Mort d‘Elizabeth II : Pourquoi le décès de la monarque britannique ravive le « seum » des Belges

Publié le par 20 Minutes par Maxime Fettweis

TÊTES COURONNÉES Le décès de la reine Elizabeth II a ravivé les passions autour de la couronne britannique. En Belgique, on est parfois plus fasciné par les monarques venus d’outre-Manche que par la famille royale belge. « 20 Minutes » décrypte le phénomène.

Le roi Philippe entouré de sa famille, la princesse Eleonore, le prince Emmanuel et la reine Mathilde. — Shutterstock/SIPA

Le roi Philippe entouré de sa famille, la princesse Eleonore, le prince Emmanuel et la reine Mathilde. — Shutterstock/SIPA

Un cataclysme, le début d’une nouvelle ère, un changement d’époque… La mort de la reine Elizabeth II marque un tournant pour l’image des monarchies du monde entier. Car avant d’être la monarque vivante la plus populaire, icône de la pop culture, la défunte « queen » était à la tête de la famille royale dont l’image paraît la plus cool de la terre. L’aura des têtes couronnées britanniques relègue souvent celle d’autres pays dans une catégorie qu’on croirait tout droit sortie du grenier.

Le bon goût et les paillettes ne sont pas forcément l’apanage de toutes les familles royales. Depuis deux siècles et l’entrée de la Belgique en monarchie, la lignée des rois belges ne s’est jamais distinguée par son bon goût ou son image clinquante. Comment la mort d’Elizabeth II a-t-elle réveillé le désintérêt des Belges pour leurs monarques ? Tentative d’explications.

« Des gens lambda »

Quand on demande à un Français ce qu’il connaît du système politique belge, il répond souvent qu’il s’agit d’une monarchie. C’est vrai, mais quand il s’agit de décliner l’identité de celui ou celle qui est à la tête du pays, ça se complique. Peu populaires hors du royaume, Philippe et Mathilde, respectivement roi et reine de Belgique, ne font ni dans les paillettes, ni dans le sensationnel. Bien loin des scandales entre Harry et sa famille ou de la fascination générée par Kate Middleton à chacune de ses sorties, ils entretiennent une image simple, tout en exécutant leurs obligations royales.

Alors lors du décès d’Elizabeth II, l’heure du constat a sonné. « C’est quand même dommage que notre famille royale ne soit pas aussi intéressante à suivre que celle du Royaume-Uni », se désole Sophie après avoir suivi une édition spéciale hommage à la reine Elizabeth II diffusée à la RTBF. Cette Bruxelloise de 31 ans s’est immédiatement émue de la mort de la nonagénaire britannique tandis qu’elle regrette de n’avoir jamais ressenti une sympathie égale pour les rois, reines, princes et princesses « un peu ennuyants mais pas méchants » figurant sur la photo de famille royale du pays de la frite.

« Notre famille royale fait moins rêver… Elle ressemble plus à des gens lambda », confirme Margaux, 27 ans. Résidant au sud de Bruxelles, la jeune femme accumule pourtant les tasses à l'effigie des membres de la famille royale outre-Manche. Elle espère bientôt boire son « tea » dans un contenant à l’effigie du prince Louis, le petit dernier de Kate et William, pour compléter sa collection. « Je trouve que la famille royale britannique a plus de charisme et transporte davantage avec elle un univers féerique. »

La monarchie « en carrosse » vs. celle « à bicyclette »

« Bouleversée », l’historienne belgo-britannique Marie Cappart dit avoir ressenti un chagrin similaire à la perte de sa grand-mère qu’en apprenant la mort d’Elizabeth II. Elle assure avoir été aussi « très triste » lors de la mort du roi Baudouin, oncle de Philippe de Belgique, mais pas de manière aussi intime. « Les Belges regardent leur famille royale avec affection mais sans vraiment les idolâtrer comme c’est le cas de la couronne britannique », analyse la généalogiste du site MyHeritage.

L’univers institué par les Windsor au Royaume-Uni est pourvu de carrosses de quatre tonnes, en or, tirés par huit chevaux blancs, de châteaux plus impressionnants les uns que les autres et d’une garde royale tirée à quatre épingles. « La monarchie britannique a gardé tous les apparats du pouvoir. The Crown n’a rien inventé, on est réellement dans une super production "made in England" », analyse Bertrand Deckers, écrivain et chroniqueur belge passionné par les familles royales. En face, la monarchie belge s’est peu à peu séparée des symboles monarchiques. « On s’est séparé de carrosses royaux, on n’a plus de garde montée… Ce sont tous ces éléments qui créent la magie. »

Selon le spécialiste, l’attrait des Belges pour la couronne britannique plus que pour leur propre monarque réside dans le train de vie des figures royales. « Une monarchie qui circule à bicyclette n’intéresse personne sauf les Néerlandais qui trouvent ça cool parce que c’est écolo. »

Des nouvelles sur papier glacé vs. deux discours par an

Lors de la fête nationale, à Noël ou après un événement traumatique comme les inondations survenues en Belgique durant l'été 2021… Les apparitions de membres de la famille royale belge dans la presse nationale sont rares. « C’est un choix d’avoir une communication discrète, ce qui ne les empêche pas de faire bien leur travail », estime Marie Cappart.

De l’autre côté de la Manche, les Windsor sont scrutés, épinglés, traqués et leurs quelque 150 millions de sujets s’en délectent régulièrement sur le papier glacé des magazines. « Les Britanniques se sentent proches de leur famille royale car ils ont des nouvelles tous les dimanches dans les tabloïds », décrit l’historienne née d’un père belge et d’une mère anglaise.

Ce qui plaît à Margaux chez les Windsor c’est le côté narratif de leurs frasques relatées dans les médias. Elle y retrouve des éléments de la culture britannique qui l’intéressent beaucoup : « Le tea time, les universités prestigieuses, les châteaux… »

« Série à l’américaine » vs. série produite par « AB production »

Car les Windsor transportent avec le « bling bling » préservé de la royauté tout ce qu’il y a de plus romanesque, en commençant par un casting cinq étoiles. Bertrand Deckers évoque un « casting parfait » où la très controversée Meghan Markhle répond à la fascinante Kate Middleton dans un storytelling aux petits oignons qui donne des aspérités à l’intrigue. Mais les contemporains n’ont rien à envier à leurs prédécesseurs. « Quand Elizabeth épouse Philip en 1947, il était ultra-beau gosse et le mariage est scruté avec attention par les médias », pointe le spécialiste.

Il situe leurs homologues belges dans un autre registre : « C’est comme comparer une série américaine à une série réalisée par AB production, le casting n’est pas le même du tout ! »

Dans son histoire récente, la Belgique a tout de même connu quelques péripéties royales comme les coups de gueule du prince Laurent, le frère de Philippe ou l'arrivée récente dans la famille de Delphine, 54 ans, fille illégitime d’Albert II. Bertrand Deckers voit en ces épisodes des frasques belgo-belges, fruits d’une série qui aurait du mal à s’expatrier.

Elisabeth pour suivre les pas d’Elizabeth ?

Philippe, Mathilde et leur famille tentent quand même de percer dans le petit milieu de la royauté. C’est sur les épaules de l’héritière du trône, la princesse Elisabeth, que reposeraient les espoirs de coolitude de la monarchie belge. « On l’a vue faire sa rentrée à l’université en Grande-Bretagne dans un épisode médiatique récent », se souvient Marie Cappart qui rappelle que s’ils sont moins visibles, les fans de la couronne de Belgique existent.

Dans une ultime confidence, Margaux confie d’ailleurs qu’elle « serait ravie d’avoir une tasse princesse Elisabeth ». Reste à savoir si son appel sera entendu par son Altesse royale.

Publié dans Articles de Presse

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