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"On ne livre pas des chars à l'Ukraine pour combattre aujourd'hui, mais pour libérer la Crimée demain"

Publié le par Marrianne par Ariel F. Dumont

Pour le général américain Ben Hodges, la décision de livrer ou non des armes lourdes à l'Ukraine n' a pas pour objectif d'emporter la victoire dès maintenant, mais plutôt de renforcer le corps de bataille en prévision des offensives du printemps.

©ARNO BURGI/dpa

©ARNO BURGI/dpa

Le Groupe de contact sur l'Ukraine se réunit ce vendredi 20 janvier sur la base aérienne de Ramstein (Allemagne) pour discuter notamment de la livraison d’armements lourds, comme les chars de combat réclamés par Kiev depuis des mois. Durant cette réunion, l’Allemagne qui hésite sur la livraison de ses chars Leopards, devrait prendre position. Décryptage de la situation avec le Lieutenant-général Ben Hodges, ex-commandant en chef de l’armée américaine en Europe de 2012 à 2017, et actuellement coordinateur des études stratégiques au Center for European Policy Analysis (CEPA).

Marianne : La Russie a-t-elle encore la capacité de recruter d’autres soldats et surtout, de les entraîner et de les aider sur le terrain ?

Ben Hodges : Naturellement, Vladimir Poutine peut mobiliser de nouvelles troupes. En revanche je ne suis pas certain que la Russie ait la logistique, les chefs militaires ou les équipements nécessaire pour former les nouvelles recrues. La dernière mobilisation partielle en septembre dernier n’a pas été fabuleuse et plus d’un demi-million de Russes en âge d’être mobilisés a quitté le pays pour échapper à cette levée militaire. Je crois que nous assisterons à un nouvel exode même si le gouvernement russe va essayer d’être plus strict cette fois-ci pour tenter d’empêcher les départs.

L’armée russe est en difficulté dans la région du Donbass. La livraison éventuelle de chars de combat correspond-elle vraiment à un besoin en rapport avec la situation actuelle ?

Les Russes ne sont pas dans une très bonne position. Ils ont mis cinq mois à prendre la ville de Soledar dans le Donbass. Même s’ils arrivent maintenant à prendre Bakhmout, ce qui n’est pas certain et provoquera par ailleurs des milliers de pertes, cela ne mènera probablement à rien. Il faut continuer à aider l’Ukraine pour qu’elle puisse arrêter l’armée russe, l’empêcher d’avancer et de préparer de nouvelles offensives. C’est dans cette optique que la livraison de chars de combat est importante. Ce n’est pas pour combattre à Bakmout mais pour créer une force militaire importante en prévision du printemps prochain, lorsque les Ukrainiens décideront de lancer une opération pour libérer la Crimée.

Avez-vous le sentiment qu’à la fin, l’Allemagne acceptera de livrer des chars Leopard II aux Ukrainiens ?

Je crois qu’il est nettement plus important dans l’immédiat que l’Allemagne autorise d’autres pays à livrer leurs Leopards aux Ukrainiens. Je pense par exemple à la Pologne, à la Finlande, à la Norvège. Si cette éventualité se concrétise, cela veut dire qu’un certain nombre de Leopards pourrait très vite arriver en Ukraine. Un article très embarrassant a été publié il y a quelques jours en Allemagne dans lequel le constructeur allemand Rheinmetall (qui fabrique les chars de combat), déclarait que les Leopards ne pourraient pas être livrés avant 2024. J’ai le sentiment qu’ils pourraient faire avancer les choses plus rapidement s’ils avaient plus d’argent à disposition.

Vladimir Poutine a toujours affirmé que les chars de combat représentent une ligne rouge et qu’il n’hésiterait pas à utiliser l’arme nucléaire si nous livrions des armements lourds comme les chars. Avez-vous le sentiment que Moscou va réagir ? Et de quelle façon ?

Cela n’a aucun sens. Moscou brandit la menace nucléaire depuis un an et nous continuons à livrer des armes aux Ukrainiens. Les Russes sont coincés et ils n’utiliseront jamais le nucléaire. Ils savent que cela ne leur procurera aucun avantage, au contraire. Joe Biden a été très clair à ce propos en disant que les conséquences d’une telle action seraient catastrophiques pour la Russie, et le message est très bien passé à Moscou. Ils vont continuer à se plaindre, à prononcer des discours comme ils l’ont fait il y a deux jours lorsque Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe a déclaré que tout est de la faute de l’Occident. Le fait est qu’ils n’ont plus aucune crédibilité. Nous aurions dû livrer du matériel lourd plus tôt.

Peut-on parler d’une escalade, d’une évolution de la guerre, avec la livraison de Léopards ?

La question ne se pose pas en termes d’un armement ou d’un autre. Les chars de combat en eux-mêmes ne sont pas la clef qui va permettre de résoudre la question et de mettre fin à la guerre. Ce qu’il faut, c’est mettre le pied sur l’accélérateur pour former des brigades, des divisions capables d’utiliser les armements que l’on envoie. Avec les engins blindés français AMX10RC par exemple, on prépare l’artillerie. Il faut réussir à créer un ensemble qui permettra aux Ukrainiens de lancer une offensive au printemps prochain pour isoler la Crimée. Je suis certain qu’à la fin la Russie sera battue si nous faisons tout ce que nous avons promis. Nous devons fournir aux Ukrainiens des armes de précision à longue portée pour leur permettre d’encercler la Crimée et obliger les Russes à se retirer. Ce scénario implique des difficultés pour Vladimir Poutine qui aura du mal à rester au pouvoir. Tout le monde sait que le locataire du Kremlin a provoqué la guerre et toute la catastrophe qui s’ensuit. Il y aura probablement des changements importants.

Joe Biden est actuellement en difficulté avec la question des documents confidentiels retrouvés dans sa résidence dans le Delaware. Cette affaire peut-elle avoir des répercussions sur l’aide américaine à l’Ukraine ?

En aucun cas. Cette affaire est ce qu’on appelle une distraction politique. Le Congrès soutient l’Ukraine. À part quelques représentants de l’extrême droite et aussi de l’extrême gauche, tout le monde reconnaît qu’une victoire de l’Ukraine est essentielle d’un point de vue stratégique. La prospérité américaine est liée à la prospérité européenne qui dépend de la stabilité et de la sécurité de l’Europe.

Source : "On ne livre pas des chars à l'Ukraine pour combattre aujourd'hui, mais pour libérer la Crimée demain"

Publié dans Articles de Presse

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