Italie : pourquoi Giorgia Meloni veut changer le régime politique

Publié le par franceinfo - Bruce de Galzain Radio France

Portée par son succès aux législatives, le programme de la probable future Première ministre comporte le projet d’élire au suffrage universel le président de la République italienne. Et cela ne plait pas à tout le monde.

La leader du parti Fratelli d'Italia Giorgia Meloni lors d'un meeting politique, le 28 août 2022. (RICCARDO FABI / NURPHOTO via AFP)

La leader du parti Fratelli d'Italia Giorgia Meloni lors d'un meeting politique, le 28 août 2022. (RICCARDO FABI / NURPHOTO via AFP)

En Italie, le président de la République débute les consultations au Quirinal, la résidence officielle, pour ensuite demander, selon toute probabilité, à Giorgia Meloni de former un gouvernement. Elle deviendrait ainsi la première femme de l'histoire italienne à accéder au poste de présidente du Conseil. Et elle pourra appliquer les grandes lignes de son programme.

Arrivée en tête des législatives du 25 septembre, la probable future Première ministre Giorgia Meloni a déjà une idée assez arrêtée du rôle du président. Dans le programme de la coalition conservatrice - rassemblant son parti post-fasciste Fratelli d'Italia, ainsi que la Ligue de Matteo Salvini et Forza Italia de Silvio Berlusconi - figure le projet d'élire le président de la République italienne au suffrage universel. Une révolution historique pour Rome, véritable démocratie parlementaire dans laquelle le pouvoir exécutif est, jusqu'à présent, dans les mains du Président du conseil et du gouvernement. 

Or, pour changer la Constituion, Giorgia Meloni doit encore convaincre. Et cela ne plaît pas à tout le monde. Selon elle le semi-présidentialisme à la française est la solution pour redonner confiance aux citoyens. Cela donnera aussi de la stabilité à l'Italie : "En moyenne, nous changeons de gouvernement tous les deux ans. Cela mine notre crédibilité internationale, notre capacité à peser en Europe et dans les grandes organisations, plaide-t-elle. Donc je voudrais un système qui garantisse un lien entre l'électeur et l'élu, et bien sûr, une stabilité : celui qui gagne l'élection sait qu'il sera au pouvoir 5 ans pour réaliser son projet."

A droite, chez ses alliés, tout le monde y est favorable ; Silvio Berlusconi en tête, puisqu'il en a parlé la première fois en 1995. Mais l'ancien Premier ministre a, aujourd'hui, une idée derrière la tête. "Si la réforme entre en vigueur, je pense qu'il serait nécessaire que le président Mattarella démissionne pour élire directement un nouveau président... et ce pourrait encore être lui", tacle Il cavaliere. Sauf que Sergio Mattarella n'était déjà pas candidat à un deuxième mandat.

"Seul le pouvoir arrête le pouvoir !"

Ce sont donc les pleins pouvoirs que vise la droite aujourd'hui, estime la gauche. Enrico Letta, du Parti démocrate, ne veut pas changer la Constitution : "Notre pays a une Constitution issue de l'Assemblée constituante, fille de la Résistance et de l'antifascisme. Cette Constitution a sauvé l'Italie pendant ces 75 dernières années : le système a fonctionné ! Alors, dire aujourd'hui qu'il faut donner les pleins pouvoirs avec le présidentialisme car le système ne fonctionne pas, je suis désolé mais je ne trouve pas ça convaincant", balaie-t-il.

Gaetano Azzariti, professeur de droit constitutionnel à l'université La Sapienza de Rome, en octobre 2022. (BRUCE DE GALZAIN / RADIO FRANCE)

Gaetano Azzariti, professeur de droit constitutionnel à l'université La Sapienza de Rome, en octobre 2022. (BRUCE DE GALZAIN / RADIO FRANCE)

Quid, en effet, des contre-pouvoirs ? C'est la crainte de Gaetano Azzariti, professeur de droit constitutionnel à l'université La Sapienza de Rome : "Montesquieu ne parlait pas seulement de séparation des pouvoirs, mais il disait aussi que seul le pouvoir arrête le pouvoir ! Le problème italien, c'est que nous avons un gouvernement fort et un parlement faible, mais un président qui rééquilibre la situation. Si nous perdons le président de la République comme garant et que nous ne renforçons pas le Parlement, eh bien, en Italie, ce serait un risque !", défend-il. Un ancien président de la Cour constitutionnelle craint, lui, un régime autoritaire sur le modèle de celui de Viktor Orbán, le Premier ministre de Hongrie.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article