Giorgia Meloni en 1996 : «Je crois que Mussolini était un bon politicien»

Publié le par INA par Cyrille Beyer

La formation Frères d'Italie (Fratelli d'Italia) a remporté les élections législatives anticipées italiennes du 25 septembre. Se présentant de droite conservatrice, mais considérée par de nombreux médias et politologues comme étant l'héritière des partis postfascistes, la formation est dirigée par Giorgia Meloni. Réfutant être d'extrême droite, cette dernière disait ouvertement aux caméras de France 3, en 1996,  son admiration pour Benito Mussolini.

Giorgia Meloni en 1996 : «Je crois que Mussolini était un bon politicien»

Les élections législatives italiennes anticipées ont eu lieu le 25 septembre. Initialement prévues pour se tenir en janvier 2023, elles ont eu lieu dès la rentrée après que le gouvernement de Mario Draghi a échoué, le 20 juillet, à obtenir le vote de confiance de la part de trois partis de sa coalition – Forza Italia de Silvio Berlusconi, la Ligue (la Lega) de Matteo Salvini et le Mouvement 5 Etoiles de Giuseppe Conte –, un échec qui a entraîné la dissolution de la Chambre des députés par le président de la République Sergio Mattarella le 21 juillet.

Giorgia Meloni, Romaine de 45 ans et présidente du parti postfasciste Frères d’Italie (Fratelli d’Italia), est arrivée en tête du scrutin. Son parti est régulièrement dénoncé par la presse italienne et européenne pour ses attaches historiques et idéologiques avec l’héritage du fascisme italien. Bien que Giorgia Meloni se défende de cette filiation, mettant en avant le programme de la coalition de centre-droit avec laquelle elle se présentait aux élections (qui rassemble Frères d’Italie, Forza Italia et la Ligue), centré sur la baisse de la pression fiscale, le durcissement de la politique migratoire et la défense de l’identité classique et judéo-chrétienne de l’Italie et de l’Europe, ses références – et celles de personnalités de son parti – auront souvent emprunté à la grammaire fasciste de l’histoire italienne.

Flamme tricolore

Déjà, en 1996, alors âgée de 19 ans et militante pour le parti d’extrême-droite Alliance nationale, un parti créé en janvier 1995 par Gianfranco Fini sur les décombres du parti postfasciste du Mouvement social italien (le MSI, créé en 1946 et dont l’emblème, la flamme tricolore, a été repris par le Front national de Jean-Marie Le Pen en 1972), la jeune Giorgia Meloni occupait une place centrale dans le reportage réalisé par Marie de La Chaume pour France 3 à l’occasion des élections générales du 21 avril 1996. Ce sujet, placé en tête d’article, était diffusé le 20 avril dans l’édition Soir 3, et mettait en lumière la poussée électorale d’Alliance nationale, alors crédité de 20% des voix dans les sondages. « Giorgia [Meloni] a 19 ans, elle milite depuis deux ans. D’abord dans son lycée, où elle rejoint une coordination d’étudiants de droite, elle distribue des tracts et manifeste contre la gauche. Aujourd’hui, ses références politiques sont celles de l’Italie fasciste, Giorgia ne s’en cache pas », commentait la journaliste de France 3. Interviewée, la jeune militante expliquait en français son admiration pour le dictateur Benito Mussolini, au pouvoir entre 1922 et 1943 : « Je crois que Mussolini était un bon politicien. C’est-à-dire que tout ce qu’il a fait, il l’a fait pour l’Italie. Et on ne retrouve pas ça chez les politiciens qu’on a eus au cours des 50 ans dernières années. »

40 militants sous ses ordres

D’après le reportage de France 3, Giorgia Meloni avait rejoint « les militants du parti postfasciste de Gianfranco Fini [l’Alliance nationale, NDLR] au début de la campagne électorale ». Militante depuis ses 15 ans au Fronte della Gioventu, le mouvement de jeunesse du MSI, elle dirigeait alors « la section des jeunes de la Garbatella, un quartier populaire de Rome : 40 militants sont sous ses ordres, presque tous des garçons. Giorgia vit avec sa mère, qui l’a élevée seule, une mère militante depuis vingt-cinq ans au sein du MSI, le parti fasciste, puis aux côtés de l’Alliance nationale. » La mère et la fille partageaient les mêmes idées, « anti communistes, anti avortement, et pour un régime autoritaire », expliquait la journaliste Marie de La Chaume. Son reportage montrait des images d’une soirée organisée par les jeunes de la section [de la Garbatella] pour l’Alliance nationale en vue des élections. « Issue de la transformation du MSI, le mouvement fasciste, l’Alliance nationale fait partie comme lors des élections de 1994 de la large coalition de droite. Il aura fallu seulement deux années à son leader Gianfranco Fini pour faire de son parti une des trois forces politiques majeures en Italie », poursuivait la journaliste. « Officiellement balayés, les chemises noires, les saluts fascistes, l’Alliance nationale se présente comme le parti de la nouvelle droite italienne » concluait le reportage de France 3. Un parti largement plébiscité par les classes moyennes italiennes, et qui voulait croire à sa chance, un jour, d’accéder au pouvoir, comme le résumait Giorgia Meloni, interviewée en fin de reportage : « Ce que je fais pour ces élections, je le fais parce que j’y crois, et je sais que toutes les personnes qui sont ici et plusieurs autres personnes y croient. Donc si nous perdons, nous gagnerons une autre fois. »

Aux élections du 21 avril 1996, l’Alliance nationale arrive en troisième position, recueillant 15,66% des voix, derrière le parti du Cavaliere, Forza Italia (20,57%) et le parti démocrate de la gauche (21,06%). Ce dernier, fer de lance de la coalition de gauche L’Olivier, emmenée par Romano Prodi, gagne donc de justesse les élections et accède au pouvoir.

Plus jeune ministre de l'histoire italienne

L’Alliance nationale va continuer jusqu’en 2009 à faire partie des différentes coalitions de centre-droit emmenées par Silvio Berlusconi – Pôle des libertés, Pôle pour les libertés, Maison des libertés et Peuple de la liberté. Cette dernière coalition, créée en 2008 en vue des élections générales remportées par Silvio Berlusconi, se transforme en parti l’année suivante en intégrant l’Alliance nationale, qui cesse donc son existence en tant que parti autonome. Giorgia Meloni, élue pour la première fois députée en 2006, devient en 2008 la plus jeune ministre de l’histoire italienne, en tant que ministre de la jeunesse du gouvernement Berlusconi, jusqu’en 2011.

En décembre 2012, elle fonde avec Ignazio La Russa, lui aussi transfuge du Peuple de la liberté, le parti Frères d’Italie. Giorgia Meloni prend la succession de La Russa à la présidence du parti, en 2014. Jusqu’en 2017, le logo du nouveau parti reprendra la flamme tricolore du Mouvement social italien, et les mentions des deux anciens partis postfascistes, le MSI et l’Alliance nationale. A partir de 2017, la référence à ces deux partis connotés historiquement à l’extrême droite de l’échiquier politique est effacée, pour ne conserver que la flamme tricolore.

D’abord moins fort électoralement que la Ligue de Matteo Salvini, que ce dernier préside depuis 2013 et qu’il a contribué à rendre populaire dans tout le pays, et non pas seulement dans son bastion traditionnel du Nord (la Ligue est la transformation de La Ligue du Nord, un parti d’extrême droite régionaliste fondé par Umberto Bossi en 1989), le parti Frères d’Italie de Giorgia Meloni va refuser, contrairement à la Ligue, de participer aux coalitions au pouvoir ces dernières années. Cette position clairement dans l’opposition semble avoir été une stratégie gagnante pour Giorgia Meloni et son parti qui dépassent actuellement la Ligue dans les sondages.

Après avoir été la plus jeune ministre de l’histoire italienne, Giorgia Meloni devrait bien devenir la première femme à occuper le palais Chigi, siège de la présidence du Conseil, à l'issue des élections du 25 septembre.

Publié dans Articles de Presse

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