Qui est Eva Kaili, la vice-présidente du Parlement européen inculpée pour corruption ?

Publié le par Elle

La vice-présidente du Parlement européen, la Grecque Eva Kaili est au cœur d’un retentissant scandale de corruption qui l’a menée en détention. Portrait de cette ancienne présentatrice de télévision, devenue une figure controversée du parti socialiste grec.

Élue au Parlement européen en 2014, Eva Kaili en est nommée vice-présidente en janvier 2022 - © SIPA

Élue au Parlement européen en 2014, Eva Kaili en est nommée vice-présidente en janvier 2022 - © SIPA

L’élue socialiste de 44 ans a vu suspendues ses délégations de vice-présidente de l’assemblée européenne samedi, moins de 11 mois après son élection à ce poste, en raison de l’enquête déclenchée par le parquet belge. L’eurodéputée grecque a été placée en détention dimanche à Bruxelles après une enquête du parquet fédéral belge pour des faits de « corruption » et de « blanchiment d’argent » en bande organisée. Des « sacs de billets » ont été retrouvés au domicile de cette quadragénaire, un temps perçue dans son pays natal comme une étoile montante du parti socialiste Pasok-Kinal.

Originaire de Thessalonique, la deuxième ville de Grèce, Eva Kaili est entrée en politique à 20 ans : étudiante en architecture, elle devient en 1998 conseillère municipale. Son diplôme d’architecture en poche, elle se lance dans des études des relations internationales et européennes et suit des cours de journalisme. Les Grecs la découvrent alors sur leur écran de télévision : elle présente les journaux sur l’une des grandes chaînes privées, Mega, de 2004 à 2007. Cette année-là, à seulement 29 ans, elle est élue au Parlement grec. Elle est alors la plus jeune députée du Pasok.

Ascension vers le Parlement européen

En 2014, elle est élue au Parlement européen dans le groupe des Socialistes et Démocrates (S & D), un mandat qu’elle conserve lors du scrutin européen de 2019. En janvier 2022, elle est élue vice-présidente du Parlement européen dès le premier tour. Eva Kaili faisait partie de la délégation visant à développer les relations de l’Union Européenne avec la péninsule arabe.

Dans ce cadre, elle s’était rendue au Qatar peu avant le début du Mondial de football. « Aujourd’hui, la Coupe du monde de football au Qatar est une preuve concrète de la façon dont la diplomatie sportive peut aboutir à une transformation historique d’un pays dont les réformes ont inspiré le monde arabe », avait-elle déclaré à la tribune du Parlement européen le 22 novembre.

Cheval de Troie

Dans son pays natal, Eva Kaili s’est à plusieurs reprises distanciée du Pasok. Lors de l’accord entre Athènes et Skopje mettant fin à un long conflit sur l’appellation du petit pays balkanique, désormais nommé « Macédoine du Nord » elle avait tweeté : « J’ai honte. C’est un dommage irréparable pour l’Histoire, la Macédoine et les Grecs ».

Elle se positionnait alors sur la même ligne que le parti conservateur grec qui s’opposait à cet accord, et considérait que le nom de Macédoine liée à l’histoire d’Alexandre le Grand et à une région du nord de la Grèce ne pouvait être donné à un autre pays. En 2019, elle avait également déclaré que « les allocations sont pour les fainéants », critiquant les aides sociales distribuées par la gauche radicale (Syriza) pour faire face à la crise économique qui avait mis le pays à genoux et précipité de nombreux Grecs dans la pauvreté.

Le président du parti socialiste grec, Nikos Androulakis a assuré samedi que Mme Kaili « agissait comme un cheval de Troie de la Nouvelle démocratie », la droite au pouvoir. « Je l’avais informée qu’elle ne serait plus candidate avec notre parti aux prochaines élections européennes », a-t-il insisté. Le président du parti, lui-même député européen, lui reprochait aussi d’avoir tenté de minimiser l’affaire des écoutes qui éclabousse l’actuel gouvernement conservateur.

Face à ce scandale et aux soupçons qui pèsent sur l’eurodéputée, le Parti socialiste grec, Pasok-Kinal, l’a écartée et plusieurs élus ont demandé qu’elle cède son siège au Parlement européen. Dans cette affaire, son compagnon, l’Italien Francesco Giorgi, ex-assistant parlementaire, spécialiste des questions de droits humains et des affaires étrangères, de sept ans son cadet, a été lui aussi interpellé. En couple depuis cinq ans, ils ont une petite fille de deux ans.

Publié dans Articles de Presse

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