Aire-sur-la-Lys : Un déporté d’Auschwitz, Paul Sobol au lycée Vauban

Publié le par La Voix du Nord

Jeudi, le lycée Vauban accueillait Paul Sobol un déporté du camp d’Auschwitz venu témoigner devant des lycéens.

Paul Sobol montre son tatouage

Paul Sobol montre son tatouage

« Témoigner, ce n’est pas raconter une histoire, je suis venu pour vous raconter ma vie. Je ne suis pas un héros, mais une victime du régime nazi ». Ainsi commence le témoignage de Paul Sobol, déporté à Auschwitz en juillet 1944. « Comment vous faire comprendre ? », reprend-il ensuite et c’est bien l’intention de ce Bruxellois de 87ans : ne pas juste chercher à émouvoir mais d’abord tenter de faire comprendre la logique terrible du régime nazi dans l’univers des camps. Et pour les dix premières minutes de son récit, il leur demande de fermer les yeux pour écouter au plus près l’itinéraire de l’adolescent qu’il fut…

« De l’Étoile de shérif à la croix de vie » Paul Sobol est né à Paris en 1926 dans une famille juive d’origine polonaise avant de venir s’installer avec ses parents à Bruxelles. À 16 ans, il s’inscrit aux Arts et Métiers, en section mécanique dans l’espoir de réaliser un rêve d’enfant, devenir aviateur et aider la Résistance. Il porte l’étoile jaune et, insouciant de ce qui l’attend, il se dit le shérif de sa bande de copains. Mais le 13 juin 1944 dans la nuit, sa famille est arrêtée sur dénonciation et déportée à Auschwitz le 31 juillet, par le dernier convoi qui quitte Malines (lieu de regroupement des Juifs de Belgique et du Nord – Pas-de-Calais) pour le camp d’Auschwitz. La suite, Paul Sobol la raconte méthodiquement, de la sélection qui le sépare des siens à son retour à Bruxelles. Seuls sa sœur et lui survécurent. Leurs parents et le jeune frère de 14 ans ne revinrent jamais.

Une photo pour garder l’espoir Une photo de jeune fille rencontrée deux ans plus tôt, Nelly qui deviendra son épouse après la guerre, a suivi Paul Sobol durant sa captivité. C’est cette photographie, qu’il avait prudemment pliée en huit pour la blottir dans sa main et la dissimuler à ses bourreaux, qui lui a donné l’espoir de la liberté dans un univers où les Nazis ont tout mis en œuvre pour faire oublier aux prisonniers qu’ils étaient des hommes. « En une nuit, raconte-t-il, nous sommes devenus des bagnards sans comprendre pourquoi. » Et il explique le déroulement mécanique des journées de travail, les conditions de vie épouvantables, la faim. Paul Sobol survivra grâce à son travail dans un commando : il confectionne des petites boîtes en bois décorées qui lui permettent de mettre à profit ses talents de dessinateur. L’offensive soviétique du 18 janvier 1945 l’entraîne vers d’autres épreuves. Les SS font évacuer le camp d’Auschwitz avec les prisonniers que le typhus n’a pas encore touchés, et il commence alors la terrible « marche de la mort » où les plus faibles périssent au bord des routes. Après un pénible voyage en train, il arrive au camp de Dachau, où chacun doit lutter pour sa survie. Il profite d’un bombardement pour prendre la fuite et il parvient à se cacher dans un village jusqu’à la libération par les Américains.

B 3635 est le matricule que Paul Sobol porte au bras, un souvenir indélébile. Le silence est recueilli quand, à la demande d’un élève, il parcourt la salle et montre ce tatouage d’un autre âge…

Une leçon de vie C’est bien une leçon de vie et d’optimisme, de courage et de combativité que Paul Sobol a souhaité faire passer à ces adolescents, lui qui, après avoir connu le pire dans l’univers concentrationnaire nazi, saura reconstruire une famille unie et faire carrière dans la publicité. Un exemple fort de résilience pour cet homme qui continue chaque matin de faire de la gymnastique et qui pratique toujours la plongée après avoir été moniteur. Ses souvenirs M. Sobol les a recueillis dans un récit publié en 2010, « Je me souviens d’Auschwitz, de l’Étoile de shérif à la croix de vie. ». La suite est en cours de rédaction car son histoire ne s’arrête pas en 1945.

C’est dans le cadre du programme d’histoire de première et de l’enseignement d’exploration Littérature et société que M. Sobol est venu donner deux conférences au lycée Vauban. Ce travail de mémoire sera prolongé par une sortie pédagogique le 13 janvier au musée de la déportation de Malines et au fort de Breendonk, autre camp de concentration devenu lieu de mémoire en Belgique. Les élèves devront réaliser un montage vidéo autour du témoignage de Paul Sobol.

Vauban, impliqué dans le devoir de mémoire Passeurs de mémoire, les élèves de TS1 qui se sont rendus à Auschwitz en novembre dans le cadre d’un voyage d’étude organisé par le Conseil Régional, l’ont été également jeudi. Ils ont en effet, avant l’intervention de M. Sobol, présenté le document qu’ils avaient préparé pour rendre compte de leur parcours à Auschwitz.

Publié dans Articles de Presse

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