Guerre en Ukraine : "Vous ne pouvez pas imaginer comme ça a été dur", l'émotion des habitants libérés de Kherson venus remercier l'armée

Publié le par franceinfo par Agathe Mahuet - Gilles Gallinaro Radio France

Quelques jours après la reprise de la ville par les Ukrainiens, la capitale régionale du sud de l’Ukraine reste toujours difficile d'accès. Mais certains habitants font quand même des dizaines de kilomètres pour remercier l’armée de les avoir libérés.

Danya, 7 ans, prend la pose avec un soldat, à Kherson, le dimanche 13 novembre 2022. (AGATHE MAHUET / RADIO FRANCE)

Danya, 7 ans, prend la pose avec un soldat, à Kherson, le dimanche 13 novembre 2022. (AGATHE MAHUET / RADIO FRANCE)

Le soulagement. Elle regarde les yeux plein de larmes son petit garçon de sept ans, drapé aux couleurs de l'Ukraine, qui prend la pause avec un militaire : "Je les aime, ils sont cools !", lâche le jeune garçon sous sa capuche. Valentina et son fils Danya, sont venus de la ville, les bras chargés de provisions, comme des pommes et des conserves de fruits maison, pour les offrir à "leurs" soldats. Si le retrait des troupes russes de Kherson a été annoncé officiellement quelques jours plus tôt, la ville est toujours inaccessible et privée de réseau.

"Je suis très contente qu'ils soient revenus. Vous ne pouvez pas imaginer comme ça a été dur", confie-t-elle en pleurant. Depuis une semaine toujours pas d’eau, de réseau et d’électricité. Et l’école du petit ? "Les Russes nous ont proposé 10.000 roubles (160 euros, ndlr) pour qu’il suive le programme scolaire de Moscou." Valentina a refusé, mais une amie à elle a cédé et Valentina décrit : "Son fils a dû chanter l’hymne russe, chaque matin".

Valentina et son fils Danya sont venus à Kherson, les bras chargés de provisions pour les offrir aux soldats de Kiev, le dimanche 13 novembre 2022. (GILLES GALLINARO / RADIO FRANCE)

Valentina et son fils Danya sont venus à Kherson, les bras chargés de provisions pour les offrir aux soldats de Kiev, le dimanche 13 novembre 2022. (GILLES GALLINARO / RADIO FRANCE)

"Atrocités"

Maksym, son mari, lui, raconte le filtrage et la surveillance russse. "Nos portables, nos messageries étaient vérifiés systématiquement ! Ça faisait de longues files d’attente dans mon quartier. Même pour aller chercher des couches pour notre bébé, on pouvait passer quatre ou cinq heures au barrage..."  Et surtout, il détaille des fouilles dans les appartements et des actes de torture. "Un jeune sur deux autour de moi a vécu ça : être accusé à tort d'avoir des armes. Les tortures étaient terribles. Des brûlures sur les parties génitales, des coups de taser, des décharges électriques aux oreilles... Les services secrets vont avoir du travail."

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a lui aussi accusé les forces russes d'avoir commis des "atrocités" à Kherson. "Les corps des tués sont retrouvés : ceux de civils et de militaires. Dans la région de Kherson, l'armée russe a laissé derrière elle les mêmes atrocités que dans d'autres régions de notre pays, où elle a pu entrer", a ainsi accusé Kiev, dimanche soir. Selon le président, 400 "crimes de guerre" russes avaient été documentés, sans préciser s'ils concernaient uniquement la région de Kherson.

Et puis, soudain, quatre femmes arrivent à leur tour en faisant de grands gestes. Elles apportent depuis Kherson aussi, du Bortsch (un potage à base de betterave) à tous les militaires. Le check-point prend des airs de cantine. Et les soldats acceptent un bol de soupe fumante. Comme un air de fête, de libération, même si toutes les barrières ne sont pas encore levées. La menace russe non plus d’ailleurs, juste de l’autre côté du Dniepr.

Valentina confirme : "On a peur qu’ils tirent sur Kherson. Ils ne peuvent pas s’en aller comme ça." Alors dès que ce sera possible, Valentina, Maksym et leurs enfants voudraient quitter Kherson et aller vivre un temps à Odessa, pour se mettre à l’abri. 

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article