Guerre en Ukraine : Vladimir Poutine réunira son Conseil de sécurité ce lundi

Publié le par L'Express avec AFP

Alors que l'explosion du pont de Crimée n'a toujours pas été attribuée, et après les revers de ces dernières semaines dans l'est et le sud de l'Ukraine, la Russie remplace le commandant de son offensive.

Vladimir Poutine réunira son Conseil de sécurité lundi 10 octobre.  Alexey DANICHEV / SPUTNIK / AFP

Vladimir Poutine réunira son Conseil de sécurité lundi 10 octobre. Alexey DANICHEV / SPUTNIK / AFP

Qui a fait exploser le pont de Crimée ? Au lendemain des faits, les doutes subsistent. L'édifice construit par la Russie est plus qu'un axe majeur par lequel passent soldats et armes pour envahir l'Ukraine. C'est aussi le symbole de l'annexion de l'île de Crimée, en 2014. Le régime russe s'est empressé de défendre sa réputation en annonçant une reprise de la circulation des véhicules et des trains. Mais derrière la sérénité affichée, les cercles de pouvoirs semblent fébriles. Samedi 8 octobre, Vladimir Poutine a remplacé le responsable de l'invasion en Ukraine

  • La circulation a repris sur le pont de Crimée

Le pont de Crimée, infrastructure clé et symbolique reliant la Russie à la péninsule annexée en 2014 au détriment de l'Ukraine, a rouvert à la circulation routière et ferroviaire après avoir été partiellement détruit samedi par une énorme explosion attribuée, par Moscou, à un camion piégé. "Tous les trains programmés vont passer en totalité", a précisé le vice-Premier ministre russe Marat Khousnoulline à l'agence de presse Ria Novosti. "Nous avons les capacités techniques pour cela", a-t-il assuré sur son compte Telegram. L'armée russe, en difficulté sur le front de Kherson, dans le sud de l'Ukraine, a assuré que l'approvisionnement de ses troupes n'était pas menacé : "Le ravitaillement (...) s'effectue de manière continue et complète, le long d'un couloir terrestre et partiellement par voie maritime." 

Des images de vidéosurveillance diffusées sur les réseaux sociaux ont montré une puissante explosion au moment où plusieurs véhicules circulaient sur le pont, dont un camion que les autorités russes soupçonnent d'être à l'origine de la déflagration. Sur d'autres clichés, on peut voir un convoi de wagons-citernes en flammes sur la partie ferroviaire du pont, et deux travées d'une des deux voies routières effondrées. Selon les enquêteurs, l'attaque, survenue au petit matin, a fait trois morts : le conducteur du camion et deux personnes - un homme et une femme - qui circulaient en voiture à proximité de la déflagration et dont les corps ont été sortis des eaux.  

  • Qui a fait exposer le pont de Crimée ?

Après avoir pu sembler, par un tweet ironique samedi matin, reconnaître à mi-mots une attaque ukrainienne, le conseiller de la présidence ukrainienne Mykhaïlo Podoliak a renvoyé plus tard vers une "piste russe". Dans son adresse du soir, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'est contenté de dire, en évoquant la péninsule annexée : "Malheureusement, c'était nuageux en Crimée", sans parler de l'explosion. Si l'Ukraine est à l'origine de l'incendie et de l'explosion sur le pont de Crimée, le fait qu'une infrastructure aussi cruciale et aussi loin du front puisse être endommagée par les forces ukrainiennes serait un camouflet pour Moscou.

 Le doute subsiste, alimenté par les déclarations ukrainiennes elles-mêmes - l'Ukraine n'a pas intérêt à donner un prétexte à Moscou de déchaîner sa violence. Un communiqué diffusé par la présidence a attribué l'explosion à une lutte interne entre le FSB et l'armée russe. "Il convient de noter que le camion qui a explosé, selon toutes les indications, est entré sur le pont depuis le côté russe. C'est donc en Russie qu'il faut chercher les réponses", indique le communiqué. Le Comité d'enquête russe a affirmé avoir établi l'identité du propriétaire du camion piégé, un habitant de la région de Krasnodar, dans le sud de la Russie, et que des investigations étaient en cours. Le Kremlin a indiqué que le président russe, Vladimir Poutine, convoquait son Conseil de sécurité ce lundi pour éclaircir la situation. 

  • Changement à la tête de "l'opération spécial"

Signe du mécontentement en haut lieu sur la conduite des opérations, Moscou a annoncé samedi avoir nommé un nouvel homme à la tête de son "opération militaire spéciale" en Ukraine : le général Sergueï Sourovikine, 55 ans. Il est un vétéran de la guerre civile au Tadjikistan dans les années 1990, de la deuxième guerre de Tchétchénie dans les années 2000 et de l'intervention russe en Syrie lancée en 2015. Il dirigeait jusque-là le groupement de forces "Sud" en Ukraine, selon un rapport du ministère russe datant de juillet. 

Cette décision qui a été, fait rare, rendue publique par Moscou, intervient après une série de défaites subies par l'armée russe en Ukraine. Les forces de Moscou ont été chassées début septembre de l'essentiel de la région de Kharkiv, dans le Nord-Est, à la faveur d'une contre-offensive ukrainienne qui a permis à Kiev de reprendre des milliers de kilomètres carrés de territoire. Les troupes russes ont aussi perdu 500 kilomètres carrés de territoire dans la région de Kherson, et ont abandonné Lyman, noeud logistique stratégique.  

  • La centrale et la ville de Zaporijia sous les bombes

La centrale nucléaire de Zaporijia, au centre d'un bras de fer depuis des mois dans le sud de l'Ukraine, qui a nécessité son arrêt, a de nouveau perdu sa source d'alimentation électrique externe en raison de bombardements. Elle s'appuie sur des générateurs d'urgence, a alerté samedi l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), dont une mission est sur place. 

Par ailleurs, au moins 17 personnes ont été tuées dimanche dans des bombardements sur la ville de Zaporijia, située à plusieurs dizaines de kilomètres de la centrale, trois jours après de précédentes frappes qui avaient fait 17 morts, a-t-on appris de source officielle. Les frappes ont touché des maisons et des immeubles d'habitation de plusieurs étages, a-t-il précisé. Jeudi, la ville avait déjà été la cible de sept missiles au petit matin, tuant également 17 personnes.  

L'armée de l'air ukrainienne a indiqué que quatre missiles de croisière, deux missiles tirés depuis des avions de chasse et d'autres missiles de type antiaérien avaient été utilisés contre la ville. "Des terroristes et des sauvages. Depuis celui qui a donné cet ordre jusqu'à celui qui l'a exécuté. Tous ont une responsabilité. Devant la loi et devant le peuple", a écrit le président ukrainien sur son compte Telegram. L'armée russe a elle affirmé dimanche avoir mené des frappes avec des "armes de haute précision" contre des unités de "mercenaires étrangers" près de Zaporijia. 

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article