Europe Ecologie-Les Verts : cinq choses à savoir sur Marine Tondelier, la nouvelle patronne du parti

Publié le par franceinfo par Antoine Comte France Télévisions

A 36 ans, l'élue prend la tête du parti écologiste malgré des divisions internes. Sa large victoire conforte la ligne de l'équipe sortante portée par Julien Bayou face à l'écologie radicale de Sandrine Rousseau.
La nouvelle secrétaire nationale d'Europe Ecologie-Les Verts, Marine Tondelier, le 3 novembre 2022 à Paris. (JOEL SAGET / AFP)

La nouvelle secrétaire nationale d'Europe Ecologie-Les Verts, Marine Tondelier, le 3 novembre 2022 à Paris. (JOEL SAGET / AFP)

Les militants ont choisi. Marine Tondelier a été largement élue à la tête d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV), au second tour du congrès fédéral du parti, samedi 10 décembre. Avec 90,8% des voix, l'élue d'opposition d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) a devancé très nettement l'avocate bayonnaise soutenue par Yannick Jadot, Sophie Bussière, et Mélissa Camara, élue lilloise soutenue par Sandrine Rousseau.

La grande favorite du scrutin, qui avait failli l'emporter dès le premier tour fin novembre (avec 46,97% des voix), était soutenue par les secrétaires nationaux sortants, Cécile Duflot, David Cormand et Julien Bayou. Malgré les conflits internes, la nouvelle secrétaire nationale du parti entend "refonder" Europe Ecologie-Les Verts, qui "a trop souffert des individualismes" et qui doit changer de nom à l'été 2023. Voici cinq choses à savoir sur cette figure montante de l'écologie.

Elle est végétarienne

Originaire du Pas-de-Calais, Marine Tondelier, qui a grandi aux côtés de ses parents, médecin et pharmacien à Hénin-Beaumont, milite depuis ses 22 ans au sein d'Europe Ecologie-Les Verts. Après une classe préparatoire littéraire et des études à l'Institut d'études politiques de Lille, où elle consacre son mémoire à la santé environnementale, elle adhère au parti écologiste en 2009. C'est également cette année-là qu'elle décide de devenir végétarienne et de se lancer dans le grand bain de la politique locale, comme le raconte France 24.

En raison de la révocation du maire divers gauche d'Hénin-Beaumont, Gérard Dalongeville, poursuivi pour détournement de fonds publics, des élections municipales sont organisées et la jeune femme se présente la même année sur la liste d'une candidate verte qui atteint difficilement les 9%. Un premier échec électoral qui ne la décourage pas. Elle est recrutée deux ans plus tard comme collaboratrice parlementaire de la sénatrice écologiste Aline Archimbaud et travaille ensuite à l'Assemblée nationale aux côtés de la députée et ex-ministre, Cécile Duflot.

Elle combat le RN dans le Pas-de-Calais

Marine Tondelier fait un combat personnel de sa bataille politique contre l'extrême droite, qui a choisi sa région et plus particulièrement Hénin-Beaumont comme fief électoral. Elle est ainsi candidate aux législatives de 2012 dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, face à Marine Le Pen pour le Front national et Jean-Luc Mélenchon pour le Front de gauche. "Le combat front contre front, je ne suis pas sûr que ce soit ça qui sortira la circonscription de sa situation", tacle-t-elle à l'époque, comme le rapporte Le Monde, lors d'un débat organisé sur le plateau de France 3 Nord-Pas-de-Calais.

Elle subit sans surprise une lourde défaite lors cette élection (1,63 %). Elle est finalement élue au conseil municipal d'Hénin-Beaumont deux ans plus tard, malgré la victoire dès le premier tour de Steeve Briois, l'actuel maire RN de la ville. Des débuts timides pour la jeune pousse verte, malgré son nouveau statut de figure locale de l'opposition à l'extrême droite.

Déterminée dans son combat contre le RN, l'élue d'opposition publie Nouvelles du Front en 2017, un ouvrage dans lequel elle raconte son quotidien d'élue dans une mairie dirigée par le parti d'extrême droite. Après plusieurs années de combats judiciaires, la plainte de la municipalité frontiste contre son livre sera rejetée par la cour d'appel de Paris en 2020.

Elle organise les Journées d'été d'EELV

Si Marine Tondelier échoue à entrer à l'Assemblée nationale en 2017, la conseillère régionale EELV dans les Hauts-de-France s'impose progressivement comme l'une des cadres montantes de sa famille politique. En interne, elle est la grande organisatrice des Journées d'été du parti depuis 2013. Au total, cette personnalité politique peu connue du grand public a organisé six éditions de la grand-messe annuelle du parti, dont "celles de Toulouse qui ont permis, grâce à votre enthousiasme, d'atteindre un record de participation", se félicite-t-elle dans une lettre adressée aux militants pour annoncer sa candidature à la tête du parti, début octobre.

Marine Tondelier intègre aussi le conseil fédéral d'Europe Ecologie-Les Verts lors du congrès de La Rochelle en 2011 et siège deux ans plus tard au bureau exécutif pour lequel elle est notamment en charge de la communication interne et externe du parti et des outils numériques. "J'ai eu le plaisir, en tant que membre du bureau exécutif, de m'occuper de différentes délégations : les commissions, le nucléaire, la communication, les campagnes actions", fait-elle valoir son courrier aux militants.

Elle est proche de Julien Bayou

Ses ambitions nationales prennent une nouvelle dimension lorsque qu'Eric Piolle, le maire EELV de Grenoble, candidat à la primaire écologiste fin 2021, la choisit comme directrice de campagne. Malgré la défaite de son poulain, Yannick Jadot, qui a été désigné par les militants pour se présenter à l'élection présidentielle, la nomme porte-parole de sa campagne.

Mais pour l'élection à la tête du parti, l'ex-candidat à l'Elysée a décidé de soutenir Sophie Bussière. Si Sandrine Rousseau choisit Mélissa Camara, Marine Tondelier reçoit le soutien des anciens secrétaires nationaux du parti : Cécile Duflot, David Cormand ou encore Julien Bayou, qui a quitté ses fonctions après des accusations de violences psychologiques. Marine Tondelier défend une écologie pragmatique en opposition à "l'écologie de combat" de Sandrine Rousseau.

Les camps Rousseau et Tondelier ne sont d'ailleurs pas tendres l'un envers l'autre. "Tondelier, tout ce qu'elle a fait, c'est animer des journées d'été, ça veut tout dire. Elle n'est pas fidèle au parti, elle est fidèle au pouvoir", tacle un proche de Sandrine Rousseau auprès de franceinfo. En réponse à ces attaques, Marine Tondelier avait dénoncé à plusieurs reprises "le buzz" et "la twitterisation" de la vie politique.

Elle veut s'émanciper de la Nupes

Marine Tondelier a annoncé sur Twitter vouloir "rassembler un million de sympathisants écologistes, d'ici la fin de ce mandat". La Nordiste a aussi l'intention de "refonder" le parti, en modifiant ses règles internes, complexes et peu favorables à la conquête du pouvoir. "Nous lancerons dès le mois de janvier, dans toute la France, des états généraux de l'écologie", assure celle qui doit aussi accompagner le changement de nom du parti ("Les Ecologistes") d'ici l'été 2023, selon Le Point.

Mais modifier les statuts du parti ne sera pas une mince affaire pour la nouvelle cheffe des écologistes. Fin septembre, le référendum interne pour simplifier l'organisation et adapter EELV à la "conquête du pouvoir" avait été rejeté. Le "oui" n'avait obtenu que 54,93% des suffrages, loin des 66% nécessaires pour une adoption.

Autre chantier délicat pour Marine Tondelier : tenter de s'affranchir de la Nupes et notamment de La France insoumise, comme le rappelle France Bleu. L'élue du Pas-de-Calais a affirmé à plusieurs reprises vouloir prendre ses distances avec la coalition de gauche, pour travailler à "un nouveau grand parti de l'écologie". A un an et demi des élections européennes, son entourage confirme qu'elle n'est pas favorable à des listes communes avec le reste de la gauche.

Publié dans Articles de Presse

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