Midterms : Kari Lake, le nouvel atout trumpiste

Publié le par Les Echos par Véronique Le Billon

A 53 ans, la candidate républicaine au poste de gouverneure d'Arizona a crevé l'écran pendant la campagne électorale. Sa force est de ne jamais hausser la voix, de se présenter comme une « momma bear » : une « maman ours » qui protège ses petits, avec au besoin un solide coup de griffe.

Kari Lake, candidate républicaine au poste de gouverneure d'Arizona, début novembre à Scottsdale. (JOHN MOORE/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/Getty Images via AFP)

Kari Lake, candidate républicaine au poste de gouverneure d'Arizona, début novembre à Scottsdale. (JOHN MOORE/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/Getty Images via AFP)

C'est ce qui s'appelle prendre la lumière. A 53 ans, Kari Lake, candidate républicaine au poste de gouverneure d'Arizona, est sans conteste la révélation de la campagne électorale qui s'achève. En quelques mois, l'ancienne présentatrice de la chaîne de télévision locale Fox 10 est passée du statut de novice en politique à celui de possible cheffe de l'exécutif d'Arizona . Et pourquoi pas, osent déjà certains, à celui de candidate crédible pour une vice-présidence des Etats-Unis.

« Je suis arrivée à Phoenix en août 1994, il faisait 45 degrés, je suis descendue de la voiture et j'ai dit 'oh mon Dieu, j'adore ça'», raconte-t-elle en cette fin septembre devant quelques dizaines de sympathisants, réunis dans un café au sud de la ville. Kari Lake ne parle pas de ses diplômes (une université de journalisme) mais de son tempérament, éprouvé au sein d'une famille de neuf enfants dans la campagne de l'Iowa : « Je fais les choses, j'aime travailler dur. J'ai grandi dans le Midwest, j'ai une bonne éthique de travail. »

« Ask me anything Tour »

Après avoir démissionné l'an dernier d'un métier qu'elle juge désormais « corrompu » mais qui l'a fait entrer dans tous les foyers de cet Etat de 7,3 millions d'habitants, Kari Lake ressemble à ce « Wild West » qu'elle veut conquérir : elle tire à vue et poursuit son chemin. ​En affirmant qu'elle n'aurait pas certifié le résultat de l'élection de 2020 dans l'Etat (remporté de justesse par Joe Biden), elle a d'abord gagné le soutien de Donald Trump et arraché la primaire républicaine, sortant du jeu la candidate de l'establishment local.

En retard dans les sondages cet été sur la démocrate Katie Hobbs, Kari Lake a ensuite comblé l'écart, en s'appuyant cette fois sur les faiblesses de son adversaire : puisque Katie Hobbs ne veut pas débattre, Kari Lake a lancé son « Ask me anything tour » : des dizaines de petites réunions, où l'ancienne journaliste expose avec aisance et d'une voix chaude ses idées, en jouant la carte de l'ultra-proximité. Un camion publicitaire à son effigie la suit dans tous ses déplacements. Son ​mari, vidéaste, l'enregistre en permanence et diffuse à moindres frais ses « punchlines » sur les réseaux sociaux.

Loin d'une Marjorie Taylor Greene (la députée complotiste de Géorgie) qui harangue ou d'une Kristi Noem (gouverneure du Dakota du Sud) qui pose fusil en main, la force de Kari Lake est de ne jamais hausser la voix, de se présenter comme une « momma bear » : une « maman ours » qui protège ses petits, mais avec au besoin un solide coup de griffe.

Derrière ses questions candides (« qui veut la meilleure éducation pour ses enfants ? »), elle se fait l'apôtre d'un chèque scolaire qui doit créer de la concurrence entre écoles publiques et privées et « fera changer les programmes scolaires ». Dans son viseur, le thème récurrent de l'éducation sur le « genre » à l'école. « Quelqu'un qui veut parler de sexe à un enfant de cinq ans ne doit pas pouvoir s'approcher d'une école », lance-t-elle avec un succès assuré.

Sincérité mise en doute

Dans cet Etat frontalier du Mexique, elle veut décréter « l'invasion » au premier jour de son mandat et juge que les migrants illégaux ne devraient pas pouvoir « prendre d'emploi aux Américains ». Elle a « de la compassion », assure-t-elle pourtant : « Mes enfants sont latinos, mon mari est latino - sa mère est arrivée comme immigrante. Elle a la nationalité américaine. C'est comme ça que vous le faites, dans le bon ordre », explique-t-elle sans plus de précisions. Elle ne goûte guère en revanche l'envoi de migrants par bus vers les Etats démocrates du Nord comme l'ont fait les gouverneurs de Floride ou du Texas : « vous les envoyez plus loin et c'est compliqué de les faire redescendre ».

Ses anciens amis de Fox 10 s'interrogent sur la sincérité de son virage politique, elle qui a voté pour Barack Obama en 2008 et multiplie maintenant les références à Dieu, quand ils la pensaient proche du bouddhisme. « C'était pour le yoga », a-t-elle expliqué au média conservateur BlazeTV, détaillant le « renouveau » récent de sa foi chrétienne.

Kari Lake n'a pas non plus détaillé ses projets pour l'Etat, et s'emmêle en cette fin septembre entre cours de Bourse et dollar « au plus bas ». « Je serais la meilleure ambassadrice et les entreprises afflueraient », promet-elle en tout cas, raillant surtout son adversaire qui « se cache dans son sous-sol », une référence sémantique à Donald Trump quand il moquait la campagne de Joe Biden pendant le Covid.

Soutiens de poids

Avec le succès, les soutiens de poids ont afflué ces dernières semaines, de Ron DeSantis à Donald Trump en passant par son ancien conseiller Steve Bannon, au ​podcast très écouté dans les cercles trumpistes. « L'un des plus grands patriotes du pays, un George Washington des temps modernes », a osé la candidate pour saluer sa venue.

Pas plus que pour 2020, Kari Lake n'a promis de respecter l'issue du scrutin ce mardi : « Je vais gagner cette élection et j'accepterai le résultat », a-t-elle seulement assuré. Si ce n'était pas le cas, elle a déjà un argument de poids : sa rivale, actuelle secrétaire d'Etat d'Arizona et à ce titre certificatrice de l'élection, n'a pas jugé bon de se récuser le temps de la campagne.

Publié dans Articles de Presse

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