Ukraine : perquisition dans un monastère de Kiev soupçonné de liens avec Moscou

Publié le par L'Express avec AFP

Le gouvernement a appelé les habitants de Kherson à évacuer la zone dévastée pour survivre à l'hiver, alors qu'une partie du pays est privée d'électricité et de chauffage.

La Laure des Grottes de Kiev, le plus vieux monastère d'Ukraine subit actuellement une perquisition par les services de renseignements ukrainiens, pour soupçon de collusion avec la Russie.  Only France via AFP

La Laure des Grottes de Kiev, le plus vieux monastère d'Ukraine subit actuellement une perquisition par les services de renseignements ukrainiens, pour soupçon de collusion avec la Russie. Only France via AFP

La centrale nucléaire de Zaporijia est désormais sous la menace constante d'un accident nucléaire. Après la prise du territoire sud ukrainien par Moscou en mars dernier, la situation s'est surtout dégradée depuis le mois d'août. Chaque jour, les frappes de missiles, dont Moscou et Kiev s'accusent mutuellement, s'approchent un peu plus, provoquant de dangereuses coupures d'électricité à répétition. On a atteint le week-end dernier un point de tension, avec une "bonne douzaine" de tirs signalés par l'Agence internationale de l'énergie atomique (IAE). 

  • Soupçon de collusion dans le plus ancien monastère d'Ukraine

Les services de sécurité ukrainiens (SBU) ont effectué, ce mardi 22 novembre au matin, une perquisition dans le principal monastère de la capitale Kiev, lieu de résidence du primat de l'Église orthodoxe ukrainienne et soupçonné de liens avec la Russie, ont-ils annoncé dans un communiqué. Située au sud du centre-ville de la capitale ukrainienne, la Laure des Grottes de Kiev, construite au milieu du XIe siècle, est le plus ancien monastère d'Ukraine. Il est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1990. Le SBU "mène des mesures de contre-espionnage" sur le site "pour contrer les activités subversives des services spéciaux russes en Ukraine", a-t-il indiqué sur Telegram. 

L'Ukraine est centrale pour l'Eglise orthodoxe russe dont certains des monastères les plus importants se trouvent dans ce pays. Fin mai, la branche moscovite de l'Eglise orthodoxe ukrainienne avait toutefois annoncé rompre ses liens avec la Russie en raison de l'invasion russe en Ukraine. En mai 2019, déjà sur fond de tensions diplomatiques, une partie de l'Eglise ukrainienne représentée par le patriarcat de Kiev avait rompu avec Moscou et prêté allégeance au patriarche Bartolomée, basé à Istanbul. 

Mardi, les services de sécurité ukrainiens ont expliqué "effectuer des contrôles sur les personnes (...) concernant leur implication dans des activités illégales au détriment de la souveraineté de l'Etat ukrainien". Le SBU a indiqué séparément, sur Facebook, avoir mené une descente similaire dans deux monastères et le diocèse local dans la région de Rivné (Nord-Ouest). Le service de presse du Patriarcat de Moscou a, lui, rapidement dénoncé un "acte d'intimidation" envers les croyants ukrainiens. 

  • Combats en cours sur la pointe de Kinbourne, au sud de Mikolaïv

Des combats étaient en cours, ce mardi, entre Ukrainiens et Russes sur la pointe de Kinbourne, bout de terre niché à la pointe de la rive gauche du Dniepr dans le sud de l'Ukraine, au sud de Mikolaïv, selon les autorités. "Il nous reste trois localités (à reprendre) sur la péninsule de Kinbourne" avant de libérer entièrement la région de Mikolaïv (sud), a affirmé mardi le gouverneur régional, Vitali Kim. 

Lundi, la porte-parole du Commandement sud de l'armée ukrainienne, Natalia Goumeniouk, avait indiqué qu'"une opération militaire est actuellement en cours sur la péninsule de Kinbournska, 'en mode silence'". "Nous continuons le travail de combats. Dès qu'il y aura un résultat, nous en ferons rapport", avait-elle assuré, sans donner plus de détails sur les hostilités en cours. 

La prise par l'armée ukrainienne des trois derniers villages de la région de Mikolaïv aux mains des Russes marquerait une victoire importante pour Kiev, quelques jours après avoir chassé les troupes de Moscou de Kherson, principale ville occupée jusque-là. Ces trois petites localités se trouvent géographiquement à quelques kilomètres en face du sud de l'Ukraine, contrôlé par Kiev, à la pointe d'un morceau de terre niché au bout de la rive gauche du Dniepr. 

  • Le directeur de l'IAE appelle à "arrêter cette folie"

Selon un état des lieux dressé lundi, "des dégâts étendus ont été observés" en divers endroits même si "les équipements importants demeurent intacts". "Qui que ce soit, arrêtez cette folie !", a exhorté le directeur général de l'IAE assurant que "c'est absolument délibéré, ciblé". Si les systèmes de sûreté clés n'ont pas été endommagés, "le bombardement s'en est rapproché dangereusement. Nous parlons de mètres, pas de kilomètres", a déclaré le chef de l'instance onusienne. "L'impact direct sur les réacteurs et les équipements adjacents, en particulier là où est entreposé le combustible usé, pourrait avoir de sérieuses conséquences", avait-il averti en septembre.  

L'autre risque est celui d'une coupure de courant prolongée, alors que le réseau principal a déjà été endommagé à plusieurs reprises par les bombardements, même si des alternatives existent. L'électricité est essentielle pour faire tourner les pompes assurant la circulation d'eau et refroidir le combustible des coeurs des réacteurs et des piscines d'entreposage, afin d'éviter un accident de fusion combustible et des rejets radioactifs dans l'environnement comme cela a été le cas pour Fukushima en 2011. Lundi, Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky ont appuyé lors d'un appel urgent "l'absolue nécessité de préserver la sécurité et la sûreté" de la centrale nucléaire de Zaporijia. 

  • Washington dénonce des "crimes de guerre systémique"

La Russie s'est livrée à des "crimes de guerre systémiques" partout où elle a déployé des troupes en Ukraine, a accusé lundi Beth Van Schaack, diplomate chargée de la justice pénale internationale au département d'État américain. Citant des exécutions sommaires, cas de torture ou de traitements inhumains ou encore le déplacement contraint de personnes et d'enfants, elle s'est dite confiante qu'à terme les responsables russes devront en rendre compte devant la justice. La veille, quatre nouveaux "sites de torture" avaient été découverts dans la région fraîchement reprise par les Ukrainiens de Kherson, occupée pendant près de 8 mois par les Russes avant leur retraite forcée il y a une dizaine de jours. 

La CPI a ouvert une enquête sur la guerre en Ukraine peu après l'invasion menée par la Russie le 24 février, et une équipe commune d'enquête européenne sur les crimes présumés commis dans ce pays a également été mise en place par la Lituanie, la Pologne et l'Ukraine avec le soutien de l'agence judiciaire européenne Eurojust. Quant à la création d'un tribunal spécial, réclamé par l'Ukraine, la diplomate américaine a fait part "de discussions toujours en cours" notamment au sein de l'Assemblée générale de l'ONU. Elle a indiqué que les Etats-Unis étaient plutôt favorables aux "institutions existantes" pour juger d'éventuels crimes de guerre ou d'humanité. Evoquant un "nouveau Nuremberg", en référence aux procès des responsables nazis après la Seconde Guerre mondiale, Beth Van Schaack s'est dite confiante dans le fait que les enquêtes menées actuellement puissent aboutir à des mises en accusation en temps voulu. 

"Lorsque vous constatez de tels actes systémiques, y compris la mise en place d'un vaste réseau de déplacements contraints, il est très difficile d'imaginer que ces crimes aient pu être commis sans que la responsabilité en incombe au plus haut de la chaîne de commandement", à savoir le président russe Vladimir Poutine, a ajouté la haute responsable. Interrogée sur des vidéos qui selon Moscou prouvent que Kiev a exécuté plusieurs soldats russes, elle a insisté sur le fait que "les lois de la guerre s'appliquent à toutes les parties, tant l'Etat agresseur que l'Etat qui se défend". 

  • La croissance mondiale ralentit selon l'OCDE

Dans le contexte de la guerre en Ukraine, "la croissance est en berne, l'inflation élevée est persistante, la confiance s'est érodée et l'incertitude est élevée", constate l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans ses dernières prévisions publiées le 22 novembre. La croissance de l'économie mondiale va ainsi subir un coup de frein, passant de 3,1% en 2022 à 2,2% l'an prochain, avant de rebondir à 2,7% en 2024.  

"L'économie mondiale subit sa plus grave crise énergétique depuis les années 1970", d'après l'économiste en chef par intérim de l'OCDE, Alvaro Santos Pereira. Il explique que le scénario le plus probable envisagé par l'OCDE "n'est pas une récession mondiale, mais un net ralentissement de l'économie mondiale en 2023, ainsi qu'une inflation toujours élevée, mais déclinante dans de nombreux pays".La hausse des prix devrait atteindre 8% en moyenne cette année dans les pays du G20, qui regroupe les principales économies de la planète, avant de retomber à 5,5% en 2023 et 2024, selon les projections de l'organisation. 

Pour la France, l'OCDE projette une croissance de 2,6% en 2022 et un ralentissement à 0,6% l'an prochain, contre 1% prédit par le gouvernement et 0,7% par le Fonds monétaire international (FMI). L'économie hexagonale rebondirait ensuite, mais assez faiblement, à 1,2% de croissance en 2024. La hausse des prix atteindrait 5,9% cette année, 5,7% en 2023 puis retomberait à 2,7% en 2024. 

  • Le gouvernement ukrainien appelle les habitants de Kherson à évacuer pour l'hiver

La vice-Première ministre et ministre chargée de la réintégration des territoires temporairement occupés en Ukraine, Iryna Verechtchouk, a appelé lundi soir les habitants de Kherson à "évacuer pour l'hiver vers des régions plus sûres du pays", particulièrement les femmes, enfants et personnes âgées. 

À Kiev, la direction régionale de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour l'Europe, Hans Kluge, a prévenu le même jour que l'hiver menacera la vie de millions d'Ukrainiens, après les séries de frappes russes dévastatrices sur les infrastructures énergétiques du pays. "Pour faire simple, cet hiver sera une question de survie", a-t-il ajouté. "Nous nous attendons à ce que deux à trois millions de personnes supplémentaires quittent leur maison à la recherche de chaleur et de sécurité", estime-t-il. 

  • La France mobilise 100 millions pour la Moldavie

La communauté internationale a annoncé lundi 21 novembre, lors d'une conférence nationale de soutien à la Moldavie, de nouvelles aides financières pour cette victime collatérale de la guerre en Ukraine. Petit pays de 2,6 millions d'habitants, la Moldavie est candidate depuis fin juin 2022 à l'entrée dans l'Union Européenne. Elle subit de plein fouet les conséquences de la guerre, en particulier sur le plan énergétique. Cette troisième réunion de la "plateforme internationale de soutien à la Moldavie" s'est déroulée dans un contexte particulier "de chantage au gaz" de la part de la Russie, a noté la ministre française des Affaires étrangères Catherine Colonna. La compagnie russe Gazprom a réduit de moitié ses exportations de gaz vers Chisinau, et "les exportations d'électricité en provenance d'Ukraine ne sont plus possibles du fait des bombardements sur les infrastructures ukrainiennes", a relevé la ministre.  

Dans ce cadre, la France a annoncé lundi 21 novembre une aide supplémentaire de 100 millions d'euros à destination du petit pays. "Lutter pour la Moldavie aujourd'hui, c'est participer à l'effort de guerre que nous conduisons, aux côtés de l'Ukraine", a appuyé Emmanuel Macron durant la conférence. Dans un entretien récent avec l'AFP, le vice premier ministre moldave a évalué à 1,1 milliard d'euros le besoin de financement supplémentaire pour couvrir les surcoûts énergétiques du pays cet hiver, sans compter les besoins financiers pour assurer l'aide humanitaire. Quelque 80.000 Ukrainiens sont déjà réfugiés en Moldavie, ce qui représente un coût important pour le petit pays, et la Moldavie s'attend à une nouvelle vague de réfugiés ukrainiens fuyant le froid. 

Le pays est également victime de tentatives de déstabilisation politique par la Russie, qui a placé des soldats dans la région séparatiste progresse de Transnistrie. La présidente moldave Maia Sandu a également accusé la Russie d'être derrière des trafics d'armes, de biens, de traites d'humains ou de financer des manifestations antigouvernementales. Elle a appelé l'ensemble de ses partenaires "à sanctionner les criminels de haut vol qui volent et menacent la démocratie". 

  • La guerre en Ukraine responsable du plus grand déplacement européen depuis les années 1940

L'invasion de l'Ukraine par la Russie a entraîné "le plus grand déplacement forcé de personnes en Europe depuis les années 1940", relève la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) ce mardi 22 novembre. Dans son rapport intitulé "Business Unusual" (affaires inhabituelles), elle estime que le monde ne reprendra pas son cours "comme si de rien n'était" après la pandémie et les conséquences de la guerre en Ukraine, comme le chamboulement de l'économie et l'afflux massif de réfugiés. 

Cependant, l'afflux de réfugiés ukrainiens a aussi "le potentiel d'augmenter la main-d'oeuvre de l'Union européenne d'environ 0,5% d'ici la fin de 2022", ajoute l'organisation. "Cela pourrait atténuer certaines pénuries de travailleurs dans les économies européennes, qui vieillissent rapidement." Le rapport révèle ainsi que près de trois réfugiés ukrainiens sur dix en Europe sont déjà employés dans leur pays d'accueil. Près des deux tiers de tous les réfugiés dans le monde viennent de Syrie, d'Ukraine, de Cisjordanie et de Gaza, du Venezuela ou d'Afghanistan, et près de la moitié sont des enfants. 

Publié dans Articles de Presse

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