Japon : des milliers de personnes opposées aux funérailles nationales de Shinzo Abe

Publié le par Le Journal du Dimanche par Xavier Martinage

Les opposants de l’ancien Premier ministre assassiné remettent en cause une cérémonie trop coûteuse, avec en toile de fond des arguments plus politiques.

Le Premier ministre Fumio Kishida lors d'une conférence de presse au mois d'août. (Rodrigo Reyes Marin/AP/SIPA)

Le Premier ministre Fumio Kishida lors d'une conférence de presse au mois d'août. (Rodrigo Reyes Marin/AP/SIPA)

Les Japonais appréciaient globalement leur président, mais ils ne sont pas prêts à tout pour lui rendre hommage. Comme l’explique Le Point , à un mois des funérailles de Shinzo Abe assassiné le 8 juillet - visé par une arme à feu alors qu’il était en meeting dans l’ouest du pays - plusieurs manifestations ont eu lieu dans des villes nippones pour protester contre la future cérémonie décidée par le gouvernement. « Pas d’obsèques pour Abe », pouvait-on y entendre, ou « non à l’utilisation de l’argent du contribuable à cette fin ».

Hormis les plus nationalistes, une grande majorité des Japonais se déclarent dans les sondages contre cette cérémonie nationale indique Le Point. Une pétition a même été lancée par des universitaires et des écrivains qui a déjà recueilli plus de 70 000 signatures, tandis qu’un groupe de citoyens a déposé un recours en justice pour dénoncer l’initiative du gouvernement en place dirigé par Fumio Kishida. Cela sera-t-il suffisant ? Rien n’est moins sûr. D’autant que le gouvernement mise sur un article de loi qui lui permet d’organiser une cérémonie sans passer par le Parlement. Évaluées à deux millions d’euros, ces « funérailles nationales » seraient entièrement à sa charge.

Scandales au cours de ses mandats

« Sinzo Abe a eu la plus importante longévité de huit ans et huit mois comme Premier ministre, il a été assassiné en campagne électorale, le symbole de la démocratie, car il a obtenu des résultats dans une variété de domaines », a tenu à justifier le porte-parole du gouvernement. Avant d’ajouter : « En tant que nation, nous devons répondre aux nombreux hommages venus de l’extérieur. »

Le problème, c’est que dans le pays, les funérailles nationales n’existent plus. Seul un ex-Premier ministre (Shigeru Yoshida) en a bénéficié en 1967, mais elles s’étaient tenues dans un contexte particulier d’après-guerre, sous occupation américaine. Pour le politologue de l’université Sophia de Tokyo, Koichi Nakano, interrogé par Le Point, « l’actuel régime démocratique ne prévoit pas de funérailles nationales, il n’y a pas de base légale sur ce point », et elles ont été abolies après le système impérial.

Autre point de discorde : les scandales ayant émaillé les mandats de Shinzo Abe, rappelle Le Point, soupçonné de favoritisme dans divers dossiers, tandis que ses opposants lui reprochent d’avoir « menti » à plusieurs reprises au Parlement. En outre, des révélations ont éclaté au grand jour après sa mort faisant état de supposés liens avec la Fédération des familles pour la paix mondiale et l’unification, aussi appelée Secte Moon ; des liens que lui reprochaient son assassin présumé. Mais d’un autre côté, Shinzo Abe était très apprécié des occidentaux et le Premier ministre Fumio Kishioda est désireux de montrer qu’il est le « garant » de la ligne de Shinzo Abe, explique Koichi Nakano. Remis en cause au sein de son parti, le Premier ministre pourrait tout faire pour redorer son image et utiliser Abe à cet effet.

Publié dans Articles de Presse

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