1994: «En transit vers Sirius»

Publié le par 24 heures - Jacques Poget

24 heurespublié le 29/11/2012 à 20h44  par Jacques Poget

De 1994 à 1997, 74 adeptes de l’Ordre du Temple solaire périssent



Massacre Ordre du Temple solaire

Les corps des membres «suicidés» de l’Ordre du Temple solaire sont sortis de la ferme de Cheiry (FR) et mis les uns à côté des autres avant d’être emportés à Lausanne pour autopsie.

 

Suicides de fanatiques en pleine dérive ésotérique ou assassinats camouflés en «transit vers Sirius»? Cinq corps carbonisés le 4 octobre au Québec, 48 le lendemain en Suisse; 16 encore dans le Vercors, le 23 décembre 1995, et cinq au Québec, le 22 mars 1997. Ni le déroulement ni les causes des massacres signés Ordre du Temple solaire (OTS) n’ont été établis avec certitude. Chaque fois, les apparences d’un suicide rituel – mais nombre de victimes sont criblées de balles, certaines ont été frappées. Des questions troublantes demeurent, faits inexpliqués, données manquantes, pistes inexplorées.

Pour la police, la justice et d’anciens adeptes, aucun doute: les fidèles de l’OTS, subjugués par les «Maîtres» Jo Di Mambro et Luc Jouret, ont sincèrement choisi de quitter la planète Terre à destination de Sirius, leur mission terrestre leur paraissant soit achevée, soit impossible. Au contraire, pour certains parents de victimes et plusieurs journalistes d’investigation, trop d’indices pointent vers des exécutions.

Parmi les faits incontestés, la création, en 1990, d’un Ordre d’inspiration templière, recrutant des gens en quête spirituelle. Ils sont séduits par les rituels et le langage ésotérique des fondateurs, le Français Di Mambro et le Belge Jouret, qui évoluent depuis des années dans une nébuleuse inspirée des Templiers et des Rose-Croix. Première communauté, la Fondation Golden Way avait éclos à Genève en 1978, à laquelle collaborait le chef d’orchestre et compositeur Michel Tabachnik, auteur du livre ésotérique Archées, conférencier de la secte.

Laver sept fois les légumes

Les adeptes mettaient leurs biens à disposition de l’organisation; beaucoup vivaient au sein de communautés blindées contre «l’extérieur», l’ennemi. Le Dr Luc Jouret, figure charismatique, dictait autant les préceptes (laver sept fois les légumes, la juste manière de faire l’amour…) que la doctrine (les purs seraient épargnés par le cataclysme apocalyptique imminent). Di Mambro, père de l’«enfant cosmique» et ordonnateur de rituels riches en effets spéciaux, tenait les finances (achat et vente de dizaines de propriétés en Suisse, en France, au Canada, en Australie) et aurait brassé des millions de dollars.

Les chefs vivaient et voyageaient dans le luxe, les adeptes dans une extrême sobriété. L’emprise des deux hommes semble avoir été totale sur les fidèles, y compris sur les couples qu’ils faisaient et défaisaient selon les affinités cosmiques qu’eux seuls pouvaient déceler. Pourquoi Jouret et Di Mambro se mettent-ils en 1994 à annoncer «la fin» et le transit vers Sirius, accession à la vie authentique, loin de notre méprisable planète? Pour les enquêteurs indépendants, la dérive psychopathologique a été enclenchée pour liquider l’OTS afin d’occulter les sombres trafics auxquels il avait servi. Les commanditaires auxquels Jouret et Di Mambro se référaient («les Maîtres de Zurich») n’ont jamais été identifiés.

Exclue par les policiers, l’intervention de tueurs extérieurs est jugée probable par plusieurs auteurs, tels Arnaud Bédat, Gilles Bouleau et Bernard Nicolas (L’Ordre du Temple solaire, Ed. Flammarion), et Rosemarie Jaton (OTS, En quête de vérité, Ed. Slatkine). Le documentaire télévisé signé Yves Boisset (2006) bat également en brèche la rassurante thèse officielle de «purs» suicides ésotériques. Le 54e (Ed. Robert Laffont), témoignage d’un adepte miraculé, Thierry Huguenin, est également éloquent sur la volonté meurtrière de Di Mambro et la dépression de Jouret le jour du massacre.

Quant à Michel Tabachnik, accusé d’instigation, il a été acquitté en 2001 et, après recours du Parquet, en 2006. Il paie de la brutale interruption de sa brillante carrière de chef d’orchestre le rôle – quel qu’il soit – qu’il a joué à l’OTS.

Publié dans Articles de Presse

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