Guerre en Ukraine : "On aurait dû négocier bien plus tôt, c'est probablement impossible maintenant", regrettent des Russes près de la frontière

Publié le par franceinfo Radio France

A Bryansk, à 350 km à l'ouest de Moscou et seulement 100 km de la frontière ukrainienne, les habitants sont sceptiques sur une quelconque avancée diplomatique

Le président russe Vladimir Poutine lors d'une visioconférence, à Saint-Pétersbourg, le 10 octobre 2022.  (GAVRIIL GRIGOROV / SPUTNIK / AFP)

Le président russe Vladimir Poutine lors d'une visioconférence, à Saint-Pétersbourg, le 10 octobre 2022. (GAVRIIL GRIGOROV / SPUTNIK / AFP)

'Vladimir Poutine va-t-il saisir la main tendue ? Le président français Emmanuel Macron a exhorté mercredi soir son homologue russe à "revenir autour de la table des discussions". Une déclaration qui intervient alors que Moscou dit attendre une offre de médiation via la Turquie : le président turc Recep Tayyip Erdogan doit en effet rencontrer jeudi 13 octobre Vladimir Poutine au Kazakhstan et et tenter de relancer le processus de pourparlers de paix.

Membre de l'Otan, la Turquie, très dépendante des gaz et pétrole russes, s'est efforcé depuis l'offensive russe du 24 février d'entretenir sa relation avec l'Ukraine et la Russie. Ankara a en effet joué un rôle-clé dans un échange de prisonniers en septembre entre la Russie et l'Ukraine ainsi que dans la conclusion en juillet, sous l'égide de l'ONU, d'un accord entre les deux pays permettant l'exportation de céréales ukrainiennes via la mer Noire et le Bosphore.

Reste que sur le terrain, ce premier pas de négociations laisse sceptiques les Russes. Bryansk, à 350 km à l'ouest de Moscou et seulement 100 km de la frontière ukrainienne, on croise nettement plus de voitures, ou de t-shirts arborant le "Z" de l'armée russe qu'à Moscou. La guerre est scrutée et est au coeur des préoccupations quotidiennes, comme ici sur le marché central. Alexandre, un vendeur de vêtements, ne croit pas que des négociations puissent mettre fin au conflit. "Négocier, c'est inutile. Parce que là-bas, c'est le nazisme. Nous croyons en notre président et notre peuple. Nous soutenons le président, notre pays, la Russie."

"Il faut parler le même langage"

A quelques pas de lui, Vassili, un vétéran de la guerre de Tchétchénie, qui est partisan de la méthode forte. Il confie ne pas avoir digéré le sabotage du pont de Crimée et considère que la riposte russe sous forme de missiles lancés sur les grandes villes ukrainiennes est légitime. "Il faut parler le même langage qu'eux, utiliser les mêmes armes. Sinon, si on ne le fait pas, ils vont continuer à nous bombarder, à commettre des attentats et après ça va être encore pire", lâche-t-il.

Pour lui, comme pour beaucoup à Bryansk, il n'est pas question de dialoguer avec Volodymir Zelensky. "Et comment régler le problème s'ils ne comprennent rien ? Et comment on peut négocier avec Zelensky ? On essaie ceci, on essaie cela. Et lui, il refuse. Il n'écoute que ses mécènes de l'Ouest, comme 'papy Biden'. Mais en fait, il est malade dans sa tête", s'agace alors Vassili.

Même les plus modérées, comme Xenia, n'y croient pas. Cette jeune médecin cache pourtant à peine qu'elle est opposée à cette guerre : "Personne ne voulait que cela se termine par une action militaire ou l'on tue des gens. Bien sûr, il serait préférable de parvenir à un accord. Mais tout cela dure depuis trop longtemps... Malheureusement, on aurait dû négocier bien plus tôt. C'est probablement impossible maintenant", regrette-t-elle. Xenia dit craindre que la seule issue possible aujourd'hui soit la disparition de l'Ukraine.

Publié dans Articles de Presse

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