Guerre en Ukraine : Oui, des preuves de possibles crimes ont été récoltées, contrairement à ce que dit Ségolène Royal

Publié le par 20 Minutes par Emilie Jehanno

FAKE OFF Sur BFMTV, Ségolène Royal a minimisé de possibles crimes de guerre en Ukraine, suscitant l’indignation

Ségolène Royal en 2020. — ISA HARSIN/SIPA

Ségolène Royal en 2020. — ISA HARSIN/SIPA

  • Sur BFMTV, le 1er septembre, Ségolène Royal évoquait la guerre en Ukraine : elle a mis en doute la réalité du bombardement de la maternité de Marioupol, en mars dernier, et questionné le massacre de Boutcha et des témoignages de viols.
  • Pourtant, depuis plus de six mois, des témoignages, des photos et des vidéos sont recueillis et recoupés par des journalistes, des ONG, l’ONU, des institutions judiciaires internationales et nationales pour documenter et pouvoir ouvrir des enquêtes pour crimes de guerre ou crimes contre l’humanité après l’invasion russe de l’Ukraine.
  • A Marioupol, notamment, des images de l’évacuation de civils et de femmes enceintes de la maternité bombardée existent et ont été tournées par l’agence Associated Press, présente sur place.

En voulant dénoncer une « propagande de guerre par la peur » de la part du président ukrainien Volodymyr Zelensky, les propos de Ségolène Royal sur BFMTV, le 1er septembre, ont indigné. L’ex-ambassadrice des Pôles a mis en doute la réalité du bombardement de la maternité de Marioupol, dans le sud-est de l’Ukraine, en mars dernier.

D’après elle, Volodymyr Zelensky a utilisé le témoignage d’une femme sans être capable de citer son nom. « On n’a pas su le nom des victimes », a-t-elle soutenu. « Vous pensez bien que s’il y avait la moindre victime, le moindre bébé avec du sang, à l’heure des téléphones portables, on les aurait eues [les images]… »

Elle a aussi questionné le massacre de Boutcha : « Voyons les témoignages », dit-elle. Tout comme « le récit de viol d’enfant pendant sept heures sous les yeux des parents ». « C’est monstrueux d’aller diffuser des choses comme ça uniquement pour interrompre le processus de paix », a-t-elle affirmé. Face aux présentateurs français soulignant que des journalistes ont recueilli des témoignages en Ukraine, Ségolène Royal répond : « Oui, mais il ne faut pas que ce soit les victimes fournies par la propagande de Zelensky. »

FAKE OFF

Les propos de Ségolène Royal ont suscité de vives réactions de la part de membres de la majorité, mais aussi dans son ancien camp. « Les crimes de guerre sont documentés, le nier est une insulte aux assassinés, aux violées, aux torturés, a ainsi réagi Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, sur Twitter. Dire le contraire est de la propagande ! »

Sur le réseau social, ce 2 septembre, Ségolène Royal s’est défendue d’avoir « nié les crimes de guerre ». « C’est faux, dit-elle. C’est la propagande de guerre par la peur, par la terreur, qui conduit à l’escalade. Rappelons les frappes criminelles en Irak, sur le mensonge », justifie-t-elle.

Des enquêtes préliminaires ouvertes

Pourtant, depuis plus de six mois, des témoignages, des photos, des vidéos sont recueillis et recoupés par des journalistes, des ONG, l’ONU, des magistrats du Parquet national antiterroriste en France, la Cour pénale internationale, et ce, afin de documenter et ouvrir des enquêtes pour crimes de guerre ou crimes contre l’humanité après l’invasion russe de l’Ukraine. Le 3 mars, la Cour pénale internationale (CPI) a annoncé l’ouverture d’enquêtes préliminaires sur ces crimes et a déployé le 17 mai une équipe de 42 enquêteurs et experts dans le pays.

Les doutes émis par Ségolène Royal concernant le bombardement de la maternité de Marioupol, le 9 mars, reprennent des éléments de la propagande russe. Plusieurs débunkages ont été réalisés sur ce sujet, battant en brèche la rhétorique sur les fausses victimes, notamment par Libération ou dans un reportage de « Complément d'enquête » diffusé en juin sur France 2. Des images de l’évacuation des civils et de femmes enceintes existent et ont été tournés par l’agence Associated Press, présente sur place (photos que nous avions publiées ici). Les journalistes de l’agence ont documenté et raconté les événements. Une vidéo qu’ils ont tournée montre une femme enceinte, avec une large plaie sur le flanc gauche. Cette femme, qu'AP n'avait pas pu identifier nommément, est décédée ainsi que son bébé, avait appris l’agence.

La municipalité de Marioupol avait annoncé que trois personnes au moins avaient été tuées, dont une fillette. Depuis le début de la guerre, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme a recensé au moins 5.663 civils tués, un chiffre sans doute sous-estimé.

Le travail des enquêteurs d’ONG et de l’ONU à Boutcha

Ségolène Royal a aussi évoqué Boutcha. Sur place, fin mars, des corps de civils ont été découverts après le retrait des troupes envoyées par le Kremlin. L’ONG Human Rights Watch a enquêté sur des meurtres arbitraires, des actes de torture et des disparitions dans 17 villes et villages de la région de Kiev, dont Boutcha. De fausses informations sur le massacre dans cette commune avaient circulé courant avril, comme cette vidéo qui aurait montré un cadavre bouger son bras, ce qui aurait validé la thèse d’une mise en scène.

Amnesty International a effectué un travail minutieux pendant douze jours sur place. Ses enquêteurs ont récolté les témoignages de familles des victimes, les balles et douilles sur les lieux du crime, ainsi que des documents militaires russes permettant d’identifier plus précisément les coupables.

Les viols comme armes de guerre

De même, un travail d’enquête a été effectué par des procureurs et des ONG en Ukraine sur les viols, notamment de mineures, et publiés dans des médias comme le New York Times, Franceinfo, Le Monde. Lioudmyla Denissova, qui était chargée des droits humains auprès du Parlement ukrainien et membre de l’opposition à Zelensky, a raconté au Monde, dans une enquête publiée le 12 mai, avoir reçu « des témoignages concernant un garçon de 11 ans violé pendant dix heures devant sa mère, attachée à une chaise ». Elle expliquait que le viol était utilisé comme une arme de guerre pour terroriser la population.

Mais Lioudmyla Denissova a été limogée fin mai par le parti présidentiel, qui lui reprochait de publier « de nombreux détails sur des crimes sexuels et viols d’enfants » sur les territoires occupés qu’elle ne « pouvait pas prouver ». Ce qui aurait détourné l’attention des médias internationaux des « vrais besoins » de l’Ukraine.

Des propos détournés

En juin, en France, des propos de Lioudmyla Denissova ont été détournés par un délégué départemental du RN. D’après lui, elle aurait avoué avoir « inventé les viols d’enfants pour pousser à la guerre contre les Russes ». Ce qui est faux. Un extrait d’une interview à un média ukrainien a été isolé, afin de laisser penser à des aveux, explique TF1 Info dans un article de fact-checking.

Dans cette interview, Lioudmyla Denissova reconnaît avoir eu « un vocabulaire très dur », devant le parlement italien par exemple, en utilisant « les mots suggérés par les victimes elles-mêmes ». « Peut-être que j’y suis allé trop fort, plaide-t-elle. Mais j’essayais d’atteindre l’objectif de convaincre le monde de fournir des armes et de faire pression sur la Russie. »

Le droit humanitaire international n’est pas respecté

L’ONU a aussi enquêté de son côté : dans un rapport du 29 juin, elle fait état, depuis le début de l’invasion russe le 24 février, de milliers de civils tués et blessés, de destructions massives d’infrastructures et d’habitations, de détentions arbitraires et de disparitions forcées, d’actes de torture et de violences sexuelles.

Le droit humanitaire international n’est pas respecté, dénonce l’organisation internationale. « Les principes de distinction, de proportionnalité et de précaution […] n’ont pas été respectés dans de nombreux cas par les forces armées russes ; et à moindre échelle par les forces armées ukrainiennes », pointe le rapport.

Publié dans Articles de Presse

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