“Il marchait sur les barbelés pour ne laisser aucune trace sur la frontière” : qui était Michel Hollard, ce résistant héros méconnu de la Seconde Guerre mondiale ?

Publié le par France 3 Bourgogne Franche-Comté Écrit par Sophie Courageot

Samedi 15 octobre, le Comité du Souvenir Français du Val de Morteau et du Saugeais inaugurera à Grand’Combe Chateleu (Doubs), un sentier consacré à Michel Hollard. L’homme a passé 98 fois clandestinement la frontière entre France et Suisse durant la Seconde Guerre mondiale pour livrer de précieux renseignements. Ce secteur du val de Morteau a été aussi celui où oeuvraient de nombreux passeurs.

 

Ne pas oublier. Un sentier va rendre hommage à Michel Hollard. Un mémorial des passeurs sera également inauguré. Sur la stèle, figurent les noms de 13 passeurs victimes de la répression de l’occupant nazi.

Michel Hollard a écrit une partie de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Son nom est peu connu pourtant. Au lendemain de la capitulation de la France en juin 1940, cet officier de réserve, qui s’est distingué lors de la guerre de 1914-1918, démissionne de son poste au centre d’études d’armement à Paris pour ne pas avoir à collaborer avec l’occupant. Son nouvel emploi dans une entreprise de gazogènes lui permet de sillonner le pays à la recherche d’approvisionnement en bois et en charbon. Ce patriote, résolu à continuer le combat contre l’Allemagne y trouve une opportunité pour collecter des renseignements sur les troupes d’occupation.

Michel Hollard, résistant de la Seconde Guerre Mondiale • © DR

Michel Hollard, résistant de la Seconde Guerre Mondiale • © DR

98 passages de frontières entre Doubs et Suisse

Le 15 mai 1941, au prix d’un périple aventureux, il se rend à Berne auprès de l’ambassade britannique pour offrir ses services. C’est sa première traversée de la frontière franco-suisse. Elle a lieu par derrière le Mont Chateleu, dans le Val de Morteau, avec l’aide d’un habitant de Derrière-le-Mont, Paul Cuenot. En octobre 1943, ce sont des renseignements importants que Michel Hollard remet aux Alliés : des plans, des croquis sur les bases de lancement de fusées V1 en construction en Normandie. Grâce à l’action de Michel Hollard et de son réseau, une grande partie des bases de V1 sont anéanties par l’aviation anglaise avant qu’elles n’aient pu entrer en service. Pendant près de trois ans, Michel Hollard se consacre aux activités d’espionnage. Au péril de sa vie, il franchit 98 fois la frontière entre entre mai 1941 et février 1944, porteur de précieuses informations sur les installations militaires allemandes et les mouvements de troupes. Il crée le réseau d’informateurs Agir qui compte jusqu’à une centaine de membres, présents dans les gares, les centres de communication, capables de renseigner en permanence sur le dispositif ennemi. Une vingtaine de membres du réseau Agir ont payé de leur vie leur engagement. Michel Hollard, arrêté sur dénonciation, fut torturé et déporté au camp de Neuengamme, près d’Hambourg. Il en ressortira très marqué mais vivant en juin 1945. Michel Hollard est décédé en 1993. Il revenait régulièrement dans le Val de Morteau.

Un sentier mémoriel pour ne pas oublier et pour les jeunes générations

La petite fille de Michel Hollard, Agnès Hollard, l’historien Bernard Vuillet, sont à l'origine du sentier ponctué par 18 panneaux qui retraceront cette page de l’histoire. Le mémorial est implanté le long du sentier dit des bornes reliant la France à La Brévine en Suisse. Le lieu est des plus symboliques car il constitue le point de passage emprunté par les passeurs à proximité de l’auberge du Mont Châteleu à 1 200 mètres d’altitude. Un lieu qui servira aux scolaires.

Un sentier sur les traces de Michel Hollard et des passeurs du Val de Morteau. • © Marine Candel - France Télévisions

Un sentier sur les traces de Michel Hollard et des passeurs du Val de Morteau. • © Marine Candel - France Télévisions

« Aujourd’hui, au moment où la mémoire des faits s’estompe et où les témoins sont de moins en moins nombreux, il est important de transmettre l'héritage historique et les valeurs humaines que ce chemin incarne. Il convient de ne pas déposséder nos héros de leur histoire, sous prétexte qu’eux-mêmes ont été discrets et n’ont pas voulu en faire état. C’est notre devoir de restituer cette histoire à tous ceux qui y ont participé. C’est une immense satisfaction et un honneur de pouvoir le faire encore aujourd’hui, 80 ans plus tard» explique Agnès, la petite fille de Michel Hollard.

Haut-Doubs, terre de passeurs : des familles juives sauvées de l’autre côté de la frontière

Durant l'Occupation allemande, le Val de Morteau a été un lieu de passage vers la Suisse, une terre d'asile, pour les réfractaires au travail en Allemagne, les prisonniers évadés, les aviateurs alliés tombés sur le territoire français, les résistants traqués, et de nombreuses familles juives venues souvent de loin, de Belgique, des Pays-Bas.

Depuis le vallon, des horlogers comme les Dodane à Morteau, des aubergistes, des cheminots, des commerçants comme les frères Faivre à Grand-Combe, ont caché les fugitifs en les orientant vers les écarts de la montagne vers des fermes complices. Des actes au péril de leur vie. Dans le canton de Morteau, on a compté une cinquantaine d'arrestations pour passage de Juifs à la frontière comme pour celui de simples lettres. Une dizaine de ces résistants ont été exécutés où sont morts en déportation.

Une stèle en hommage aux passeurs du Val de Morteau. • © Marine Candel - France Télévisions

Une stèle en hommage aux passeurs du Val de Morteau. • © Marine Candel - France Télévisions

  • Louis ANDRE (Les Gras), 37 ans, mort en déportation à Siggelkow le 1er mai 1945
  • Georges BEURET (Morteau), 23 ans, fusillé à Angers le 16 avril 1943
  • Maurice BILLOD (Montlebon), 40 ans, mort au camp de Gross-Rosen en janvier 1945
  • Etienne BOUQUET (Les Fins), 20 ans, déporté à Buchenwald en décembre 1943
  • Roger CUENOT (La Chenalotte), 34 ans, mort au camp de Dora le 29 décembre 1944
  • Robert MARGUIER (Villers-le-Lac), 18 ans, exécuté à Cologne le 1er juin 1943
  • Gilbert MENIE (Oye-et-Pallet), 25 ans, déporté à Dachau en décembre 1943
  • André MEYER (Morteau), 24 ans, mort au camp de Hersbruck le 2 décembre 1944
  • Louis PONCET (Le Bélieu), 18 ans, déporté à Buchenwald en décembre 1943
  • Roger PONCET (Le Bélieu), 26 ans, déporté à Dora en décembre 1943
  • Robert TSCHANZ (Morteau), 20 ans, fusillé à Angers le 16 avril 1943
  • Jean VUILLECOT (Montlebon), 20 ans, fusillé à Angers le 16 avril 1943
  • Michel VUILLEQUEZ (Villers-le-Lac), 19 ans, exécuté à Cologne le 1er juin 1943

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