Agnès Pannier-Runacher soupçonnée de conflit d'intérêts : "C'est le discrédit qui est jeté sur notre démocratie", réagit Anticor

Publié le par franceinfo Radio France

Sur franceinfo, Laurent Dublet, membre du bureau de l'association qui lutte contre la corruption et milite pour la transparence en politique dénonce une "élite politique qui va cacher des liens d'intérêts financiers en totale contradiction avec les politiques publiques qu'elle affiche".
La ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, à l'Elysée, à Paris, le 5 octobre 2022.  (LUDOVIC MARIN / AFP)

La ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, à l'Elysée, à Paris, le 5 octobre 2022. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Le média d’investigation Disclose révèle ce mardi dans une enquête que les enfants de la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, sont associés à une société pétrolière nommée Arjunem liée elle- même à des paradis fiscaux via la société Perenco.

"De façon préventive, madame Pannier-Runacher aurait dû signaler à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique les intérêts que ses enfants avaient dans cette société Arjunem", a affirmé ce mardi sur franceinfo Laurent Dublet, membre du bureau d’Anticor, association qui lutte contre la corruption et milite pour la transparence en politique. La ministre assure qu'elle n'était pas obligée de déclarer les intérêts de ses enfants. Laurent Dublet a dénoncé sur franceinfo une "élite politique qui va cacher des liens d'intérêts financiers en totale contradiction avec les politiques publiques qu'elle affiche". Selon lui,  "le discrédit est jeté sur notre démocratie"

franceinfo : Agnès Pannier-Runacher aurait-elle dû informer la Haute Autorité ? 

Laurent Dublet : De façon préventive, oui. Madame Pannier-Runacher aurait dû signaler à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) les intérêts que ses enfants avaient dans cette société Arjunem. D'autant plus qu'à l'époque de la création de la société, ses enfants étaient mineurs. Elle avait donc l'administration légale des biens de ces enfants et la loi dit que les parents qui ont l'administration légale des biens de leurs enfants perçoivent les revenus de leurs enfants. Donc, à titre préventif et pour éviter justement ce type de problématique, elle aurait dû déclarer ses participations indirectes dans cette société via ses enfants.   

Dans ce cas de figure, il y a conflit d’intérêts ? 

Pour l'instant, on ne peut pas dire qu'il y a réellement un conflit d'intérêts puisqu'on n'a pas d'éléments qui nous permettent de dire qu'elle aurait favorisé les intérêts de la société Perenco. Là où on peut considérer qu'il y a un conflit d'intérêts, c'est que madame Agnès Pannier-Runacher est tout de même ministre de la Transition énergétique, qu'elle déclare vouloir mettre fin à l'industrie carbonée. On perçoit que la principale société qui aurait financé la société Arjunem dont ses enfants sont associés est la société Perenco, qui détient de nombreuses participations dans des groupements pétroliers. Pour nous, il y a une contradiction. On s'aperçoit qu'on est face à une élite politique qui va cacher des liens d'intérêts financiers en totale contradiction avec les politiques publiques qu'elle affiche et les discours qu’elle affiche. Ce type de comportement apporte une atteinte absolument incroyable à notre système démocratique. Nous avons des hommes et des femmes politiques qui portent une parole publique et leurs actions ne vont pas dans ce sens-là. C'est le discrédit qui est jeté sur notre démocratie. 

Que faut-il faire dans le cas de la ministre ? 

On n'est pas en situation de prise illégale d'intérêts. Il n'y a pas de délits, visiblement, qui ont été commis, mais il y a conflit d'intérêts. On peut avoir un conflit d'intérêts sans être dans une situation délictuelle. Il faut renforcer la transparence. Justement cette affaire pourrait être l'occasion de renforcer les exigences de transparence en matière de patrimoine et de déclarations d'intérêts. 

Vous êtes dans le champ de la morale, pas celui du droit ? 

Oui. On est surtout dans une exigence de transparence qu’Anticor porte depuis des années. On a une ministre en charge de la transition énergétique qui promeut une économie décarbonée et on s'aperçoit que de façon indirecte, elle aurait participé à la création d'une société qui est financée par des groupes pétroliers et via des fonds d'investissement qui sont situés dans des paradis fiscaux. 

Allez-vous engager une action en justice ? 

Nous avons un conseil d'administration et un bureau qui va se réunir et qui va statuer en fonction des différents éléments qui sont portés à notre connaissance. 

Publié dans Articles de Presse

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