Affaire Profumo : l'espion russe au centre du scandale était un «ivrogne de bas étage, pas un cerveau»

Publié le par Vanity Fair par Dora Davies-Evitt

À l'époque, Eugène Ivanov était dépeint comme un « homme de confiance » travaillant pour l'URSS, mais des dossiers récemment publiés révèlent qu'il était un ivrogne coureur de jupons surnommé « Ivanov le terrible ».
John ProfumoJimmy Sime/Getty Images

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Le tristement célèbre scandale Profumo date de 1963. En son coeur se trouvait une liaison entre John Profumo, secrétaire d'État à la guerre du gouvernement conservateur britannique d'Harold Macmillan, et un mannequin de 19 ans nommé Christine Keeler. L'affaire a pris une nouvelle dimension lorsqu'il a été découvert que la jeune femme entretenait également une liaison avec l'espion russe Eugene Ivanov. Ce triangle amoureux russo-britannique présentait désormais un risque pour la sécurité nationale.

John Profumo Jimmy Sime/Getty Images

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À l'époque, le MI5, service de renseignement britannique, a étudié la possibilité que l'Union soviétique ait implanté Ivanov dans le pays pour orchestrer délibérément cette romance. Ivanov avait été envoyé en Grande-Bretagne en 1960 en tant qu'attaché naval, bien qu'il travaillait secrètement pour le GRU (l'agence d'espionnage militaire de l'Union soviétique).

Christine Keeler quittant le Ariel Hotel à Londres. Central Press/Getty Images

Christine Keeler quittant le Ariel Hotel à Londres. Central Press/Getty Images

Les responsables britanniques craignaient que le scandale, qui a finalement conduit Harold Macmillan à démissionner de son poste de Premier ministre et à faire tomber son gouvernement, ait été fomenté depuis Moscou. Cependant, selon des dossiers récemment publiés, il s'avère qu'Ivanov était en fait un « ivrogne de bas étage, pas un cerveau » qui, malgré son travail avec l'URSS, « a simplement eu de la chance ».

Harceleur sexuel et club de danse

Lorsque le scandale a éclaté dans la presse britannique, Ivanov a été présenté comme un « opérateur sans histoires ». Cependant, selon les dossiers, Ivanov avait un faible pour les cocktails, était souvent le dernier à quitter la fête et rentrait à son logement en conduisant en état d'ivresse. Une source a déclaré au Telegraph que le Russe était connu sous le nom d'Ivanov le terrible dans les cercles mondains. Il avait également « l'habitude d'harceler les femmes, en pinçant fréquemment leurs parties intimes ». La femme d'un attaché naval américain s'est plainte de son comportement après avoir été victime de l'homme lors d'une fête.

Christine Keeler E. Wilson/Getty Images

Christine Keeler E. Wilson/Getty Images

Christine Keeler connaissait à la fois Profumo et Ivanov par le biais de son amitié avec Stephen Ward, un ostéopathe et mondain qui l'avait prise sous son aile après l'avoir rencontrée dans un club de danse. Keeler passait souvent ses week-ends entourée de la haute société au domaine Cliveden de Lord Astor (Ward louait un cottage dans la résidence). C'est au cours d'un de ces séjours que Keeler rencontre le ministre de la Guerre au cours de l'été 1961. Après cette rencontre, Profumo l'aurait appelé pour l'inviter à dîner. Les prémices de leur liaison.

Coups de feu et un procès « orchestré par l'establishment »

Certains pensent que la relation du couple n'a duré que quelques semaines, d'autres suggèrent qu'elle a duré plusieurs mois. Quoi qu'il en soit, les conséquences de cette romance ont conduit à la fin de la carrière politique de Profumo et à une atteinte à la réputation de Keeler.

En 1962, un homme, le quatrième parti romantique, a tiré des coups de feu dans l'appartement londonien de Keeler. Une enquête criminelle a été ouverte, qui a permis de découvrir l'implication de Profumo. À l'issue d'un procès à l'Old Bailey, Keeler a été accusée d'être une « prostituée professionnelle », tandis que Ward a été reconnu coupable d'être son proxénète, avant d'être libéré sous caution. Le procès a depuis été qualifié d'« erreur judiciaire flagrante » orchestrée pour que l'establishment puisse « se protéger ».

Christine Keeler à son domicile à Londres. Reg Burkett/Getty Images

Christine Keeler à son domicile à Londres. Reg Burkett/Getty Images

Alors qu'une grande partie de la presse britannique dépeint Keeler comme une « pute », elle publie également des attaques contre Profumo et ses collègues conservateurs. À l'époque, le Times avait qualifié les mensonges de Profumo de « grande tragédie pour la probité de la vie publique en Grande-Bretagne », tandis que le Daily Mirror faisait allusion au fait que toute la vérité n'avait pas été découverte, écrivant qu'il y avait « des squelettes dans de nombreux placards ».

Plus de 20 ans après la fin de leur relation, Profumo a décrit Keeler, lors d'une conversation avec son fils, comme quelqu'un qui « semblait aimer les rapports sexuels » mais qui était « complètement inculte », et sans « aucune autre conversation que le maquillage, les cheveux et les disques de gramophone ».

Publié dans Articles de Presse

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