissables, a aussi marqué les esprits. Lancée à partir de 2010, sa ligne de sacs géométriques et en relief "Bao Bao" a encore renforcé son aura. Issey Miyake était aussi le fournisseur attitré des célèbres pulls à col roulé noirs de Steve Jobs, le cofondateur et ancien patron d'Apple. 

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