Hantée par les scissions, l'extrême gauche se trouve dans une "impasse"

Publié le par L'Obs avec AFP

Paris (AFP) - Rétive au renouvellement, en butte à de nouvelles fragmentations et bousculée par l'émergence de La France insoumise (LFI), l'extrême gauche, c'est-à-dire la gauche révolutionnaire non communiste, se retrouve aujourd'hui "coincée dans une impasse", selon plusieurs experts.

Un drapeau avec le logo de La France Insoumise (LFI) lors d'un meeting à Lyon le 6 mars 2022 ((c) Afp)

Un drapeau avec le logo de La France Insoumise (LFI) lors d'un meeting à Lyon le 6 mars 2022 ((c) Afp)

L'extrême gauche, laboratoire et agitatrice d'idées après la Seconde guerre mondiale, "a perdu sa raison d'être. Elle se contente de répéter son passé au lieu de se renouveler. On ne vit plus dans ce monde d'avant 1989", souligne auprès de l'AFP le politologue Philippe Raynaud.

L'effondrement de l'Union soviétique, l'arrivée de la gauche au pouvoir en France en 1981... "Autant de facteurs qui constituent un tournant pour les gauches révolutionnaires. Une grande partie des dirigeants trotskistes ont fini au Parti socialiste dans les années 1980", à l'image de Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS de 2014 à 2017, après avoir été longtemps militant trotskiste, relève M. Raynaud.

En 2002, le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) réalisait pourtant un score historique lors de la présidentielle, en rassemblant derrière la candidature d'Olivier Besancenot 4,25% des suffrages, quand Arlette Laguiller, de Lutte ouvrière (LO), obtenait 5,72%. Soit plus de 2,8 millions des voix à l'extrême gauche sur un corps électoral de 41 millions de Français.

"On était alors dans une logique de débordement sur la gauche du mouvement de gauche", après cinq ans de gouvernement socialiste de Lionel Jospin, analyse Philippe Raynaud auprès de l'AFP.

- "Culture du morcellement" -

Depuis, rien n'enraye le déclin des organisations révolutionnaires, alors que le vote des classes populaires s'est en partie déporté à l'extrême droite et qu'il est de plus en plus dur pour elles de capter la colère de mouvements sociaux, à l'image des gilets jaunes.

Lors de l'élection présidentielle de 2022, moins de 500.000 Français sur plus de 48 millions d'inscrits ont voté pour LO et le NPA.

"Le grand soir n'arrivera jamais. Le mythe révolutionnaire, il faut l'enterrer et le réétudier", estime auprès de l'AFP Frédéric Chapier, journaliste spécialisé dans les mouvements de gauche et auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet.

La cause, selon lui, sont les scissions permanentes des organisations révolutionnaires prisonnières d'"une culture déjà ancienne du morcellement: ce qui se passe au NPA reflète l'impasse dans laquelle se trouve l'extrême gauche."

Le parti a éclaté mi-décembre en deux groupes distincts: l'un opte pour un rapprochement avec la gauche de LFI tandis que l'autre refuse toute alliance avec des partis réformistes, qui constitue pour ces militants une ligne rouge.

En 2021, une autre scission du NPA avait déjà eu lieu. Cette séparation avait débouché sur la naissance de Révolution permanente, un mouvement révolutionnaire qui a acté sa fondation le week-end dernier en promettant de "centraliser la lutte autour de sujets féministes et écologistes", sans délaisser les combats plus traditionnels comme la protestation contre la réforme des retraites ou la revalorisation des salaires.

- L'alternative LFI -

Autre raison du déclin, selon les spécialistes: l'absence de critique sur la situation de l'extrême gauche par l'extrême gauche elle-même.

"Faire des analyses politiques, des constats, ça caractérisait la Ligue communiste puis le Front communiste révolutionnaire dans les années 1970-1980. Aujourd'hui, l'extrême gauche a gardé les mêmes slogans, les mêmes manières de fonctionner alors qu'elle a un besoin criant de se renouveler", observe M. Charpier.

D'après lui, le monde d'aujourd'hui est "un monde qui appartient aux réseaux et LFI, très présent dans les nouveaux médias comme sur les réseaux sociaux, a su s'y engouffrer".

"Tout le talent de Mélenchon a été de dénoncer l'abandon par la gauche de ses objectifs traditionnels", une critique classique portée par l'extrême gauche, tout en acceptant lui-même de jouer "le jeu des élections", souligne Philippe Raynaud.

Résultat? "LFI a asséché le vivier des militants trotskistes."

Malgré ce sombre constat pour l'extrême gauche, l'écrivain Christophe Bourseiller appelle à ne surtout pas tirer de conclusion hâtive: "Cela fait 50 ans que l'on enterre régulièrement l'extrême gauche mais, à chaque fois, elle renaît sous un autre visage."

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article