Ukraine: la centrale de Zaporijjia de nouveau au cœur du conflit

Publié le par Le Figaro par Nicolas Barotte

DÉCRYPTAGE - Le président Zelensky a demandé des «garanties contre le chantage nucléaire de la Russie».

Une équipe de l’AIEA inspecte la centrale nucléaie de Zaporijjia, le 1er septembre. Le sort du site figure en première ligne des préoccupations russes, ukrainiennes et internationales. AIEA/Zuma Press/Bestimage

Une équipe de l’AIEA inspecte la centrale nucléaie de Zaporijjia, le 1er septembre. Le sort du site figure en première ligne des préoccupations russes, ukrainiennes et internationales. AIEA/Zuma Press/Bestimage

Qui a bombardé Zaporijjia? Après la victoire ukrainienne à Kherson, et tandis que les combats se poursuivent intensément autour de Bakhmout, dans le Donbass, le sort de la centrale nucléaire figure en première ligne des préoccupations russes, ukrainiennes et internationales. «Des explosions ont eu lieu sur le site de cette centrale nucléaire majeure, ce qui est complètement inacceptable», a déclaré dimanche le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Grossi, sur BFM. «Qui que ce soit, cela doit s’arrêter immédiatement», a-t-il poursuivi, s’inquiétant ouvertement d’une «folie»: «Les gens qui font ça savent où ils frappent. C’est absolument délibéré, ciblé.»

Située sur la rive gauche du Dniepr, en face de Nikopol, la centrale nucléaire est actuellement tenue par les forces russes. Si l’AIEA a pu y mener des inspections, la situation y demeure perpétuellement complexe et tendue, avec des équipes ukrainiennes toujours présentes mais aussi, probablement, des positions militaires russes qui s’abritent autour de la centrale pour échapper aux tirs adverses tout en se trouvant en position d’attaque.

Russes et Ukrainiens se renvoient la responsabilité des bombardements. Les uns pourraient exercer une menace latente, un chantage à l’escalade ; les autres, tenter de remporter une nouvelle victoire… «Nous avons tous besoin d’une protection garantie contre le sabotage russe dans les installations nucléaires», a déclaré le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, devant l’assemblée parlementaire de l’Otan. Le directeur de Rosatom, l’agence russe du nucléaire, a aussi mis en garde contre un risque d’accident.

Les deux cobelligérants semblent faire fi des règles non écrites des conflits, s’inquiète une source militaire française. En théorie, les zones à risque sont censées être écartées des théâtres d’affrontement, dit-on, alors qu’en Ukraine personne ne prend ces précautions.

La centrale de Zaporijjia est aussi symbolique que stratégique. La Russie espère pouvoir la raccorder au réseau électrique de Crimée. Pour l’instant, elle n’y est pas parvenue. Pour les Ukrainiens, retrouver le contrôle de la plus grande centrale d’Europe permettrait de soulager la pression énergétique qui s’exerce sur le reste du pays.

Quatre réacteurs à l’arrêt

Depuis la contre-offensive de septembre, l’armée russe a choisi de bombarder les infrastructures civiles du pays afin d’exercer une pression non seulement sur les troupes, mais aussi sur les civils ukrainiens, qui subissent notamment d’importantes coupures de courant alors que les températures sont en chute libre.

À l’heure actuelle, la centrale de Zaporijjia n’est reliée à aucun réseau électrique. Quatre réacteurs sont à l’arrêt et les deux derniers sont en cours de refroidissement. L’infrastructure est seulement connectée à un réseau électrique pour garantir le bon fonctionnement et le refroidissement des matières nucléaires sensibles. En cas de bombardements et de destructions, le principal risque porterait sur la dispersion de matière radioactive. A priori, ce scénario n’a d’intérêt pour aucun camp.

La douzaine de bombardements enregistrés le week-end dernier a endommagé, selon les experts de l’AIEA, «un bâtiment de stockage de déchets radioactifs, les systèmes d’arrosage des bassins de refroidissement, un câble électrique vers l’un des générateurs diesel, les réservoirs de stockage des “condensats” et un pont entre un réacteur et ses bâtiments auxiliaires». Le niveau de radiation est demeuré à un niveau normal, selon l’AIEA.

La communauté internationale est néanmoins inquiète. La situation est suffisamment sérieuse pour qu’Emmanuel Macron s’implique. Le président s’est entretenu dimanche avec Rafael Grossi et lundi avec son homologue Volodymyr Zelensky. «À chaque victoire militaire de l’Ukraine, la reconquête de la région de Kharkiv comme la reprise de Kherson, la Russie réagit par de nouveaux bombardements des infrastructures essentielles de l’Ukraine», a déploré le chef de l’État. Sur la ligne de front, la centrale de Zaporijjia demeurera une cible tant que la guerre durera.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article