Guerre en Ukraine : En allant à Washington, Volodymyr Zelensky prend un risque savamment calculé

Publié le par Mémoires de Guerre

Voyage Le président ukrainien est arrivé aux Etats-Unis ce mercredi soir et quittait ainsi pour la première fois son pays depuis le début du conflit, le 24 février

Volodymyr Zelensky s'est engagé à donner au Congrès américain un drapeau ukrainien signé par les soldats de Bakhmout. — Ukrainian P. Press Office/SIPA

Volodymyr Zelensky s'est engagé à donner au Congrès américain un drapeau ukrainien signé par les soldats de Bakhmout. — Ukrainian P. Press Office/SIPA

  • Volodymyr Zelensky est arrivé ce mercredi soir aux Etats-Unis. A Washington, le président ukrainien doit rencontrer son homologue américain Joe Biden, puis s’adresser au Congrès.
  • C’est la première fois depuis le début du conflit que le président devenu chef de guerre quitte le territoire national. Mardi, il s’était déjà rendu sur le front à Bakhmout.
  • Ces déplacements sont risqués mais qui lui permettent d’incarner « le courage » et « la résistance ukrainienne » tout en renforçant la cohésion de ses troupes, selon Michel Goya et Valentyna Dymytrova, interrogés par 20 Minutes.

Quelques heures qui vont rentrer dans l’histoire. Pour la première fois depuis le début de l’offensive russe, lancée le 24 février, Volodymyr Zelensky a quitté ce mercredi le territoire ukrainien, au lendemain d’une visite à haut risque à Bakhmout, sur la ligne de front. Destination : Washington. Le président ukrainien avait pourtant promis, au début du conflit, qu’il ne quitterait pas son pays tant que les Russes y auraient pied. Mais le chef de l’Etat entendait par-là renoncer à se réfugier dans un pays allié, à gouverner en exil, pour mieux endosser le costume de chef de guerre en treillis et tee-shirt kaki.

Ce court déplacement aux Etats-Unis s’inscrit dans une tout autre logique : demander de l’aide à son principal allié. « Il a interpellé très tôt tous les acteurs internationaux à distance », rappelle Valentyna Dymytrova, maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Lyon 3, pour 20Minutes. Les interventions en visioconférence du président ukrainien se sont en effet multipliées au début du conflit, à la manière d’une tournée devant les Parlements occidentaux. Quitte à susciter l’agacement.

Le Churchill de 2022

Cette fois-ci, c’est en chair et en os que Volodymyr Zelensky s’exprimera devant le Congrès américain. « Quand on est soutenu par les Etats-Unis, il faut y aller et se montrer aux yeux de l’opinion publique », tranche Michel Goya, ancien colonel des troupes de marine, historien et stratégiste, traçant un « parallèle historique avec Churchill embarquant sur un croiseur pour rencontrer Roosevelt à Terre-Neuve en août 1941 ». « Montrer qu’il est prêt à faire un si long chemin pour demander encore plus de soutien est un geste appréciable dans la communication », appuie Valentyna Dymytrova, alors que le basculement de la Chambre des représentants côté républicain est observé avec appréhension par Kiev. Pourtant, les parlementaires américains ont déjà prévu de voter une enveloppe massive de près de 45 milliards de dollars à l’Ukraine.

Mais sans forcément être « essentielle », cette rencontre reste l’occasion de réaffirmer les liens entre l’Ukraine et « un partenaire important sur la scène internationale », estime Valentyna Dymytrova. De plus, « Joe Biden ne s’était pas déplacé en Ukraine contrairement aux autres dirigeants internationaux, alors qu’il a été invité », relance-t-elle. Il convenait donc de concrétiser l’entente entre les deux présidents et le soutien américain par un geste. Avant de revenir à Kiev avec un système de missile sol-air Patriot, Volodymyr Zelensky entame donc un déplacement aux contraintes de sécurité exceptionnelles, selon l’exécutif américain.

Des risques mesurés

« Un vrai chef prend des risques », lance Michel Goya. Son déplacement à Bakhmout, « sur l’un des points les plus chauds du front », relève Valentyna Dymytrova, permet de « renforcer son image de président courageux, dynamique, d’incarner le chef des armées ». Une stratégie qui crée un « contraste » avec Vladimir Poutine, notent les deux experts, C’est d’ailleurs dans le Donbass, où il représente « une cible stratégique prioritaire » que le danger était maximal, selon l’historien Michel Goya. « Une fois sur le territoire d’un pays de l’Otan, on peut difficilement imaginer que les Russes oseraient lancer une action » les exposant à des représailles.

D’autant que le montage d’une opération anonyme est rendu compliqué par la discrétion qui entoure ces deux déplacements. « Tenus secrets jusqu’au dernier moment pour sa sécurité », ils illustrent que le président ukrainien sait se taire quand la situation l’exige, pointe Valentyna Dymytrova, après des reproches sur sa trop grande visibilité. Et une fois sur place, il peut « créer du contenu original avec du fond », apportant un peu de variété à ses discours « forts » mais répétitifs, approuve la chercheuse en sciences de l’information et de la communication.

De même, le risque en interne a été savamment calculé. D’une part, « on est dans une période stable » du conflit, avec des mouvements de troupes limités, insiste Michel Goya. Ensuite, sa visite sur le front avait pour objectif de « renforcer la cohésion des troupes », liste Valentyna Dymytrova. Enfin, son absence ne durera que quelques heures. « Il n’y aura pas de coup d’Etat, et il peut prendre des décisions depuis l’étranger », conclut l’historien. De bonnes garanties à l’heure d’aller « incarner la résistance ukrainienne » outre-Atlantique, en y ramenant un drapeau signé par ses soldats.

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