Suicide ou crime d’État ? Le secret centenaire du drame de Mayerling enfin levé

Publié le par Ouest-France par Didier Gourin

Pavillon de chasse et église des Carmélites à Mayerling. | GETTY IMAGES/ISTOCKPHOTO

Pavillon de chasse et église des Carmélites à Mayerling. | GETTY IMAGES/ISTOCKPHOTO

Elle a beaucoup séduit, la littérature ou le cinéma avec un film, en 1968, au casting impérial (Omar Sharif, Catherine Deneuve, Ava Gardner). Un ballet (Mayerling), créé à Londres en 1978, est à l’affiche du Palais Garnier à Paris, en octobre.

Ce drame de Mayerling a de quoi faire pleurer dans toutes les chaumières d’Europe. Le jeune prince Rodolphe est malheureux avec son épouse Stéphanie, fille du roi des Belges. Il tombe amoureux de sa jeune maîtresse.

Comme un malheur ne vient jamais seul, le jeune homme ne s’entend guère avec son père. L’empereur François-Joseph est un conservateur qui n’entend pas changer un iota à sa politique tandis que Rodolphe, son fils aux idées libérales, est convaincu qu’il faut faire évoluer l’empire et donner plus de place à ses différents peuples, par exemple avec des parlements régionaux.

Amour impossible

Un amour impossible et une impasse politique… Rodolphe aurait plongé dans une profonde dépression, entraînant dans la mort sa maîtresse, dans le pavillon de chasse de Mayerling, à une trentaine de kilomètres de Vienne (Autriche).

C’est le côté face de Mayerling. Et il y a le côté pile : les idées politiques novatrices de Rodolphe inquiètent l’Allemagne qui décide d’en finir définitivement avec lui. Du suicide, on pense à l’assassinat.

L’Histoire a surtout retenu la thèse du suicide des amants. C’est d’autant plus romanesque que Rodolphe est le fils de l’impératrice Sissi. Une enquête rigoureuse aurait permis, à l’époque, de mettre en doute cette hypothèse qui s’impose comme la vérité. Mais le travail de la police est pour le moins bâclé.

Les angles morts et les incohérences ne manquent pas. Dans son livre, Mayerling, la vérité révélée, François Varay, journaliste et écrivain, installé dans les Côtes-d’Armor, en rappelle une. Un genou à terre, les quatre personnes présentes dans le pavillon de chasse ont dû jurer, devant l’empereur d’Autriche-Hongrie, de ne jamais rien dire sur cette nuit tragique. Pas un mot.

« Dire la vérité »

Le comte Hoyos est l’un des membres de ce quatuor de témoins condamnés au silence. Seulement, il trouve bien lourd ce silence, au point de soulager sa conscience dans le seul cercle restreint de sa propre famille.

Il crée ce secret de Mayerling, transmis verbalement de génération en génération. Ce secret explique que Rodolphe et sa maîtresse ont été assassinés par des émissaires allemands au service du chancelier Bismark. Les idées libérales et démocratiques de Rodolphe, appelé à régner sur l’empire d’Autriche-Hongrie, gênaient l’Allemagne.

François Varay | OUEST-FRANCE

François Varay | OUEST-FRANCE

Mais voilà, ce secret de Mayerling n’en est plus un. François Varay, le dernier dépositaire, a choisi de le rendre public avec ce livre. Il le tenait de son demi-frère, le célèbre journaliste de télévision, Ladislas de Hoyos, qui avait démasqué le criminel nazi Klaus Barbie en 1972 en Bolivie. Ladislas, le descendant du comte Hoyos.

« Il faut dire la vérité et mettre fin à un mensonge. Je ne veux pas voir ce secret de Mayerling mourir avec moi », explique François Varay, qui livre un récit passionnant sur la disparition des amants et en tire quelques réflexions sur l’histoire européenne. Rodolphe, une fois sur le trône, aurait peut-être évité à l’Europe de s’embraser, en 1914.

Et le XXe siècle n’aurait pas connu son cortège de malheurs. Pour autant, il n’entend surtout pas apporter le point final à la tragédie de Rodolphe et de Marie. Il invite les historiens à s’emparer du sujet et évoque une exhumation des corps.

Mayerling, la vérité révélée. Éd. Michel de Maule, 213 pages, 20 €.

Publié dans Articles de Presse

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