Eva Kaili, vice-présidente du Parlement européen et ex-star du JT, au cœur d'une enquête pour corruption avec le Qatar

Publié le par Madame Figaro par Léa Mabilon

Après plusieurs mois d'investigations, quatre personnes ont été interpellées par la police belge, vendredi 9 décembre, dans le cadre d'une enquête pour corruption et blanchiment d'argent au sein du Parlement européen.

Eva Kaili a été interpellée, vendredi 9 décembre, dans le cadre d'une enquête pour corruption par le Qatar au Parlement européen. Capture d'écran Instagram

Eva Kaili a été interpellée, vendredi 9 décembre, dans le cadre d'une enquête pour corruption par le Qatar au Parlement européen. Capture d'écran Instagram

Le scandale devrait être retentissant : vendredi 9 décembre, quatre personnes ont été interpellées dans le cadre d'une enquête pour corruption et blanchiment d'argent au sein du Parlement européen et impliquant le Qatar. La police soupçonne en effet le pays du Golfe, qui accueille actuellement la Coupe du monde, d'influencer les décisions économiques et politiques de l'organe parlementaire en «versant des sommes d'argent conséquentes ou en offrant des cadeaux importants à des tiers ayant une position politique ou stratégique significative», a déclaré le parquet fédéral.

Cela en échange d'une valorisation de son image à l'international. Image largement entachée depuis plusieurs mois en raison des polémiques entourant la compétition de football. Parmi elles, le traitement de ses travailleurs, le non-respect des droits humains, et son positionnement écologique.

Parmi les quatre suspects figure l'eurodéputée socialiste grecque Eva Kaili, l'un des 14 vice-présidents du Parlement européen. Celle-ci a été interpellée à Bruxelles et est toujours placée en garde à vue. La femme politique a été arrêtée avec son mari, assistant parlementaire attaché au groupe Socialistes et Démocrates (S&D). Selon les informations de L'Echo, l'élue âgée de 44 ans pourrait avoir été prise en flagrant délit de blanchiment d'argent.

En effet, la police belge a trouvé 600.000 euros en cash dans son appartement. Son père a quant à lui été arrêté en possession d'une valise remplie de billets. Dans la foulée de son arrestation, le parti politique grec d'Eva Kaili, le PASOK, a annoncé sa décision d'«écarter» cette dernière.

D'architecte à présentatrice télé

Blonde aux yeux bleus perçants, Eva Kaili est née en 1978 à Thessalonique, ville portuaire grecque de la mer Égée. Elle étudie l'architecture à l'université Aristote, où elle s'illustre, sans toutefois en faire son métier. À l’aise avec son image et sachant manier le verbe, elle décide en 2005 d'entreprendre des études de journalisme, alors âgée de 27 ans. En parallèle, elle est embauchée par la chaîne Mega TV comme présentatrice du JT.

Si elle ne semblait pas promise aux hautes sphères de la politique, Eva Kaili s'est néanmoins toujours intéressée à l'avenir de son pays et aux grands enjeux diplomatiques. En 1998, alors qu'elle est étudiante en architecture, elle est élue au conseil municipal de la ville, sous l'étiquette du PASOK (Mouvement socialiste panhellénique, NLDR), comme le souligne son site officiel.

Férue de robotique

Après une première défaite aux élections législatives de 2004, Eva Kaili prend sa revanche trois ans plus tard et devient députée au Parlement grec, à seulement 29 ans. Forte de ses diverses formations, et fidèle à son parti politique, elle accède ensuite au Parlement européen en 2014. Celle qui ne semble jamais se lasser des bancs de l'école approfondit ensuite ses connaissances en se lançant, une nouvelle fois, dans des études internationales et européennes à l'université du Pirée, alors qu'elle fête ses 33 ans.

En parallèle, cela fait maintenant plusieurs années que l'élue œuvre en faveur des nouvelles technologies et de l'intelligence artificielle. Elle est d'ailleurs présidente du comité consultatif sur l'intelligence artificielle et la technologie blockchain (technologie de stockage de données, NDLR) de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Liens avec les qatari

Les investigations de la police belge pourraient néanmoins mettre un terme au parcours fulgurant de l'eurodéputée. Arrêtée ce vendredi 9 décembre, donc, cette dernière est soupçonnée dans une affaire de corruption et de blanchiment d'argent avec le Qatar, pays critiqué en marge de sa Coupe du Monde pour le traitement de ses travailleurs, le non-respect des droits humains et son positionnement écologique.

Début novembre, avant que ne débute la compétition, Eva Kaili avait rencontré le ministre qatari du Travail Ali bin Samikh Al Marri. L'élue grecque avait salué, au nom de l'Union européenne, l'engagement du Qatar à «poursuivre les réformes du travail». Au vu des investigations policières, difficile de ne pas penser à cette phrase, prononcée moins d'un mois plus tard, le 22 novembre, à la tribune du Parlement européen : «Le Qatar est un chef de file en matière de droits du travail»...

Publié dans Articles de Presse

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