Guerre en Ukraine : le barrage de Kakhovka, l’autre menace russe sur Kherson

Publié le par Le HuffPost par Claire Tervé

En amont du barrage se trouve une immense retenue d’eau artificielle. Si l’ouvrage venait à céder, les conséquences seraient désastreuses pour la Crimée.

AFP (Image satellite Maxaar du barrage Kakhovka dans la région de Kherson en Ukraine annexée par la Russie)

AFP (Image satellite Maxaar du barrage Kakhovka dans la région de Kherson en Ukraine annexée par la Russie)

UKRAINE - Double menace sur Kherson. Alors que le Kremlin fait toujours peser la menace nucléaire sur l’Ukraine, un autre danger plane au-dessus de la région de Kherson, dans le sud du pays, annexée par la Russie. Les autorités ukrainiennes redoutent en effet que les troupes russes s’attaquent au barrage de Kakhovka, un ouvrage clé en Crimée.

Ce samedi 22 octobre, les autorités prorusses de la région de Kherson ont appelé tous les civils à quitter « immédiatement » la capitale régionale éponyme, face à l’avancée des forces de Kiev. Les évacuations vers la rive gauche du fleuve Dniepr, qui borde Kherson, sont en cours depuis mercredi. Pour l’ambassadeur d’Ukraine à Paris, Vadym Omelchenko, ces évacuations peuvent être une tactique pour l’armée russe de faire évacuer ses soldats parmi les civiles en s’en servant de bouclier afin que l’Ukraine ne puisse pas les bombarder.

Mais, comme il l’explique au Parisien, il se pourrait que cela donne le signal d’autres plans russes : le bombardement de l’armée ukrainienne à son arrivée dans la région ou, pire encore, la destruction du barrage de Kakhovka. Kiev accuse d’ailleurs la Russie de l’avoir miné. Une stratégie qui pourrait être dramatique.

Un ouvrage clé pour alimenter la Crimée en eau

Pris dès le début de l’invasion car cible prioritaire des Russes, le barrage hydroélectrique de Kakhovka est stratégique car il permet notamment d’alimenter en eau la péninsule de Crimée, annexée par Moscou.

Aménagé sur le fleuve Dniepr, l’ouvrage fait essentiellement de béton et de terre mesure 16 mètres de haut et 3850 mètres de long. Il s’agit de l’une des plus grandes infrastructures de ce type en Ukraine ; il est visible à droite sur la carte ci-dessous. Selon le site internet de la société ukrainienne exploitante, Ukrgidroenergo, la puissance de la centrale hydroélectrique, construit en 1956, pendant la période soviétique, est de 334,8 mégawatt (MW). Sa destruction pourrait aussi mettre à mal l’alimentation électrique de la région.

AFP La situation militaire autour de Kherson, le 20 octobre 2022.

AFP La situation militaire autour de Kherson, le 20 octobre 2022.

Kakhovka se trouve à environ à 60 km à l’est à vol d’oiseau de Kherson, première ville d’importance tombée aux mains des Russes en mars. Le front est lui à une quarantaine de kilomètres au nord. Or en amont de l’ouvrage se trouve le réservoir de Kakhovka, une retenue d’eau artificielle formée sur le cours du Dniepr, longue de 240 km et jusqu’à 23 km de large.

« Une catastrophe à grande échelle »

 

S’il venait à céder, « plus de 80 localités, dont Kherson, se retrouveront dans la zone d’inondation rapide », s’est alarmé le président ukrainien devant le Conseil de l’Union européenne. « En cas de destruction du barrage (...) le canal de Crimée du Nord disparaîtra tout simplement », et ce serait « une catastrophe à grande échelle » a-t-il averti.

Entre outre, « cela pourrait détruire l’approvisionnement en eau d’une grande partie du sud de l’Ukraine ». Enfin, autre conséquence possible : cela pourrait affecter le refroidissement des réacteurs de la centrale nucléaire de Zaporijjia, qui puise son eau dans ce lac artificiel de 18 millions de mètres cubes.

L’Ukraine a ainsi réclamé vendredi une mission d’observation internationale au barrage de Kakhovka. « Nous appelons l’ONU, l’UE et d’autres organisations à organiser une mission d’observation internationale de Kakhovka. Des experts internationaux doivent arriver immédiatement (sur le site), ainsi que le personnel ukrainien », a exhorté le Premier ministre, Denys Chmygal, lors d’une réunion du gouvernement.

Pour leur part, les autorités d’occupation russe de Kherson démentent tout minage du barrage de Kakhovka, dénonçant les « mensonges » du président Volodymyr Zelensky.

Publié dans Articles de Presse

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