Ukraine : Sergueï Sourokivine, le sulfureux nouveau commandant de l'invasion russe

Publié le par L'Express par Julie Renson Miquel

Depuis début septembre, les forces du Kremlin perdent du terrain en de multiples endroits sur le front ukrainien. Face à ces revers militaires et au mécontentement de l'élite politique, Moscou a nommé un nouvel homme à la tête des opérations.

Le général Sergueï Sourovikine, 55 ans, est un vétéran de la guerre civile au Tadjikistann de la deuxième guerre de Tchétchénie et de la guerre en Syrie. (SEFA KARACAN / ANADOLU AGENCY / ANADOLU AGENCY VIA AFP)  Anadolu Agency via AFP

Le général Sergueï Sourovikine, 55 ans, est un vétéran de la guerre civile au Tadjikistann de la deuxième guerre de Tchétchénie et de la guerre en Syrie. (SEFA KARACAN / ANADOLU AGENCY / ANADOLU AGENCY VIA AFP) Anadolu Agency via AFP

Les esprits commencent sérieusement à s'échauffer au sein des élites russes. Alors que l'armée du Kremlin fait face à de nombreux revers sur le front depuis quelques semaines (elle a notamment dû se retirer de la région de Kharkiv au nord-est et reculer dans celle de Kherson), bousculée par la contre-offensive des combattants ukrainiens et forts des approvisionnements en armes occidentales, le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov a fustigé le commandement militaire, tandis qu'un haut responsable parlementaire, Andreï Kartapolov, a appelé publiquement l'armée à "arrêter de mentir" sur ses défaites.

L'explosion du pont de Crimée, samedi 8 octobre, est venue asséner un nouveau coup brutal aux forces russes. L'effondrement de cet édifice cher à Poutine, construit pour célébrer l'annexion de la presqu'île en 2014, va rendre plus difficile l'approvisionnement de la péninsule et des forces sur place. Signe du mécontentement en haut lieu sur la conduite des opérations, le ministère russe de la Défense a annoncé dans la foulée et publiquement - fait rare - sur Telegram avoir nommé un nouvel homme à la tête de son "opération militaire spéciale" en Ukraine : le général Sergueï Sourovikine, 55 ans. Ce dernier dirigeait jusqu'à présent le groupement de forces "Sud" en Ukraine, selon un rapport du ministère russe datant de juillet. 

Bouc émissaire

Le nom du prédécesseur de Sourokivine n'a quant à lui jamais été révélé officiellement, même s'il s'agissait, selon les médias russes, du général Alexandre Dvornikov, vétéran de la deuxième guerre de Tchétchénie et commandant des forces russes en Syrie de 2015 à 2016. Le timing de la nomination de Sourokivine n'est pas dû au hasard. Outre le symbole que représente la destruction du pont de Crimée, le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, est dans le collimateur de Vladimir Poutine depuis quelque temps. 

Le chef du Kremlin, qui cherche des fautifs à ses déconvenues militaires afin de se préserver, a en effet récemment sermonné le ministère de la Défense, expliquant qu'il n'avait "pas modifié en temps utile le cadre juridique des personnes non mobilisables", à l'occasion de la signature d'un décret accordant des sursis de mobilisation aux étudiants (Vladimir Poutine a décrété fin septembre la mobilisation de centaines de milliers de réservistes et l'annexion de quatre régions ukrainiennes bien que Moscou ne les contrôle que partiellement). "Cette critique est une critique implicite du ministre de la Défense Choïgou, à qui Poutine semble vouloir faire porter le chapeau des échecs de l'invasion", confirme dans une note l'Institute for the Study of War, un groupe de réflexion basé à Washington. 

Passé sulfureux

Pour calmer les ardeurs de Vladimir Poutine, le ministère de la Défense a donc nommé, à la tête des opérations, un commandant vétéran, qui a dirigé l'expédition militaire russe en Syrie en 2017. Il y a été accusé d'utiliser des tactiques "controversées", notamment des bombardements sans discrimination contre des combattants antigouvernementaux. Comme son prédécesseur, Sergueï Sourovikine est également un vétéran de la deuxième guerre de Tchétchénie dans les années 2000 et, avant cela, de la guerre civile au Tadjikistan dans les années 1990. L'ancien chef des forces aérospatiales russes a en plus un passé relativement mouvementé : il compte deux séjours en prison pour avoir prétendument vendu des armes et pour avoir dirigé une colonne militaire contre des manifestants lors du putsch de Moscou, coup d'État de 1991. 

"Il est hautement symbolique que Sergueï Sourovikine, le seul officier qui a ordonné de tirer sur les révolutionnaires en août 1991 et qui a effectivement tué trois personnes, soit maintenant en charge de ce dernier effort pour restaurer l'Union soviétique", a tweeté, samedi, Grigory Yudin, politologue et sociologue russe. "Pendant plus de 30 ans, la carrière de Sourovikine a été entachée d'allégations de corruption et de brutalité", ont écrit des responsables des services de renseignement britanniques dans un récent rapport sur la probable promotion de Sourovikine, rapporte le Guardian

Evgeny Prigozhin, fondateur de la société militaire privée Wagner, dont les mercenaires sont suspectés d'avoir participé au massacre de Boutcha, n'a quant à lui pas manqué de saluer la nomination du nouveau général. "Sourovikine est le commandant le plus compétent de l'armée russe", a-t-il déclaré selon un communiqué publié par Concord, une société à laquelle il est associé. C'est une "figure légendaire, il est né pour servir fidèlement sa patrie". 

Publié dans Articles de Presse

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