Mort de Mylène Demongeot : de Sartre à Camping, la blonde qui ne se prenait pas pour une star

Publié le par Le Figaro par Nathalie Simon

L'actrice est décédée jeudi 1er décembre «en début d'après-midi» dans un hôpital parisien à l'âge de 87 ans des suites d'une longue maladie. Retour sur une comédienne qui avait su garder sa joie de vivre.

Mort de Mylène Demongeot : de Sartre à Camping, la blonde qui ne se prenait pas pour une star

L'actrice Mylène Demongeot, figure du cinéma populaire, est décédée jeudi à 87 ans, après 70 ans de carrière et autant de films, a annoncé son attachée de presse à l'AFP. Mylène Demongeot s'est éteinte «en début d'après-midi» dans un hôpital parisien, a-t-elle précisé. La dernière fois que le grand public l'avait vue, c'était au cinéma dans Camping aux côtés de Franck Dubosc et Maison de retraite avec Kev Adams. La joie de vivre de Mylène Demongeot avait illuminé tous ses partenaires.

Née à Nice le 29 septembre 1935, elle est la fille d'Alfred Demongeot et d'une Ukrainienne Claudia Troubnikova sur laquelle elle avait écrit un livre (Les Lilas de Kharkov). « Je suis une enfant de la guerre », racontait Mylène Demongeot dans sa biographie Tiroirs secrets en 2001. Enfant, elle s'illustre d'abord dans la musique en jouant six à huit heures de piano par jour. Chopin et Mozart n'ont pas de secrets pour elle. Filleule d'un dominicain, elle passe trois ans dans une pension religieuse, le Couvent de la Merci. Ce qui lui vaut une période mystique, au moment de sa communion, elle invente des pêchés pour ses confessions ! Le goût de la comédie déjà...

Elle ne se trouve pas belle mais sa plastique intéresse les photographes. Elle pose pour gagner un peu d'argent. Elle est même immortalisée dans le plus simple appareil et dans une baignoire pour la marque de savon Bébé Cadum. Elle réinvestit son pécule en fréquentant les salles obscures. L'heure est à Gary Cooper et Rita Hayworth. À 15 ans, elle tombe amoureuse de Gérard Philipe dans Le Diable au corps. Elle suit les cours Simon, commence à tourner de petits rôles notamment dans Les Enfants de l'amour de Léonide Moguy et Papa, maman la bonne et moi de et avec Robert Lamoureux.

Mais c'est Les Sorcières de Salem de Raymond Rouleau d'après un scénario de Jean-Paul Sartre avec Simone Signoret, Yves Montand et Michel Piccoli en 1957 qui lance sa carrière. Elle en gardait pourtant un mauvais souvenir. « Tu pourras toujours faire des ménages ! », lui balance Simone Signoret sur le plateau. Mais son aînée se trompe. Mylène Demongeot a 17 ans et tout l'avenir devant elle. « C'était troublant », confiait cette jeune fille de bonne famille qui accepte alors des rôles de « jeunes premières nourrissantes ». Et s'impose comme la grande rivale de Brigitte Bardot. «Nous étions jumelles», a déclaré B.B. émue à Var Matin après l'annonce de la disparition de son amie.

Mariée à 15 ans avec un photographe dont elle divorcera, elle épouse deux fois, à vingt-deux ans d'intervalle, Marc Simenon fils de l'écrivain Georges Simenon dont elle tournera plusieurs films. Elle est aussi très présente au théâtre. En 1984, elle triomphait en tournée avec Le Canard à l'orange de William Douglas-Home dans la mise en scène de Pierre Mondy, aux côtés de Michel Roux. Traqueuse, elle ne quitte pas Toto, une mangouste en guise de porte-bonheur.

Pulpeuse Milady de Winter

Auparavant, elle a donné la réplique à Michel Serrault dans Gus-Gus. Elle disait de sa voix rocailleuse que le théâtre l'aidait à lutter contre « certaines tragédies de la vie ». En 1992, la gouailleuse se colletait au théâtre dit « intello» en interprétant L'Homme pressé de Bernard Chartreux avec Daniel Auteuil à Nanterre-Amandiers.

Elle aura joué dans un peu plus d'une cinquantaine de films dont la mythique série des Fantômas avec Louis De Funès - il ne se passait pas une année sans qu'on l'interviewe sur son célèbre partenaire -, Sois belle et tais-toi de Marc Allégret ·avec «l'ami Delon», Les Trois Mousquetaires de Bernard Borderie, dans lequel elle campe une méchante et pulpeuse Milady de Winter - « Je prends trois kilos, mon corset me serre », s'amuse-t-elle après avoir dégusté des Bourgognes (1961). Elle imprime encore la pellicule dans Tenue de soirée, de Bertrand Blier - «Miou-Miou me roule une pelle, c'est la première fois qu'une actrice me roule une pelle» - ou encore Tendre voyou, de Jean Becker, avec son complice Jean-Paul Belmondo. Les fans d'OSS 117 s'en souviennent dans la peau d'une espionne brésilienne sexy (Furia à Bahia pour OSS 117).

Le début des années 2000 voit son retour au cinéma. Olivier Marchal la sollicite pour son polar 36, Quai des Orfèvres. Son rôle de Manou lui permet d'être nommée pour le César du meilleur second rôle. Avec Camping, de Fabien Onteniente qui a cartonné au box-office (2006), elle saute à pieds joints dans la comédie. Entre-temps en 2005, elle publiait Animalement vôtre, un plaidoyer sur les animaux, un amour qu'elle partageait avec son amie B.B. Gourmet et gourmande, cette cuisinière doublée d'une jardinière avertie - elle était très attachée aux arbres - disait qu'elle avait toujours fait passer l'amour avant le travail. Après la mort de Marc Simenon en octobre 1999, après trente ans de vie commune et d'amour, elle avait dû réapprendre à vivre.

En 2007, le public avait découvert Mylène Demongeot dans un registre inhabituel. Sous les traits d'une émouvante serveuse de brasserie dans le dernier long-métrage poétique du cinéaste d'origine Kurde Hiner Saleem, Les Toits de Paris. Elle y retrouvait Michel Piccoli et affirmait aux journalistes qu'elle voulait donner une autre image d'elle-même en se mettant à nu. Comme Audiard ou Coluche dont elle fut proche, elle préférait les artistes et philosophes aux cons et a d'ailleurs prouvé qu'on peut être blonde et intelligente à l'écran.

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