Guerre en Ukraine : "Je pense que ça fait partie de leur propagande", les habitants de Kherson méfiants face à l'annonce du retrait russe de la ville

Publié le par franceinfo par Agathe Mahuet Radio France

Mercredi, le ministre de la Défense russe a ordonné le retrait des troupes russes de la rive droite du Dniepr. Les habitants, sur le qui-vive, se méfient de ces déclarations. 

Une femme marche dans les rues d'Arkhanhelske, dans la région de Kherson (Ukraine), le 3 novembre 2022.  (BULENT KILIC / AFP)

Une femme marche dans les rues d'Arkhanhelske, dans la région de Kherson (Ukraine), le 3 novembre 2022. (BULENT KILIC / AFP)

C’est une annonce qui marque, peut-être, un tournant dans la guerre que mène la Russie en Ukraine. Mais les autorités ukrainiennes se montrent particulièrement méfiantes après la déclaration officielle de la Russie de retirer ses forces de Kherson. Kiev indique s'attendre à devoir continuer à se battre pour conquérir cette seule capitale régionale prise par Moscou au début de son offensive. 

Près de neuf mois après le début de l'invasion, ce repli de Kherson sonne comme un cinglant revers pour Moscou, déjà contraint d'abandonner la région de Kharkiv en septembre. Une annonce qui intervient également au même moment qu'une estimation américaine selon laquelle ce conflit a causé la mort ou blessé plus de 100.000 soldats de chaque côté.

Les raisons avancées par le Kremlin 

Sur la place Rouge de Moscou, le 30 septembre dernier, le nom de Kherson sur les banderoles surmontait l'inscription "Ensemble pour toujours". Six semaines plus tard, l'armée russe est donc contrainte de quitter la ville sous la pression de l'offensive ukrainienne : la rive droite du Dniepr ne pouvait plus être ravitaillée correctement. Coupés de leurs lignes logistiques, les soldats russes étaient incapables de résister a dû ainsi admettre, mercredi 9 novembre le général Sergueï Sourovikine, commandant de l'"opération spéciale" du Kremlin. Même s'il a surtout justifié ce retrait par le fait que les populations civiles étaient en danger, c'est avant tout la situation militaire qui l'a contraint à prendre cette décision "pas facile", a-t-il admis devant le ministre de la Défense et les caméras de télévision. L'Etat major russe affirme que 115 000 habitants ont également été évacués vers le sud. C'est donc dans une quasi ville fantôme que l'armée ukrainienne pourrait faire son entrée prochainement.  

Mais, pourtant, Kiev ne crie pas victoire, bien au contraire. Le pouvoir ukrainien réagit avec beaucoup de prudence, à cette annonce : le président Volodymyr Zelensky appelle ainsi dans son message quotidien aux Ukrainiens à rester "impassible" face à cette information, d’une certain façon. Et pour cause : Kiev estime qu’il s’agit peut-être d’un piège de la part des Russes. 

"On est confiants"

"Il ne faut pas croire ce que dit la Russie. À Kherson, aujourd’hui, il n’y a pas de recul de l’armée russe. Au contraire : Moscou envoie de nouveaux mobilisés depuis la Crimée et met en place dans le même temps une importante ligne de défense sur la rive gauche de Kherson", a ainsi dénoncé mercredi 9 novembre le conseiller de la présidence, Mykhaïlo Podoliak après les déclarations du ministre russe de la Défense et du général à la tête des troupes russes dans la région. L'armée ukrainienne soupçonne plutôt Moscou de "déguiser" ses soldats en "civils" et de les "installer" en ville, dans les logements désertés, afin de préparer les conditions d’une bataille urbaine acharnée.Une situation particulièrement anxiogène pour les habitants de Kherson que franceinfo a pu contacter. Il est difficile d’obtenir des témoignages car beaucoup d'entre eux restent particulièrement prudents dans leur prise de parole, de peur d'être surveillés, notamment. "L’annonce du retrait des troupes russes ? Je pense que ça fait partie de leur propagande… Difficile de dire ce qui se passe. Mais nous, on est confiants, depuis le début de l’occupation : on va être libérés. C’est juste une question de temps", ose finalement cet habitant de la rive droite de Kherson.

Lui et sa famille n’ont pas suivi l’appel des autorités russes à évacuer, à traverser le fleuve : une fois sur la rive gauche, "Tu ne sais pas ce qui peut t’arriver", alors qu"Ici la vie continue ! On a un endroit où s’abriter… On a fait des réserves, 300 litres d’eau, de quoi manger, des générateurs. On est bien préparés. Au cas où ! On a pas peur de ce qui va arriver." La suite ressemble à un grand point d’interrogation. Mais la bataille pour Kherson n’est sans doute pas terminée. 

Publié dans Articles de Presse

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