Guerre en Ukraine : Qu’attendre de la conférence sur la reconstruction du pays ?

Publié le par 20 Minutes par Cécile De Sèze

Coordination internationale Quelque 47 pays, la banque mondiale, le FMI ou encore le secrétaire général de l’ONU seront représentés à Paris mardi pour organiser la reconstruction de l’Ukraine après la guerre

Une femme passe devant un immeuble d'habitation endommagé par les bombardements russes à Bakhmut, le site des plus violents combats avec les troupes russes, dans la région de Donetsk, en Ukraine, dimanche 11 décembre 2022. — Andriy Andriyenko/AP/SIPA

Une femme passe devant un immeuble d'habitation endommagé par les bombardements russes à Bakhmut, le site des plus violents combats avec les troupes russes, dans la région de Donetsk, en Ukraine, dimanche 11 décembre 2022. — Andriy Andriyenko/AP/SIPA

  • Une conférence sur le thème de la « résilience » et la « reconstruction » de l’Ukraine est organisée ce mardi à Paris.
  • Y seront représentés pas moins de 47 pays et les discussions tourneront autour des besoins urgents de l’Ukraine mais aussi des problématiques sur le long terme pour la fin de la guerre contre la Russie.
  • Pourquoi est-elle organisée maintenant ? Pourquoi est-elle nécessaire ? Nicolas Tenzer, spécialiste des questions stratégiques et internationales et enseignant à Sciences po, répond aux questions que 20 Minutes se pose autour de l’événement.

L’hiver est particulièrement difficile pour de nombreux Ukrainiens. Après les multiples frappes russes sur les infrastructures énergétiques, qualifiées de « crimes de guerre » par Volodymyr Zelensky, elles ont plongé une partie du pays sans électricité, et donc sans chauffage. C’est dans ce contexte d’urgence qu’est organisée ce mardi une « conférence bilatérale pour la résilience et la reconstruction de l’Ukraine » à Paris, avec Emmanuel Macron, le président ukrainien en visio, la première dame ukrainienne ou encore le Premier ministre de l’Ukraine ainsi que 47 pays et le secrétaire général de l’ONU.

Elle a pour objectif de déterminer une aide d’urgence au pays attaqué par la Russie le 24 février sur le court terme, mais aussi une reconstruction sur le long terme, en vue de la fin de la guerre. Qu’attendre de cette conférence à l’initiative du président français ? Pourquoi est-elle organisée maintenant ? Pourquoi est-elle nécessaire ? Nicolas Tenzer, spécialiste des questions stratégiques et internationales et enseignant à Sciences po, répond aux questions que 20 Minutes se pose autour de l’événement.

Pourquoi la conférence est-elle organisée maintenant ?

Cette conférence s’inscrit à la suite d’autres événements du même type qui se sont tenus ces derniers mois à Lugano, à Varsovie et à Berlin. A la différence que celle-ci va tenir compte du récent changement de stratégie de la Russie. Depuis l’accumulation de défaite sur le terrain face aux forces ukrainiennes, avec notamment la très symbolique libération de Kherson début novembre, Moscou pilonne les infrastructures énergétiques. Vladimir Poutine lui-même justifie ces frappes par les « attaques ukrainiennes », notamment en Crimée.

Les pays participant à la conférence pour la reconstruction de l’Ukraine vont donc tenter de répondre, dans un premier temps, aux besoins urgents de la population en matière énergétique. « C’est le point central de la journée qui consiste à déterminer quels sont les besoins immédiats pour aider les Ukrainiens à passer l’hiver », explique Nicolas Tenzer. Concrètement, on parle de générateurs électriques, d’approvisionnement en tout genre, notamment sur le plan médical et alimentaire.

Quels sujets seront abordés pendant la conférence ?

Dans un deuxième temps, les pays présents à la conférence vont « envisager une méthodologie de la reconstruction sur le plus long terme, à la fin de la guerre, en tentant de répondre à des questions centrales comme celle du paiement des réparations de guerre par la Russie », développe Nicolas Tenzer. « Cela pourrait passer par la redistribution des avoirs gelés », précise le spécialiste des questions stratégiques et internationales. D’autres interrogations chercheront également des réponses : comment s’y prend-on ? Avec quels processus ? Comment mobilise-t-on les institutions comme la banque mondiale et le FMI (Fonds monétaire international) ?

Dans ce même cadre, une conférence va également être orchestrée par Bruno Le Maire, le ministre des Finances français, avec quelque 500 entreprises françaises, des mastodontes du CAC40 jusqu’aux start-up du numérique, pour échanger sur les futures reconstructions à apporter dans le pays. « C’est quelque chose de très classique lorsqu’il y a de grandes opérations de reconstruction », souligne Nicolas Tenzer. « Il s’agit de positionner les entreprises » sur les futurs appels d’offres « le plus tôt possible », développe-t-il. Et même si cela peut avoir « un aspect cynique, c’est inévitable », ajoute-t-il.

Pourquoi est-elle nécessaire ?

Pour le moment, un manque de coordination, rapporté notamment dans Libération la semaine dernière, souligne la nécessité de mieux organiser l’aide apportée aux Ukrainiens. La mobilisation a en effet déjà commencé, avec l’envoi de médicaments, d’aide médicale en général, d’accueil de réfugiés et aussi de blessés… Mais il faut ajouter de la cohérence et de la coordination dans cet appui à l’Ukraine. « Aujourd’hui il y a une vraie préoccupation sur le terrain où est observée une grande inefficacité des organisations internationales », note Nicolas Tenzer. « Il est nécessaire d’évaluer les différents besoins selon les zones », abonde-t-il.

En effet, dans les pages du quotidien, on peut lire le témoignage d’une habitante du Donbass qui regrette que les grandes organisations internationales n’envoient pas de poêle à bois dans la région, bombardée quotidiennement par Moscou.  Par ailleurs, comme l’explique Katarina Onichenko, basée à Kramatorsk et responsable de World Central Kitchen (WCK) pour la région de Donetsk à Libération, les grandes ONG internationales sont absentes de la zone car « leurs protocoles de sécurité leur interdisent [d’y] travailler ». Ce sont donc des volontaires locaux qui risquent leur vie pour acheminer nourriture, eau, médicaments.

N’est-ce pas trop tôt de parler de reconstruction alors que la guerre fait rage ?

Loin d’être terminée, la guerre se poursuit et les lignes de front semblent s’immobiliser ou du moins piétiner. Il est impossible de prédire quand les combats cesseront, quand un accord pourra être trouvé, quand l’Ukraine pourra respirer. Alors n’est-il pas prématuré de parler dès maintenant de la reconstruction du pays après la guerre ? Pas selon Nicolas Tenzer, qui estime que « c’est toujours bien de s’y prendre à l’avance pour fixer une méthodologie, avoir un chiffrage et établir des priorités, une meilleure coordination entre les Etats et les organisations internationales. C’est important de poser les bases des mécanismes futurs. »

En ce qui concerne les entreprises privées qui vont tenter de se placer sur le marché ukrainien, cela est une aubaine pour elles, mais aussi pour l’Ukraine, qui va également en profiter. « Il y a souvent des partenariats entre les entreprises extérieures au pays et les locales qui souvent ne disposent pas de tous les savoir-faire nécessaires à la reconstruction », explique Nicolas Tenzer.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article