Au Brésil, un ex-député bolsonariste blesse deux policiers venus l’arrêter

Publié le par Le Monde avec AP et AFP

Roberto Jefferson a tiré des coups de fusil et lancé des grenades pour empêcher son interpellation après avoir enfreint les conditions de son assignation à résidence. Le président sortant d’extrême droite a condamné « l’action armée » de l’ancien député.

Un véhicule de la police brésilienne avec des impacts de balles sur son pare-brise, après les tirs de l’ancien député Roberto Jefferson, à Levy Gasparian, dans l’Etat de Rio de Janeiro, le 23 octobre 2022. BRUNA PRADO / AP

Un véhicule de la police brésilienne avec des impacts de balles sur son pare-brise, après les tirs de l’ancien député Roberto Jefferson, à Levy Gasparian, dans l’Etat de Rio de Janeiro, le 23 octobre 2022. BRUNA PRADO / AP

C’est un débordement d’une rare violence qui en dit long sur l’état de tension qui agite le Brésil, à une semaine du second tour de la présidentielle. Roberto Jefferson, parlementaire entre 1983 et 2005, et soutien du président sortant d’extrême droite, Jair Bolsonaro, a voulu empêcher la police de l’interpeller à son domicile, dimanche 23 octobre, en tirant avec un fusil et en lançant des grenades.

Au moment de l’arrestation, dans la ville de Levy Gasparian (Etat de Rio de Janeiro, sud-est), M. Jefferson, 69 ans, a « réagi » et deux policiers « ont été blessés par les éclats d’une grenade qu’il a lancée », a affirmé la police fédérale (PF). Les deux personnes touchées ont reçu des soins médicaux et sont en bonne santé, a ajouté la PF, qui a renforcé la présence policière sur les lieux.

« Je n’ai tiré sur personne pour les toucher, se défend l’ancien parlementaire dans une vidéo envoyée à des partisans sur WhatsApp. Personne. J’ai tiré sur leur voiture et près d’eux. Ils étaient quatre, ils ont couru, j’ai dit : “Partez, parce que je vais vous avoir.” Je donne l’exemple (…) : résister à l’oppression, résister à la tyrannie. Que Dieu bénisse le Brésil. »

M. Jefferson a opposé une résistance en utilisant « des armes à feu et des explosifs », mais a finalement été arrêté dans la soirée, « après une intense négociation », a précisé la PF, ajoutant qu’il serait l’objet d’une enquête pour tentative d’homicide.

Des insultes à l’encontre d’une magistrate du Tribunal suprême fédéral

M. Jefferson était sous le coup d’une peine de prison décidée par le Tribunal suprême fédéral (STF), plus haute instance judiciaire du pays, pour avoir enfreint les conditions de son assignation à résidence.

Le Tribunal suprême a cherché à freiner la propagation de la désinformation et des déclarations antidémocratiques avant le vote du 30 octobre, qui opposera l’ancien président de gauche Lula à l’actuel chef de l’Etat d’extrême droite, Jair Bolsonaro. M. Jefferson avait été emprisonné préventivement pour avoir proféré des menaces contre les juges de la cour, mais il avait reçu, en janvier, l’autorisation de rester en résidence surveillée, en respectant certaines conditions.

Le magistrat du STF Alexandre de Moraes a ordonné, dimanche, le retour en prison de M. Jefferson en s’appuyant sur plusieurs manquements aux conditions de cette assignation à domicile. L’ancien député avait notamment traité récemment sur les réseaux sociaux une magistrate du STF, Carmen Lucia, de « sorcière » et de « prostituée ».

Bolsonaro prend ses distances

Jair Bolsonaro a pris ses distances avec Roberto Jefferson, dimanche, sur Twitter : « Toute personne qui tire sur un policier doit être traitée comme un bandit. J’exprime ma solidarité avec les policiers blessés dans cet épisode. » Le chef d’Etat avait auparavant condamné « l’action armée » de M. Jefferson, qui s’est reclus pendant huit heures à son domicile.

M. Bolsonaro a aussi insisté sur le fait qu’il n’avait aucun lien avec M. Jefferson, qui avait dit en 2020 que le président était son « ami intime ». Le dirigeant a également nié être apparu sur des photos aux côtés de l’ex-député, mais plusieurs médias ont montré des images des deux ensemble lors de l’arrivée au pouvoir de l’ancien capitaine de l’armée en 2019.

Tout en cherchant à ne pas être éclaboussé par cette affaire, Jair Bolsonaro a toutefois critiqué les enquêtes judiciaires contre M. Jefferson, qui, à son avis, sont menées « sans aucun motif constitutionnel ni aucune poursuite ». Il a, par ailleurs, dépêché son ministre de la justice sur place.

Ces incidents ont suscité la réaction de l’ex-président Lula, favori des sondages à une semaine du scrutin présidentiel. « Les offenses commises à l’encontre de Carmen Lucia ne peuvent être acceptées par quiconque respectant la démocratie », a-t-il écrit sur Twitter. « On a créé dans la société une forme de violence. Une machine à détruire les valeurs démocratiques. Cela génère des comportements comme celui que nous avons vu aujourd’hui », a ajouté Lula, exprimant aussi sa solidarité avec les blessés.

Publié dans Articles de Presse

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