EN IMAGES - Il y a 70 ans, le controversé procès du massacre d'Oradour-sur-Glane s'ouvrait à Bordeaux

Publié le par France Bleu par Bénédicte Courret

Le 12 janvier 1953 s'ouvrait à Bordeaux le procès du massacre d'Oradour-sur-Glane en Haute-Vienne. Un procès marqué par les protestations des 13 accusés alsaciens Malgré-nous et l'immense désarroi des proches des 643 civils assassinés lors de cet épisode terrible de la Seconde Guerre mondiale.

Au tribunal militaire de Bordeaux en janvier 1953, le procès du massacre d'Oradour-sur-Glane. © AFP

Au tribunal militaire de Bordeaux en janvier 1953, le procès du massacre d'Oradour-sur-Glane. © AFP

Deux régions, le Limousin et l'Alsace, face à face, une longue attente suivie d'une immense déception pour les victimes du massacre et une honte jamais lavée pour les Malgré-nous condamnés au bout de ce procès catastrophique au tribunal militaire de Bordeaux. C'est peut-être ainsi que l'on peut résumer, 70 ans après, ce complexe procès du massacre d'Oradour-sur-Glane qui s'est déroulé du 12 janvier au 11 février 1953. Ce jeudi, France Bleu revient sur la controverse qui a régné sur le procès des auteurs du massacre de 643 civils dans le village martyr de Haute-Vienne.

"Ce procès est celui de l'hitlérisme"

"Depuis le 10 juin 1944, Oradour est devenu un nom dans l'histoire" dit la voix des Actualités Françaises le 12 janvier 1953 dans les salles de cinéma de France. À l'époque, huit ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Oradour-sur-Glane est l'archétype des massacres de populations civiles commis en temps de guerre. "Ce procès est celui de l’hitlérisme, qui a conduit des hommes à commettre des crimes comme celui d’Oradour" lance le président du tribunal en ouverture du procès. Avec cinq semaines d'audience, 60 témoins, dont les deux seuls rescapés de la tragédie, et 19 accusés, ce procès est l'un des plus importants de l'après-guerre. Il se tient après le vote d'une loi taillée sur mesure pour juger les auteurs du massacre (le texte introduisait la responsabilité collective pour tous ceux qui avaient participé à des crimes de guerre).

Des Malgré-nous parmi les accusés

Parmi les 19 accusés qui comparaissent face au tribunal militaire de Bordeaux, 13 Malgré-nous demandent que leur cas soit disjoint de celui des autres. © AFP

Parmi les 19 accusés qui comparaissent face au tribunal militaire de Bordeaux, 13 Malgré-nous demandent que leur cas soit disjoint de celui des autres. © AFP

Comment peut-on enfermer des femmes et des enfants d'un village dans une église pour les brûler vifs ? Fusiller méthodiquement tous les hommes dans des granges ? Incendier, piller, détruire le village ? Revenir, au lendemain du massacre, pour éliminer systématiquement les corps par le feu et la fosse commune ? Pour répondre à ces questions, le tribunal militaire de Bordeaux a face à lui 19 accusés, soldats de la Waffen SS Das Reich. Parmi eux, 13 Malgré-nous, enrôlés de force dans cette branche armée des forces nazies. Soutenus ardemment par la population alsacienne, ils n'ont de cesse, avec leurs avocats, de demander à ne pas être jugés en même temps que les autres SS mis en cause.

Un jugement contesté

Le verdict contesté en Alsace à tel point que le monument aux morts de Strasbourg a été couvert d'un voile noir en signe de deuil. © AFP

Le verdict contesté en Alsace à tel point que le monument aux morts de Strasbourg a été couvert d'un voile noir en signe de deuil. © AFP

La tension est forte pendant ces cinq semaines d'audience, non seulement dans l'enceinte du tribunal militaire, mais aussi à l'extérieur. Avant même que le jugement soit connu, des manifestations sont organisées par les victimes à Bordeaux et dans le Limousin, et par les défenseurs des Malgré-nous en Alsace. Et quand le tribunal militaire dévoile sa décision, aucun des deux camps n'y trouve son compte. Sont condamnés à mort le seul adjudant allemand présent au procès et un jeune Alsacien qui s'était engagé volontairement dans la Waffen SS. Les treize Malgré-nous sont condamnés à des peines variant entre six et huit ans de prison ou de travaux forcés. Six Allemands sont condamnés à des peines de dix à douze ans de prison ou de travaux forcés, le septième est acquitté. Quarante-deux autres SS de la Division Das Reich ont été condamnés à mort par contumace.

Quelques jours plus tard, les condamnés alsaciens seront finalement amnistiés au nom de la réconciliation nationale. Pendant plus de vingt ans à Oradour-sur-Glane, en réaction à cette amnistie, l’Association nationale des familles des martyrs a refusé de convier les autorités aux commémorations du massacre du 10 juin 1944. Les restes des victimes ont même été regroupés, non dans le monument offert par l’État, mais dans un ossuaire édifié à l’initiative de l'association.

"Nous avions beaucoup de haine"

Pour l'historien limougeaud Pascal Plas, aujourd'hui encore, ce procès "c'est comme une plaie qui ne se refermerait jamais tout à fait entre les deux régions". Soixante-dix ans plus tard, seul rescapé du massacre encore vivant, Robert Hébras n'a pas oublié ces journées de procès où on lui a demandé d'être "bref" quand il s'est avancé à la barre pour raconter l'horreur du massacre. Dans les années 90, il a beaucoup œuvré avec le maire de Strasbourg de l'époque, Roland Ries, pour rapprocher l'Alsace et le Limousin. Il s'est aussi engagé pour une réconciliation avec l'Allemagne. "Après tout, nous sommes tous des hommes, tous égaux" témoigne-t-il ce jeudi sur France Bleu.

Publié dans Articles de Presse

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