Homophobe, ex-fan de Mussolini… Qui est Giorgia Meloni, gagnante des législatives en Italie ?

Publié le par L'Obs avec AFP

VIDÉO. Issue du courant politique postfasciste, cette femme politique défend la « famille naturelle » contre le « lobby LGBT » et les « valeurs universelles de la croix » contre « la violence de l’islam ».

Giorgia Meloni milite depuis qu’elle a 15 ans dans les cercles d’extrême droite. (Wikimedia Commons)

Giorgia Meloni milite depuis qu’elle a 15 ans dans les cercles d’extrême droite. (Wikimedia Commons)

« Je suis une femme ! Je suis italienne ! Je suis chrétienne ! Personne ne me l’enlèvera ! » Avec sa rhétorique obsédée par la « menace civilisationnelle » qui pèserait sur l’Europe, Giorgia Meloni surfe la même vague qu’Eric Zemmour. Sauf qu’elle a réussi à s’emparer du pouvoir dimanche, à l’issue d’élections législatives pour lesquelles elle était donnée favorite depuis plusieurs mois. Portrait en vidéo d’une politicienne au verbe acéré :

La présidente du parti Fratelli d’Italia (FdI) incarne un mouvement à l’ADN postfasciste qu’elle s’efforce de « dédiaboliser » depuis quatre ans. Une stratégie payante : en 2018, son parti n’avait recueilli que 4 % des voix. Mais Giorgia Meloni est parvenue depuis à capitaliser sur son nom les mécontentements et frustrations des nombreux Italiens qui se disent excédés par les « diktats » de Bruxelles, la vie chère et l’avenir précaire de leurs enfants.

« Nous défendrons Dieu, la patrie et la famille »

Sa devise ? « Dieu, patrie, famille ». Ses priorités ? Fermer les frontières pour protéger l’Italie de « l’islamisation » de l’Europe et le « remplacement ethnique en cours ». « Si vous vous sentez offensés par le crucifix, ce n’est pas ici que vous devez vivre. Nous défendrons Dieu, la patrie et la famille, faites-vous une raison. Nous nous battrons contre l’islamisation de l’Europe, parce que nous n’avons aucune intention de devenir un continent musulman », assène-t-elle.

Pour ce faire, elle appelle à un blocus naval de la Méditerrannée pour éviter le débarquement de migrants sur les côtes italiennes. Début août, elle a d’ailleurs suscité un tollé en partageant la vidéo d’un viol commis par un migrant pour évoquer ses propositions en matière de sécurité.

Autre volet de son programme : lutter contre les « lobbys LGBT » pour défendre la « famille naturelle ». Fermement opposée au mariage gay et aux adoptions pour les couples de même sexe, elle estime qu’il est du devoir de l’Etat de « garantir le meilleur aux enfants », c’est-à-dire « un papa, une maman, une stabilité ». Une position qu’elle n’estime pas être homophobe.

Autre thématique sociétale qui inquiète depuis son accession au pouvoir : l’accès au droit à l’avortement. Si elle a plusieurs fois affirmé qu’elle ne souhaitait revenir dessus, l’accès à l’IVG a été rendu très compliqué dans les régions où Fratelli d’Italia est bien implanté.

« Mussolini était un bon politicien »

Giorgia Meloni et son parti sont les héritiers du Mouvement social italien (MSI), parti néofasciste créé après la Seconde Guerre mondiale. A 19 ans, elle a affirmé à la chaîne française France 3 que le dictateur Benito Mussolini était « un bon politicien ».

Si elle doit ménager une frange de sa base qui se réclame de ce passé-là, elle sait aussi que pour gagner, elle doit rassurer l’aile modérée de sa famille politique. « Si j’étais fasciste, je dirais que je suis fasciste », s’est-elle défendue dans un récent entretien au magazine britannique « The Spectator ».

Son récit est « contredit par les faits », estime le quotidien de centre gauche « La Repubblica », qui pointe du doigt une partie de l’entourage et de la base du parti restée sensible à ses racines. Un responsable local de son parti a d’ailleurs récemment été suspendu après avoir partagé des posts Facebook faisant l’éloge de Hitler.

Dans un exercice consommé d’équilibriste, elle reconnaît encore aujourd’hui à Mussolini d’avoir « beaucoup accompli », sans l’exonérer de ses « erreurs » : les lois antijuives, l’entrée en guerre, l’autoritarisme. Et de clarifier : dans ses rangs, « il n’y a pas de place pour les nostalgiques du fascisme, ni pour le racisme et l’antisémitisme ».

Publié dans Articles de Presse

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