16 juin 1940 le jour de tous les abandons

Publié le par L'Express - Marc Riglet

 L'Expresspublié le 14/01/2010 à 09:00 par Marc Riglet


L'historien Eric Roussel montre comment en une journée la France a basculé dans l'Occupation.

Philippe PétainDans la belle collection ressuscitée Les Journées qui ont fait la France, il ne faut pas s'étonner que figurent des "journées" qui l'ont défaite. Dans la collection d'origine, lorsqu'il s'était agi de choisir la date emblématique de la défaite de 1940, c'est celle du 10 juillet qui avait été retenue.

 

Ce jour-là, à Vichy, les Chambres avaient voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, et Emmanuel Berl, à qui l'on avait confié malicieusement d'écrire le livre, pouvait à bon droit voir dans l'événement "la fin de la IIIe République". Si l'on veut, plus largement, comprendre la profondeur du désastre et ce qui y a conduit, c'est évidemment à L'étrange défaite de Marc Bloch, analyse d'autant plus magistrale qu'elle est faite dans l'instant de l'événement, qu'il faut toujours se reporter.

 

Mais, si l'on reste attaché à la recherche du jour et de l'heure où se concentrent les causes profondes et le concours de circonstances qui forgent les "dates historiques", alors c'est bien le 16 juin 40, à Bordeaux, que la France sombre et que tout paraît consommé. Eric Roussel restitue avec science, et un talent éprouvé pour le portrait, l'atmosphère délétère de cette journée.

 

Dans la catégorie des âmes faibles, Albert Lebrun, président de la République, figure en bonne place. A son sujet, on ne se lasse pas de citer de Gaulle qui, dans ses Mémoires de guerre, l'exécute en quelques mots : "Somme toute, comme chef d'Etat, il ne lui manquait que deux choses : être un chef et avoir un Etat." Les défaitistes ont pour eux d'avoir comme champion deux "gloires" militaires : un Weygand menteur et un Pétain roué. Quant aux partisans les plus résolus de la poursuite des combats, leur énergie est entravée, soit par la modestie de leur fonction - de Gaulle, sous-secrétaire d'Etat -, soit, pour Mandel, à raison de sa judéité qui lui fait s'interdire de quitter le sol national.

 

Mais surtout, dans ce camp, c'est la résolution de Paul Reynaud qui finalement manquera. Il reste interdit devant le projet d'union franco-britannique que Churchill, de Gaulle et Monnet, à Londres, ont forgé. Il est surtout sous l'emprise de sa maîtresse, Hélène de Portes, et de son conseiller militaire, le colonel de Villelume, qui distillent sans relâche les arguments de l'abandon.

 

Eric Roussel montre bien la part prise, dans ces circonstances, par les entourages et les seconds rôles. C'est dans ce deuxième cercle que se formulent les choix tranchés et c'est le 16 juin que, par la démission de Paul Reynaud et l'installation de Pétain, celui du lâche abandon prévaudra.

Publié dans Articles de Presse

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