Affaire Quatennens : "On ne peut pas servir l'intérêt général quand on est un homme qui a commis des actes violents", dénonce la cofondatrice de l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique

Publié le par franceinfo Radio France

Après la prise de parole de Céline Quatennens, mercredi matin, Madeline Da Silva, cofondatrice de l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique et adjointe au maire socialiste des Lilas (Seine-Saint-Denis), était l'invitée de franceinfo.
Le député La France Insoumise Adrien Quatennens, dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, le 18 février 2020. (S?BASTIEN MUYLAERT / MAXPPP)

Le député La France Insoumise Adrien Quatennens, dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, le 18 février 2020. (S?BASTIEN MUYLAERT / MAXPPP)

"Adrien Quatennens doit démissionner", appelle Madeline Da Silva, cofondatrice de l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique, et adjointe au maire socialiste des Lilas (Seine-Saint-Denis), après la prise de parole de Céline Quatennens qui a prononcé de nouvelles accusations contre son mari, Adrien Quatennens. Le député du Nord (LFI) parle d'acte isolé. Sa femme rétorque qu'il existe des "violences physiques et psychologiques" depuis "plusieurs années". 

Ce communiqué est publié alors qu'Adrien Quatennens réfléchissait avec son groupe politique La France insoumise à revenir siéger sur les bancs de l'Assemblée nationale, qu'il a désertés depuis septembre. Adrien Quatennens, qui a reconnu avoir giflé son épouse, est convoqué le 13 décembre à Lille pour une procédure de reconnaissance préalable de culpabilité.

franceinfo : Le retour en politique d'Adrien Quatennens vous paraît-il opportun ? 

Madeline Da Silva : Vous savez que non. L'affaire Quatennens dit bien la même chose que d'habitude, c'est-à-dire que les violences ne sont pas uniques. On a voulu ici nous vendre l'acte unique, l'homme qui dérape, cet homme bien, qui n'aurait pas pu faire ça. On voit bien, en fait, qu'on est face à une situation de violence classique, de mécanismes de ces violences et de violences morales et physiques qui sont bien au-delà de ce que tous les éléments de langage ont bien voulu défendre.

Adrien Quatennens doit-il démissionner ?

On ne peut pas, quand on est un député, défendre l'intérêt général à partir du moment où on est un homme violent. D'autant qu'il se dit d'un parti féministe engagé contre ces violences. Ces violences en politique, elles impactent énormément. Elles impactent la démocratie politique, elles impactent aussi les personnes qui sont engagées, celles qui travaillent avec Adrien Quatennens aujourd'hui. Est-ce qu'on y pense ? C'est-à-dire qu'on nous rabat toujours la question du tribunal médiatique. Mais la réalité, c'est qu'en interne, le parti a des responsabilités pour protéger les personnes qui vont travailler avec Adrien Quatennens.

Qu'attendez-vous de La France insoumise ?

Adrien Quatennens doit démissionner. Qu'est-ce qui s'est passé dans l'affaire Quatennens ? Il y a des personnes qui sont montées en défense de cet homme. Elles se sont instituées juges, pour disqualifier non pas Adrien, mais Céline Quatennens. Et aujourd'hui, cette dernière est obligée de parler pour justement dénoncer ces violences, de manière à être elle-même réhabilitée.

Est-ce que ce n'est pas un peu dommageable que ça se passe devant les médias et pas devant un tribunal, tout simplement ?

Vous parlez de justice pénale, mais il ne faut pas oublier la justice interne au parti (LFI). Et la question de servir l'intérêt général. Qu'est-ce qu'a fait Adrien Quatennens dans son communiqué ? Il a banalisé la gravité des faits en parlant de divorce conflictuel. Il a aussi contextualisé en disant qu'il avait été violent, mais que c'était parce que sa femme avait fait ceci ou cela. Tout ça déjà, en fait, ça disait une banalisation de ces violences. C'est lui qui a communiqué dans les médias, c'est lui qui a fait un aveu partiel pour finalement cacher tout ce qu'il y avait derrière. Donc la réalité, c'est que le parti doit prendre au sérieux toutes les alertes et les traiter réellement. Et qu'il faut arrêter de banaliser ces violences et d'inverser la culpabilité. Parce qu'en fait la réalité, c'est ce qui s'est passé dans ce communiqué de presse. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, elle est obligée de parler et le parti doit se saisir de ces révélations. Le parti aurait dû s'en saisir d'ailleurs, depuis le départ. On ne peut pas servir l'intérêt général quand on est un homme qui a des actes violents.

Publié dans Articles de Presse

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