Coupe du monde 2022 : au terme d'une finale d'anthologie, les Bleus s'inclinent aux tirs au but contre l'Argentine

Publié le par franceinfo de notre envoyé spécial à Doha - Denis Menetrier - franceinfo: sport France Télévisions

Après être revenue deux fois au score, l’équipe de France a fini par s’incliner aux tirs au but en finale de la Coupe du monde, dimanche, contre l’Argentine (3-3, 4-2 t.a.b.).
(MOHAMMED DABBOUS / ANADOLU AGENCY)

(MOHAMMED DABBOUS / ANADOLU AGENCY)

C'est l'Argentine qui brodera une troisième étoile sur son maillot. L’équipe de France, championne du monde en titre, a été battue par l’Argentine aux tirs au but au terme d’une finale légendaire au stade Lusail de Doha (3-3, 4-2 t.a.b.), dimanche 19 décembre. Avec ce succès, l’Albiceleste ajoute un troisième titre à son palmarès dans la compétition, après 1978 et 1986. Il y a trente-six ans, Diego Maradona avait soulevé le trophée. À Doha, c’est Lionel Messi qui va l’imiter après avoir longtemps attendu ce moment tandis que les Bleus s’en voudront certainement, après avoir réussi à recoller au score par trois fois grâce à Kylian Mbappé.

Il est rageant, pour les joueurs et les supporters tricolores, que cette aventure se termine ainsi. En un mois à Doha, c’est un groupe bleu à la fois jeune et expérimenté, mais surtout ambitieux qui s’est construit, a appris à se connaître pour forger un collectif fort et capable de souffrir. À travers les victoires tout au long de la compétition, les joueurs et le staff ont rêvé de nouvelle épopée, comme en 2018, et d’un doublé historique. Ces espoirs ont volé en éclats sur la pelouse du stade Lusail au bout d’une soirée totalement folle et irrationnelle.

Un 3-3 qui se joue aux tirs but en phase finale pour les Bleus est un très mauvais souvenir. Après la Suisse à l’Euro 2021, ce sont les ratés de Kingsley Coman et Aurélien Tchouameni qui ont condamné les Bleus. Ces derniers ont pourtant tout fait, pendant plus de 120 minutes, pour s’accrocher à leur rêve. Celui-ci leur est passé sous le nez à cause d'Emiliano Martinez, qui a sorti le tir au but de Coman et a surtout mis en échec Randal Kolo Muani dans les toutes dernières secondes des prolongations (120+2e).

80 minutes en-dessous de tout

Finalement, ce sont sur les joues des Argentins qu’ont coulé des larmes de joie. Ce succès est mérité, lorsqu’on prend du recul sur cette finale de Coupe du monde, probablement l’une des plus belles de toute l’histoire, qui a procuré tant d’émotions aux hinchas fous dans les tribunes du stade Lusail et aux supporters français que l’on n’avait pas autant entendus ou presque depuis le début de la compétition.

Pour faire simple, les Bleus n’ont pas joué la finale mais ont réussi, comme par un enchantement qui s'appelle Kylian Mbappé, à rester en vie. Pendant plus de 80 minutes, ils ont assisté à un beau spectacle, sur la pelouse, aux premières loges : celui des joueurs argentins, guidés par la faim et leur gourou, Lionel Messi. Pour sa dernière danse, la Pulga a fait valser, avec l’aide de ses coéquipiers, des Français totalement perdus pendant plus d’une heure.

S’il fallait résumer l’écart entre les deux équipes en une image lors de ces 80 premières minutes, on prendrait cette fausse touche d’Adrien Rabiot. Un geste si simple, raté en finale de Coupe du monde, c’est n’est pas banal. Un moment d’errance alors que la France était déjà menée de deux buts. Le premier est venu après une entame de match totalement ratée par les Bleus. Le ballon leur brûlait les pieds comme jamais depuis le début de la compétition, les Argentins étaient bien meilleurs dans l’impact.

Un double changement efficace côté français

En plus d’être en-dedans, les tricolores et Ousmane Dembélé ont décidé se compliquer la tâche, en concédant un quatrième penalty dans cette Coupe du monde depuis les huitièmes de finale. Pour un gardien comme Hugo Lloris qui n’en arrête presque jamais un - cela s'est une nouvelle fois vérifié lors de la séance de tirs au but -, il a pu paraître désespérant de voir ses coéquipiers en offrir autant aux adversaires. Lionel Messi a alors inscrit son quatrième penalty dans ces buts du stade Lusail, situées à droite de la tribune de presse, de la compétition (23e).

Tétanisés par l’enjeu et la menace de Messi, qui sera certainement nommé meilleur joueur de la compétition, les Bleus n’ont pas fait mieux ensuite. Aucun électrochoc. Pire, ils ont été pris en contre-attaque une dizaine de minutes plus tard, après une subtile déviation de Messi. Mais l’Argentine ne se résume pas qu’à la Pulga et Julian Alvarez, Alexis Mac Allister sur l’action puis Angel Di Maria pour le but l’ont alors prouvé (36e).

Le double changement de Didier Deschamps, juste avant la mi-temps, a intrigué et pris le temps d’infuser pour avoir un impact en toute fin de rencontre. Randal Kolo Muani et Marcus Thuram ont alors apporté de l’impact, tout ce qui manquait aux Bleus. C’est cet impact qui a permis au premier d’aller chercher le penalty de la réduction du score. A alors commencé le show Mbappé.

Mbappé invisible puis stratosphérique

Introuvable depuis le début de la rencontre, le prodige de Bondy n’a pas tremblé face à Martinez (80e) avant qu’une minute et trente-sept secondes plus tard, il ne fasse définitivement basculer cette finale dans la légende. Un une-deux magnifique avec Thuram, suivi d’une reprise de volée splendide pour le 2-2 (82e). Le cours de la rencontre a alors changé : avec ce genre de scénario, celui qui revient se sent pousser des ailes et les Bleus ont cru aller chercher le 3-2 dans le temps réglementaire.

Mais les Argentins ont connu pareille mésaventure face aux Pays-Bas en quart de finale, avant de s’imposer aux tirs au but, déjà. Mais lors de cette rencontre, ils n’avaient pas vu leurs adversaires revenir une troisième fois dans le match. Ce qu’ont réussi les Bleus, avec un deuxième penalty de Mbappé, meilleur buteur de la compétition avec son triplé du soir et immense dans les moments-clés malgré la défaite (117e). Dix minutes plus tôt, Messi avait réussi le doublé (109e).

L’affaire s’est donc réglée aux tirs au but et Gonzalo Montiel a fait de l’Argentine le vainqueur de cette finale complètement folle. Pour l’Albiceleste, la boucle est bouclée. Elle avait commencé son Mondial ici-même, dans ce stade Lusail, par une défaite contre l’Arabie saoudite. Ce stade a été son antre, "la Bombonera de Doha", et a sacré Messi et sa bande, qui ont su maîtriser au fur et à mesure de la compétition des émotions qui leur portaient préjudice. Avec ce succès, Messi entre au panthéon.

Pour les Bleus, la douleur de la défaite est instantanée. Elle ne va pas ménager Coman et Tchouameni, évidemment affectés par leurs ratés lors de la séance des tirs au but. Mais il ne faudra pas oublier, quand la peine se sera adoucie, que l’équipe de France a dépassé toutes les attentes. Personne ne misait sur elle il y a un mois après tant de péripéties (mauvais résultats, blessures en cascade) et y elle est arrivée. Ne manquait plus que l’étoile en haut du sapin pour bien fêter Noël. Elle est pour Messi et l’Argentine.

Publié dans Articles de Presse

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