Les Républicains : Face aux démissions dans son parti, Eric Ciotti fait front

Publié le par 20 Minutes par Mathilde Ceilles

REFONDATION Depuis l’élection d’Eric Ciotti à la tête des Républicains, plusieurs élus locaux ont annoncé leur départ du parti. D’autres attendent des signes du nouveau président avant de le faire

 Bruno Retailleau et Eric Ciotti. — Jacques Witt/SIPA

Bruno Retailleau et Eric Ciotti. — Jacques Witt/SIPA

Et maintenant, comptez-vous. Au lendemain de l’élection d’Eric Ciotti à la tête des Républicains, la liste d’élus locaux et responsables de fédérations qui quitte le parti s’allonge d’heures en heures, et ce, partout dans le pays. Quelques heures seulement après l’annonce des résultats, la patronne de la fédération LR de Haute-Garonne Laurence Arribagé a annoncé qu’elle quittait LR pour Horizons, le parti d’Edouard Philippe. Dans la foulée, le maire de Metz François Grosdidier a annoncé sur Twitter qu’il quittait LR « pour ne pas [se] rabougrir, non pour aller ailleurs, mais pour rester [lui]-même ».

La vague de défections gagnait quelques heures plus tard les Alpes-de-Haute-Provence. Dans un communiqué commun, le maire de Forcalquier et proche de Renaud Muselier, David Géhant, celui de Manosque, Camille Géhant, soutien du candidat malheureux Aurélien Pradié, et Sophie Vaginay-Ricourt, maire de Barcelonette, ont annoncé à leur tour leur départ dans un communiqué commun. « Si le choix des adhérents est souverain, il ne correspond malheureusement pas aux attentes des Français de droite qui désespèrent depuis près de dix ans le retour d’une force politique qui ne soit ni étouffée par l’idéologie macroniste, ni supplétive des thèses extrêmes du Rassemblement National », estiment-ils.

« Je ne les retiendrai pas »

« De droite, nous sommes, et de droite, nous resterons, écrivent les trois maires. D’une droite sociale, libérale, ouverte, pragmatique et assujettie à aucun carcan idéologique. C’est dans cet état d’esprit que nous quittons les Républicains ». En ligne de mire : les prises de position, parfois clivantes, du député des Alpes-Maritimes. « Ciotti porte un discours identitaire et conservateur qui ne correspond pas aux enjeux actuels, ni à mon histoire personnelle, estime sur Twitter Ghania Benkedia, conseillère municipale des 13e et 14e arrondissements de Marseille, qui a annoncé, elle aussi, quitter le parti. Comment moi, qui suis née en Algérie, pourrais-je accepter que l’on remette en question le droit du sol au profit d’un anachronique droit du sang ? Comment moi, fille des quartiers nord de Marseille, pourrais-je accepter de voir la magnifique jeunesse des quartiers populaires caricaturée voire stigmatisée ? »

Le phénomène semble peu émouvoir le député des Alpes-Maritimes. « Ceux qui partent, c’est un soubresaut. Je ne les retiendrai pas », tance-t-il ce lundi matin sur RTL. Mais quid de ceux qui restent ? Avec 53,7 % des voix, la victoire d’Eric Ciotti s’est faite d’une courte tête, l’obligeant à composer avec une partie de ses adhérents et cadres locaux qui ne le soutenaient pas… Ou plus. Ainsi, après avoir été porte-parole du député des Alpes-Maritimes à la course à la présidence de la République, le secrétaire départemental de la fédération des Bouches-du-Rhône, Stéphane Le Rudulier, a finalement soutenu son adversaire Bruno Retailleau dans la course à la présidence du parti.

« Perdre des maires de notre famille politique, ce n’est pas anodin, note le sénateur. Nous sommes la première force politique quand on regarde les élus locaux. S’il y a une érosion, ça en dit long sur le malaise. On ne peut pas se permettre ça. Plusieurs élus attendent autour de moi. Je pense qu’on y verra plus clair dans les prochains jours. Nous attendons d’Eric Ciotti des signes très fort vers l’unité et le rassemblement pour éviter toute implosion. »

La crainte de l’implosion

Cette crainte de l’implosion semble réelle, dans une droite déchirée entre le Rassemblement national et la Macronie, qui a d’ores et déjà réussi à siphonner une partie des cadres locaux. Ainsi, en Provence-Alpes-Côte-d'Azur, le président de la région Renaud Muselier, hier cadre indiscutable de la droite, a depuis rallié le président de la République, et son importance au sein du parti présidentiel est amenée à croître. Et les liens d’autrefois ne sont pas si distendus… De quoi favoriser les ralliements ?

« Ceux qui avaient déjà des inquiétudes sont dans une logique d’attentisme depuis l’élection d’Eric Ciotti, croit savoir le récemment élu député Renaissance des Bouches-du-Rhône Lionel Royer-Perreault, trente années de LR et UMP au compteur. Mais ceux qui attendent quelques semaines pour prendre une décision savent au fond que cela ne correspond pas à leurs valeurs. A un moment donné, il ne faut pas se mentir à soi-même. Ils partiront pour certains d’entre eux un peu plus tard, de façon moins médiatique. Et l’espace politique qui peut les accueillir est celui de la majorité présidentielle. Il ressemble beaucoup à l’ancienne UDF. » « De toute façon, tout cela va vite s’ouvrir avec la course aux écuries présidentielles, pronostique un ancien cadre des LR. Les maires ne vont pas vouloir vivre deux fois une guillotine Pécresse… »

Publié dans Articles de Presse

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