Création de bases navales, hausse des effectifs, nouveau missile... Ce qu'il faut retenir des annonces de Vladimir Poutine sur ses objectifs militaires en Ukraine

Publié le par franceinfo par avec AFP - Zoé Aucaigne France Télévisions

Le président russe a qualifié mercredi le conflit en Ukraine de "tragédie commune", tout en rejetant la faute sur les pays de l'Occident.
Le président russe Vladimir Poutine, en Russie, le 17 décembre 2022. (GAVRIIL GRIGOROV / SPUTNIK / AFP)

Le président russe Vladimir Poutine, en Russie, le 17 décembre 2022. (GAVRIIL GRIGOROV / SPUTNIK / AFP)

La Russie n'est pas près de quitter le sol ukrainien. Vladimir Poutine et son ministre de la Défense Sergueï Choïgou ont présenté, mercredi 21 décembre, les objectifs et avancées militaires russes prévus pour 2023, lors d'une réunion rassemblant environ 15 000 hauts gradés de l'armée russe.

Cette prise de parole intervient après que l'homme fort de Moscou a admis, mardi, que la situation était "extrêmement difficile" dans les quatre régions du sud et de l'est de l'Ukraine, annexées par Moscou. Voici ce qu'il faut retenir des annonces de Moscou.

"Améliorer la préparation au combat de notre triade nucléaire"

Vladimir Poutine a affirmé que son pays allait continuer de développer son potentiel militaire, y compris la "préparation au combat" de ses forces nucléaires. "Les forces armées et les capacités de combat de nos forces armées augmentent constamment et chaque jour. Et ce processus, bien sûr, nous allons le développer", a-t-il déclaré. "Nous continuerons à maintenir et à améliorer la préparation au combat de notre triade nucléaire", a ajouté le président russe.

Pour Olivier Kempf, directeur du cabinet de synthèse stratégique La Vigie, cette annonce s'inscrit dans "la rhétorique nucléaire habituelle" de Vladimir Poutine. "Il n'y a rien de nouveau ou d'exceptionnel. Il aurait même été étonnant qu'il n'en parle pas", avance le spécialiste. Moscou a brandi à plusieurs reprises la menace nucléaire ces derniers mois. En réaction aux frappes de drones en territoire russe, le chef du Kremlin avait laissé entendre, le 7 décembre, que Moscou n'utiliserait l'arme nucléaire qu'en réponse à une attaque de ce type. "Nous considérions les armes de destruction massive, l'arme nucléaire, comme un moyen de défense (...). Si on nous frappe, on frappe en réponse", avait-il précisé.

"Des bases" dans les ports de Berdiansk et Marioupol

L'armée va déployer des bases navales de soutien à sa flotte à Marioupol et Berdiansk, deux villes occupées par Moscou dans le sud de l'Ukraine. "Les ports de Berdiansk et de Marioupol fonctionnent pleinement. Nous prévoyons d'y déployer des bases pour les navires de soutien, les services de secours d'urgence et les unités de réparation navale de la marine", a précisé le ministre de la Défense russe. La flotte russe sera également dotée, à partir de début janvier, de nouveaux missiles de croisière hypersoniques Zircon, d'après Vladimir Poutine.

"Augmenter l'effectif des forces armées à 1,5 million de militaires"

Le ministre de la Défense a jugé "nécessaire d'augmenter l'effectif des forces armées à 1,5 million de militaires", soit 350 000 de plus que l'objectif de 1,15 million fixé par Vladimir Poutine en août dernier. Sergueï Choïgou a aussi proposé de "progressivement" augmenter les tranches d'âge limite auquel on est appelé à faire son service militaire (obligatoire et d'une durée d'un an en Russie) : entre 21 et 30 ans, contre entre 18 et 27 ans actuellement. "Je suis d'accord avec vos propositions concernant les futurs changements structurels des forces armées", lui a répondu Vladimir Poutine, promettant que ces évolutions allaient être effectuées "sans dégâts" pour la société et l'économie et sans entraîner de "militarisation" du pays.

Doit-on s'attendre à une nouvelle mobilisation générale, comme celle des 300 000 hommes annoncée en septembre ? "Entre un ordre de bataille théorique et un recrutement effectif, il y a une distance, répond Olivier Kempf. Cette hausse des effectifs pourra passer par le recrutement de soldats professionnels ou par l'appel de réservistes, par exemple", souligne-t-il. Au-delà de la manière dont Moscou cherchera à atteindre cet objectif, cette annonce est surtout un signal politique fort.

"Alors que l'augmentation des effectifs annoncée en septembre était temporaire, cette nouvelle annonce montre qu'elle s'inscrit dans le temps. C'est un signal de ténacité." Olivier Kempf, directeur du cabinet de synthèse stratégique La Vigie à franceinfo

Preuve de cet acharnement, le chef d'Etat russe a de son côté promis un soutien financier pour l'équipement des forces armées, qui inclut des kits de pharmacie, des casques de protection et des gilets pare-balles. "Le pays est prêt à fournir à ses forces tout ce dont l'armée a besoin et nous allons atteindre ces objectifs", a-t-il insisté. Selon Olivier Kempf, "c'est une manière de dire que Vladimir Poutine va mettre davantage de moyens, mais surtout contrôler où ils vont".

Un combat contre "les forces combinées de l'Occident"

Sergueï Choïgou a défendu qu'en Ukraine, "les militaires russes s'opposent aux forces combinées de l'Occident". "La présence croissante de l'Occident à nos frontières et celles de la Biélorussie, et la volonté de l'Occident de prolonger au maximum les opérations militaires en Ukraine afin d'affaiblir notre pays, suscitent une inquiétude particulière", a-t-il ajouté. Même son de cloche du côté de Vladimir Poutine. "Ce qui se passe est, bien sûr, une tragédie. Une tragédie commune. Mais ce n'est pas le résultat de notre politique, c'est le résultat de la politique de pays tiers", a-t-il martelé.

Publié dans Articles de Presse

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