Guerre en Ukraine : entre "sévérité" et "indulgence", comment traiter les Ukrainiens qui ont collaboré avec les Russes ?

Publié le par Thibault Lefèvre Radio France

Certains sont partisans d'une ligne dure et de sanctions "très sévères" à l'encontre de ceux qui ont travaillé pour les Russes. D'autres plaident pour le pardon.

Un bâtiment d' usine sidérurgique dans la ville de Kryvyj Rih, le 21 septembre 2022. (GENYA SAVILOV / AFP)

Un bâtiment d' usine sidérurgique dans la ville de Kryvyj Rih, le 21 septembre 2022. (GENYA SAVILOV / AFP)

Quel sort réserver aux Ukrainiens qui ont collaboré avec les troupes russes ? La question se pose avec acuité, alors que de nombreux territoires occupés pendant plusieurs mois par des troupes russes sont libérés. Ceux qui ont fui reviennent, et espèrent retrouver leurs proches qui sont restés, sans vraiment savoir quel sort leur sera réservé. 

C'est le cas dans la ville de Kryvyi Rih, au nord de Kherson dans le sud de l'Ukraine. Ici, le téléphone ne passe plus depuis près d'un mois et demi. Roman n'a pas eu de nouvelles récentes d'Oleksi, un de ses amis d'enfance, resté dans son village de Bilovodsk, au nord du Donbass. "Nous étions voisin, on vivait dans la même rue, on se connaît depuis l'enfance", raconte Roman. Lui s'est enfui alors qu'Oleksi a continué sa vie malgré la présence russe.

Roman, habitant de Bilovodsk dans le Donbass, déplacé à Krivih Rih, près de Kherson.  (THIBAULT LEFEVRE / RADIO FRANCE)

Roman, habitant de Bilovodsk dans le Donbass, déplacé à Krivih Rih, près de Kherson. (THIBAULT LEFEVRE / RADIO FRANCE)

La fuite vers l'Ukraine libre n'était pas possible pour Oleksi, car il devait payer son crédit et nourrir ses enfants. "Il était contre l’occupation russe, mais il a été contraint de travailler parce qu’il était à la tête d’une entreprise locale de distribution de gaz. Au début, il était partagé, il me disait que s’il collaborait, il allait se sentir comme un traître. Il a finalement décidé de rester travailler sans pour autant changer d’avis", explique Roman. Pour lui, son ami n'est pas un traître, il n'a pas collaboré, "il est resté fidèle à son pays". La question du degré de collaboration est alors au cœur des débats dans le pays. 

"En temps de guerre, il faut être très sévère"

Mais cette explication est difficile à entendre pour certains. Oleksandr Vilkul dirige l'administration militaire de la ville de Kryvyi Rih. Dans cette région aussi, l'armée ukrainienne a récemment reconquis des territoires et arrêté des collaborateurs présumés. "Comment vous voulez faire ? Comme en France avec les partisans du régime de Vichy ?", interroge-t-il. 

"Tous les collaborateurs vont vous dire qu’ils ont agi avec le pistolet sur la tempe." Oleksandr Vilkul à franceinfo

Selon Oleksandr Vilkul, tous ceux qui ont collaboré avec les Russes l'expliquent par la contrainte, "même ceux qui ont travaillé dans les administrations ou dans la police des territoires occupés, ceux qui ont obligé, armes à la main, les gens à voter pendant les pseudos référendum, ils vont tous dire qu’on leur a forcé la main."

Oleksandr Vilkul, à la tête de l'administration militaire de Krivih Rih. (THIBAULT LEFEVRE / RADIO FRANCE)

Oleksandr Vilkul, à la tête de l'administration militaire de Krivih Rih. (THIBAULT LEFEVRE / RADIO FRANCE)

Pour lui, le sort des collaborateurs ne fait pas de doute en temps de guerre : "Bien sûr, il faut attendre l’enquête, le procès et puis le verdict, mais moi je trouve qu’en temps de guerre, il faut être très sévère et que l’indulgence viendra après." Aujourd’hui, la loi prévoit une peine de cinq ans de prison pour les Ukrainiens qui auraient travaillé avec des Russes. Mais une révision est prévue, après un débat actuellement au Parlement entre modérés et partisans d’une ligne dure.

Publié dans Articles de Presse

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