Ukraine : derrière l'image d'une survivante de l'immeuble de Dnipro, seule près de sa baignoire, l'espoir de "changer le cours de la guerre"

Publié le par franceinfo par Violaine Jaussent France Télévisions

Un immeuble de Dnipro, dans l'est de l'Ukraine, a été touché samedi par une frappe. Le bilan est d'au moins 30 morts, mais les secours ont réussi à extraire 38 survivants des décombres. Parmi eux figure Anastasia Shvets, une jeune femme de 23 ans qui a miraculeusement survécu au bombardement.

Anastasia Shvets, jeune femme de 23 ans qui a survécu au bombardement de son immeuble survenu à Dnipro (Ukraine), le 14 janvier 2023. (ARSEN DZODZAEV / HROMADSKE)

Anastasia Shvets, jeune femme de 23 ans qui a survécu au bombardement de son immeuble survenu à Dnipro (Ukraine), le 14 janvier 2023. (ARSEN DZODZAEV / HROMADSKE)

Une lueur de vie au milieu des ruines. Elle est assise au bord des décombres, recroquevillée au 5e étage d'un immeuble éventré qui en comporte neuf. A côté d'elle, une baignoire vide, en partie retournée, semble suspendue dans un équilibre précaire. Cette jeune femme a survécu à la frappe russe qui a visé des habitations dans la ville de Dnipro, dans l'est de l'Ukraine, samedi 14 janvier. Le dernier bilan fait état d'au moins 36 morts, selon le gouverneur régional. La photo surréaliste d'Anastasia Shvets a eu un grand retentissement sur les réseaux sociaux depuis sa publication. Arsen Dzodzaev, un Ukrainien de 31 ans, né et habitant à Dnipro, en est l'auteur. Franceinfo l'a contacté pour connaître les dessous de ce cliché bouleversant.

"Hier [samedi] nous étions en train de marcher dans la rue avec ma femme, à environ deux kilomètres de cet immeuble, lorsque nous avons vu une explosion. Nous nous sommes approchés pour comprendre ce qui s'était passé", relate Arsen Dzodzaev. Ingénieur de profession, il pratique la photographie dès que possible, notamment pour des associations locales d'aide humanitaire. Il partage son travail sur les réseaux sociaux et possède son propre site internet (contenu en anglais).

"Elle était au bord de sa salle de bain"

Devant l'immeuble, Arsen Dzodzaev et sa femme se rendent compte de l'ampleur "terrible" des dégâts. Les pompiers sont déjà à l'œuvre pour tenter de secourir les personnes qui appellent à l'aide et tirer les survivants des décombres. "Nous sommes sous le choc. Je décide de rentrer chez moi pour récupérer mon appareil photo et ma femme se rend chez des amis pour éviter de rester seule", poursuit l'Ukrainien.

Une fois de retour sur place, Arsen Dzodzaev constate qu'un attroupement s'est formé en bas d'une partie de l'immeuble touché par la frappe. "La lumière était particulière, il n'y avait plus d'électricité dans le quartier", souligne-t-il. Les pompiers éclairent la façade effondrée avec leur lampe torche. A ce moment-là, Arsen Dzodzaev voit Anastasia Shvets, cette jeune femme de 23 ans qui a miraculeusement survécu à l'attaque. "Elle était au bord de sa salle de bains, près de sa baignoire, au 5e étage de l'immeuble complètement détruit", témoigne-t-il.

Anastasia Shvets au milieu des ruines de son appartement, après une frappe russe, le 14 janvier 2023 à Dnipro (ARSEN DZODZAEV / HROMADSKE)

Anastasia Shvets au milieu des ruines de son appartement, après une frappe russe, le 14 janvier 2023 à Dnipro (ARSEN DZODZAEV / HROMADSKE)

"J'ai pris la photo très rapidement. Sur le moment, je n'ai pas pensé à la portée qu'elle pourrait avoir", assure Arsen Dzodzaev. Il apprend ensuite que ce sont les portes de la salle de bain qui ont protégé cette victime du bombardement. Il est contacté par la sœur d'Anastasia Shvets, qui ne parvenait pas à savoir où elle était hospitalisée.

Sur son compte Instagram, quelques heures plus tard, la survivante prend la parole. Elle explique être blessée à la tête et avoir les jambes contusionnées. Elle assure qu'elle "n'a pas de mots, pas d'émotions" et "ne [ressent] rien sauf un grand vide à l'intérieur".

"Je suis devenue populaire même si je ne le voulais pas", ajoute Anastasia Shvets, dont le mari est mort sur le front. De son côté, Arsen Dzodzaev dit vouloir attendre un petit peu avant de la contacter. Au lendemain de la frappe, "ce n'est pas le bon moment."

Après le récit, la colère

Selon le photographe, le cliché était destiné en premier lieu à Hromadske. Ce média ukrainien lancé en 2013 était à la recherche de photos de l'immeuble touché par la frappe russe à Dnipro. Il a sollicité Arsen Dzodzaev. "C'est la première fois que je collabore avec eux", précise l'ingénieur photographe.

Ce n'est que dimanche qu'Arsen Dzodzaev a réalisé sa photo avait marqué le monde entier. Outre franceinfo, ABC News, la BBC, ou encore Al-Jazeera l'ont joint pour raconter cette histoire, en moins de 24 heures. Une fois le récit de cette funeste nuit terminé, il fait part du sentiment qui l'anime désormais : la colère. "J'espère que cette photo nous aidera à montrer ce que la Russie nous fait subir et peut-être à changer le cours de la guerre."

Publié dans Articles de Presse

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