L’actrice italienne Gina Lollobrigida est morte

Publié le par Télérama par Pierre Murat

Inoubliable Esmeralda dans “Notre-Dame de Paris”, elle avait commencé sa carrière dans les romans-photos et les concours de beauté, puis eut ses premiers grands rôles dans “Fanfan la Tulipe” ou “Les Belles de nuit”. Elle est morte ce 16 janvier, à l’âge de 95 ans.

  Gina Lollobrigida, en 1958, sur le plateau de « The Law », de Jules Dassin.  Photo Les Films Corona/Roger Corbeau/Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images

Gina Lollobrigida, en 1958, sur le plateau de « The Law », de Jules Dassin. Photo Les Films Corona/Roger Corbeau/Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images

Dans l’Italie de l’après-guerre, comment une très jolie fille peut-elle faire du cinéma, en évitant ce qu’on appelle alors – doux euphémisme – « la promotion canapé » ? Les romans-photos et les concours de beauté sont apparemment moins dangereux. Gina Lollobrigida (c’est son vrai nom, elle n’a modifié que son prénom, Luigia) pratique l’un et l’autre : elle termine même sur le podium de Miss Rome (deuxième) et Miss Italie (troisième), en 1947…

Forcément, les producteurs italiens s’intéressent à elle, mais pour des personnages dont l’intelligence est inversement proportionnelle à son tour de poitrine. Étrangement, c’est en France qu’elle trouve ses premiers grands rôles : la caissière du café que l’imagination de Gérard Philipe transforme en créature de harem dans Les Belles de nuit, de René Clair (1952). Et, toujours avec Gérard Philipe, sa radieuse amoureuse dans Fanfan la Tulipe (1952). Sûrement, la vision du petit chef-d’œuvre de Christian-Jaque donne aux Italiens l’idée de lui faire incarner la paysanne rieuse et plantureuse – « la Bersagliera » – de Pain, amour et fantaisie, puis Pain, amour et jalousie, de Luigi Comencini (1953-1954). Triomphes qui associent astucieusement le néoréalisme, en vogue à l’époque, et la comédie à l’italienne qui va s’imposer durant plus de vingt ans. Lassée d’un personnage qui lui a apporté la gloire mais qui, déjà, l’emprisonne, Gina Lollobrigida refuse le troisième épisode de la série : Pain, amour, ainsi soit-il (Dino Risi, 1955) : elle est remplacée par celle qui deviendra son éternelle rivale, Sophia Loren, propulsée vers les cîmes par son mari, le producteur Carlo Ponti.

Mais « la Lollo », comme on l’appelle familièrement, ne s’en laisse pas conter. À Hollywood surtout, où elle impose un érotisme sans psychanalyse ni péché. Elle y tourne, notamment, une sorte de Jules et Jim dans le monde du cirque, avec Burt Lancaster et Tony Curtis (Trapèze, de Carol Reed, 1956). Et un péplum que King Vidor souhaitait transformer en réflexion métaphysique sur l’homme de pouvoir écartelé entre la foi et le désir – devinez qui joue le désir… (Salomon et la reine de Saba, 1959). Sans oublier Étranges Compagnons de lit (Melvin Frank, 1965), une comédie involontairement drôle, puisqu’on y voit l’héroïne (visiblement plus avertie que les spectateurs de l’époque ignorant l’homosexualité du comédien) envoyer son meilleur pote dormir avec Rock Hudson !

“Ils n’ont pas regardé mes jambes.”

Son meilleur film américain reste, cependant, Plus fort que le diable (1954), un thriller absurde et déjanté de John Huston, où, sur un scénario de Truman Capote, des escrocs s’agitent autour d’une hypothétique mine d’uranium. « Ces hommes sont dangereux », déclare Gina à son mari (Humphrey Bogart). Et comme il lui demande de s’expliquer, elle a cette réplique magnifique : « Ils n’ont pas regardé mes jambes »…

Dans les années 1960, elle retourne en France, à l’appel de Jean Delannoy, à qui elle doit l’un de ses plus grands succès : Esmeralda, face à Anthony Quinn, dans Notre-Dame de Paris (1956). Si elle sauve, par sa gouaille, Vénus impériale (1963) – elle y interprète Pauline Borghèse, la sœur de Napoléon –, elle coule avec Les Sultans (1966), inspiré par le roman de Christine de Rivoyre. Un critique a cette formule lapidaire : « Pourquoi ce pluriel ? Le singulier eût mieux valu : le film est insultant. »

Derniers rôles importants, en Italie : Ce merveilleux automne (1969), où elle initie aux plaisirs du sexe un ado qui, nous laisse entendre Mauro Bolognini, deviendra vite un bourgeois comme les autres. Et Les Aventures de Pinocchio, de Luigi Comencini (1975), où, superbe fée Turquoise, elle entretient, durant le tournage, des rapports orageux avec son jeune partenaire, aussi insolent qu’insupportable… Le cinéma l’abandonnant, elle se lance, avec succès, dans la photographie : expositions et prix s’accumulent… La fin de sa vie, en revanche, sera marquée par un affrontement entre sa famille et son jardinier, un beau jeune homme, soupçonné – à tort, selon elle – par son fils et son dernier mari, de malversations et d’abus de faiblesse.

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