11-Novembre : Avec plus d’un siècle de retard, un petit village ariégeois inaugure son monument aux morts

Publié le par 20 Minutes par Hélène Menal

L’ANOMALIE Une cérémonie inédite aura lieu vendredi pour le 11-Novembre dans le village ariégeois d’Aigues-Vives. Car, plus d’un siècle après l’Armistice de la Première Guerre mondiale, la commune s’est enfin dotée d’un monument aux morts

 Sobre et de fabrication «maison», le monument sera inauguré vendredi, 104 ans après la fin du conflit. — DR

Sobre et de fabrication «maison», le monument sera inauguré vendredi, 104 ans après la fin du conflit. — DR

  • Mieux vaut tard que jamais. Ce vendredi, Aigues-Vives, dans l’Ariège, organisera sa première cérémonie du 11-Novembre.
  • Le village n’avait jamais eu de monument aux morts et son nouveau maire a voulu corriger cette bizarrerie historique.
  • Le monument tout neuf a d’ailleurs déjà une longue histoire indirectement liée à la Première Guerre mondiale.

Des gerbes, des officiels, une Marseillaise entonnée a cappella devant les enfants de l’école. A priori la cérémonie du 11-novembre dans le petit village ariégeois d’Aigues-Vives, dans le pays d’Olmes, n’aura rien de bien singulier par rapport aux milliers d’autres commémorations qui auront lieu au même moment partout dans l’Hexagone. A priori seulement. Car, 104 ans après la fin de la Grand Guerre, ce sera tout bonnement la première célébration du genre dans la commune de 700 âmes. Pour la simple raison qu’elle n’avait jusqu’ici jamais eu de monument aux morts.

« Il y avait juste une plaque, à l’intérieur de l’église. Il fallait rentrer dans l’édifice pour la voir et encore, d’après mes recherches, il y manquait un nom », explique Jean-Luc Tardy, le maire d’Aigues-Vives. Le fameux monument aux morts figurait dans le programme de l’édile, élu en 2020. « Je voulais absolument qu’on puisse faire notre devoir de mémoire », confie-t-il en admettant que ce projet-là n’est pas celui qui a le plus enthousiasmé son conseil municipal, plutôt constitué de trentenaires et de quadras. « Mais ils en ont parlé à leurs parents et grands-parents et les souvenirs sont remontés ».

Une pierre lourde d’histoire

Alors, pourquoi cette anomalie ? Pourquoi Aigues-Vives, qui a perdu 14 habitants sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale, et aucun autre durant les conflits suivants, a-t-elle échappé à la grande vague d’édifications des années 1920-1930 ?  « Ca, il faudrait le demander à mes prédécesseurs », plaisante le maire.

En tout cas, si le monument avait été commandé à l’époque, il ressemblerait à tous les autres choisis sur catalogue. Tandis que celui installé depuis peu sur la place du 14-Juillet est quasiment « maison ». Il mêle la grande et la petite histoire. Celle notamment de cette petite colline, visible du village, que deux frères du coin avaient décidé de transformer en carrière. Avec leurs explosifs artisanaux, ils ont commencé à « en sortir des pierres », « ce mélange de grès, de calcaire et poudingue pour les maisons alentour ». Puis la guerre est arrivée. Les deux frères Adreit ont fait leur baluchon. « Ils ne sont jamais revenus et la nature à repris ses droits sur la colline », raconte le maire. Des outils de l’époque ont été retrouvés sous les broussailles. Une pierre plate aussi. Elle a longtemps servi de table au nouveau propriétaire du terrain. Retaillée et recouverte d’une plaque en plexiglas est fait office désormais de sobre et tardif monument aux morts d’Aigues-Vives. Avec au milieu de douze autres, les noms de deux artisans.

Publié dans Articles de Presse

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