Un documentaire fait revivre les confessions d’Eichmann en utilisant sa propre voix

Publié le par The Times of Israël par Stuart Winer

Dans les enregistrements originaux qui sont doublés par des acteurs, e criminel de guerre nazi exprime sa fierté à l'égard du génocide et affirme ne pas avoir de regrets

Adolf Eichmann lors de son procès à Jérusalem (Crédit: domaine public)

Adolf Eichmann lors de son procès à Jérusalem (Crédit: domaine public)

Dans un nouveau documentaire, le criminel de guerre nazi Adolf Eichmann est entendu mais n’est pas vu. Un acteur prononce les mots qu’il a utilisés il y a plus de 60 ans pour décrire son rôle clé dans la Shoah.

Eichmann, un des principaux architectes de la solution finale de l’Allemagne nazie, s’est caché après la guerre et a été extradé – en secret – d’Argentine par les services secrets israéliens en mai 1960 pour être jugé à Jérusalem. Israël a exécuté le haut responsable nazi par pendaison en 1962 pour son rôle dans l’assassinat massif de six millions de Juifs.

Quatre ans avant sa capture, Eichmann a accordé des heures d’interviews au journaliste nazi néerlandais Willem Sassen au domicile de ce dernier en Argentine. Sassen était l’un des nombreux nazis qui ont également fui après la guerre dans ce pays d’Amérique du Sud .

Les enregistrements comprennent des remarques attribuées à Eichmann que les procureurs ont présentées lors du procès, mais qu’il a niées à l’époque, notamment sa déclaration claire de ne pas regretter le génocide et même l’expression de sa déception que des millions de Juifs n’aient pas été tués.

Eichmann a affirmé pour sa défense au cours du procès qu’il n’était qu’un petit bureaucrate.

« En conclusion, je dois vous dire… que je ne regrette rien. Je n’ai aucune envie de dire que nous avons fait quelque chose de mal », a déclaré Eichmann dans les enregistrements.

« Si nous avions tué 10,3 millions de Juifs, je dirais avec satisfaction : « Bien, nous avons détruit l’ennemi. Nous aurions alors rempli notre mission. Et donc, à mon grand regret, cela n’a pas été le cas », a déclaré Eichmann dans une partie de l’enregistrement qui figure dans le documentaire et dans lesquelles il faisait apparemment référence à l’ensemble de la population juive d’Europe à la veille de la Shoah.

L’acteur Eli Gorenstein joue le rôle d’Eichmann dans « The Devil’s Confession : The Lost Eichmann Tapes » qui recrée l’interview au cours de laquelle Eichmann décrit à Sassen et à d’autres personnes comment la Shoah s’est déroulée.

Pour conserver un élément d’authenticité, les acteurs prononcent les mots exacts utilisés par Eichmann et Sassen, mais ce sont les voix originales des enregistrements qui sont entendues sur la bande sonore.

Capture d’écran de la vidéo de l’acteur israélien Eli Gorenstein dans le rôle du criminel de guerre nazi Adolf Eichmann dans « The Devil’s Confession : The Lost Eichmann Tapes » (Crédit: YouTube).

Capture d’écran de la vidéo de l’acteur israélien Eli Gorenstein dans le rôle du criminel de guerre nazi Adolf Eichmann dans « The Devil’s Confession : The Lost Eichmann Tapes » (Crédit: YouTube).

Sassen avait proposé à Eichmann d’écrire sa biographie ; ils ont enregistré quelque 70 heures d’interviews en six mois.

Lorsque la nouvelle de ces séances s’est répandue parmi les nazis expatriés dans la région, certains sont venus chez Sassen pour participer et entendre de source sûre ce qu’était la Shoah, a déclaré le producteur Yariv Mozer à la Douzième chaîne.

Selon Mozer, beaucoup d’autres nazis avaient du mal à comprendre que six millions de Juifs avaient réellement été tués, croyant qu’il s’agissait d’un mensonge inventé par les Juifs eux-mêmes. Les enregistrements attestent de leur étonnement lorsqu’on leur affirme que c’est vrai.

Dans un enregistrement, on peut entendre l’une des personnes présentes répéter « Ce n’est pas possible, ce n’est pas possible ».

À ce moment-là, le dictaphone a apparemment été arrêté et n’a été remis en marche que plus tard.

Sassen a soigneusement transcrit tous les enregistrements et les a remis à Eichmann pour qu’il les examine, ce dernier ayant ajouté quelques notes manuscrites.

Eichmann était conscient de l’importance de ce qu’il mettait sur l’enregistrement et on l’entend dire à Sassen que le contenu ne devait être utilisé que pour la recherche et ne devait être publié qu’après sa mort.

Cependant, après la capture d’Eichmann par les agents du Mossad et son transfert en Israël, Sassen a vendu un article au magazine américain Life. Un article basé sur les interviews a été publié le 28 novembre 1960, avec le titre « Je les ai transportés jusqu’au boucher » signé « Adolf Eichmann ».

Quelques semaines avant l’ouverture du procès d’Eichmann, un exemplaire du magazine a été envoyé à la police israélienne, qui l’a conservé dans ses archives. Six mois après le début du procès, 700 pages de transcription des enregistrements ont été envoyées aux procureurs israéliens qui ont utilisé une partie du matériel, bien que le tribunal n’ait accepté que les pages comportant les notes manuscrites d’Eichmann. On ne sait pas exactement qui a envoyé le magazine et les transcriptions aux autorités israéliennes.

Capture d’écran de la vidéo du film documentaire « The Devil’s Confession : The Lost Eichmann Tapes  » (Crédit: YouTube).

Capture d’écran de la vidéo du film documentaire « The Devil’s Confession : The Lost Eichmann Tapes » (Crédit: YouTube).

Pour contrer les affirmations d’Eichmann selon lesquelles il n’était qu’un simple maillon, le procureur général d’Israël et procureur en chef Gideon Hausner lui a présenté les transcriptions au cours du procès.

Eichmann a rejeté les transcriptions – y compris celles de l’article de Life – en disant qu’il devait revoir les enregistrements originaux, qui n’étaient pas détenus par l’accusation. Le magazine Life, disait-il, le citait hors de son contexte.

Mais, à l’époque, les enregistrements originaux étaient cachés.

Sassen les avait d’abord enterrés dans un lieu secret, puis les avait remis à la famille Eichmann, avant de finir aux archives nationales allemandes de la ville de Coblence.

Tami Revah Hausner a déclaré au radiodiffuseur public Kan que son père, Gideon Hausner, avait « très envie de mettre la main sur ces enregistrements ».

« S’il avait eu les sons, le travail aurait été beaucoup plus facile », a-t-elle déclaré. Hausner est décédé en 1990.

Le documentaire en trois parties sera diffusé sur Kan à partir du 7 juin.

« The Devil’s Confession : The Lost Eichmann Tapes » sera présenté au Festival du film DocAviv à Tel Aviv le 29 mai, où il est inscrit dans la compétition israélienne dans la catégorie documentaires.

Il a été réalisé conjointement par MGM et Tadmor Entertainment, avec le soutien du radiodiffuseur public Kan.

Jessica Steinberg a contribué à cet article. 

Publié dans Articles de Presse

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